Cet article est une réponse à Catherine qui partageait combien il est difficile de pratiquer le yoga lorsque l’on est stressé. Voici une réflexion et quelques « trucs » pour entrer plus facilement dans l’expérience du yoga.

Marionnette, exposée à la rue de Carouge (Genève) à Noël 2006

Oui en effet, lorsque l’on est « drogué à l’adrénaline »,  difficile de prendre du recul et de lâcher prise. En fait, le stress active des sécrétions hormonales – de stress bien sûr – qui amplifient nos états émotionnels et un sentiment de malaise. En société, il s’agit de ne pas laisser paraître ces états de stress et les émotions qui y sont liés. On met le couvercle sur tout cela, et tout semble bien aller, si ce n’est un fond de fatigue, peut-être… Nous sommes en mode réactif/survie… et très éloignés du mode du « lâcher-prise » dont Catherine parlait dans son commentaire.

Centrage et intégrité

Les obligations trop nombreuses que nous nous donnons, pour de multiples bonnes raisons, nous déconnectent de notre centre. Or le centrage, c’est ce qui permet de développer notre écoute profonde et nos capacités intuitives. C’est cette écoute qui devrait nous faire sentir où nous en sommes sur l’échelle de nos besoins, aussi bien pour la résistance au stress, la quantité de sommeil, de nourriture,  que pour nos aspirations profondes pour cette vie. Cette écoute (ou ce manque d’écoute) constitue notre degré d’intégrité: comportement, système de valeurs, connexion à notre santé physique, psychique, émotionnelle, spirituelle, …

Questions:

Suis-je intègre par rapport à mes aspirations profondes?

… ou suis-je intègre par rapport à celles de quelqu’un d’autre? ou bien d’une entreprise? en encore de la société?

Dans cette vie, nous humains sommes un peu comme des marionnettes. Nous savons qu’il y a un marionnettiste au-dessus de nous.

L’important est de prendre conscience de qui tire les ficelles de notre vie et de sentir si nous sommes en accord avec cela… Je suis persuadée que nous pouvons changer de marionnettiste! C’est le choix de notre esprit; c’est ce que l’on appelle le libre-arbitre. C’est ce qui constitue notre intégrité – choix de vie, façon de penser, philosophie personnelle.

En yoga, chaque chakra (centre d’énergie) est relié à un type d’énergie psychique. L’intégrité, comme je l’appelle, ou le centrage, se rattachent au Muladhara Chakra, le chakra racine, qui constitue nos fondations. C’est sur cette énergie psychique première que se contruisent les autres énergies psychiques des chakras supérieurs. Sans un Muladhara solide, le développement n’est pas harmonieux.

Le stress nuit à nos fondations: il nous écarte de notre centre… et nous avons appris à nous contrôler pour résister au stress… sans pour autant l’évacuer suffisamment.

Le stress nous contracte. Le stress nous renferme (couvercle). Le stress isole de l’environnement: je suis en mode « survie », je suis fatigué et je ne peux pas suffisamment m’intéresser à mon environnement, je ne vois plus aussi bien les autres et ne communique peut-être pas assez, je ne prends plus le temps de réellement voir la Nature, qui pourtant pourrait m’aider à me ressourcer.

Se donner du temps

Dans la société, tout va vite, très très vite, … jusqu’au téléchargement des pages web qui n’est jamais assez rapide! Les choix professionnels ou des objectifs de rendement, nous conduisent dans une logique de rapidité qui rend les humains plus impatients qu’ils ne l’ont certainement jamais été à travers leur histoire.

Premier constat, pour avoir moi-même vécu des situations de stress intense et prolongé: il faut se donner du temps, pour en sortir. Du temps pour se retrouver. Du temps pour se questionner. Du temps pour se reposer. Du temps pour sourire et être joyeux… Du temps pour se régénérer, que ce soit par le yoga, le qi gong, la méditation, la respiration, le massage, une recherche spirituelle ou une recherche de sens (retour vers mon intégrité).

Pour entrer en yoga, il faut s’accorder l’opportunité de devenir patient.

Ardha Chandrasana à Saint Trémeur (Finistère)

Se donner les chances de faire un bon cours de yoga

Déjà, il faut y croire et se dire, même si c’est dur au début, « Je persévère.  Il me faudra peut-être quelques mois pour ressentir de réels progrès, je me les accorde par amour pour moi. »

Très important aussi, comme Philippe le rappelle dans son commentaire: arriver un peu avant le cours de yoga permet de se poser et de se préparer intérieurement.

Imaginez… vous arrivez 10 minutes avant le cours, vous vous préparez tranquillement, vous vous allongez dans la salle et vous vous reposez en vous préparant intérieurement à libérer votre stress et à reconnecter avec votre vraie nature profonde…

Rien à voir avec une arrivée pile à l’heure de démarrage du cours, un passage éclair au vestiaire et une entrée dans la salle de yoga, gêné, essoufflé et transpirant d’avoir couru… L’état d’esprit sera forcément différent pendant tout le cours…

Ne pas manger avant le cours est important aussi…

Sinon, comment être dans le souffle et le ressenti, avec un tiers de notre énergie dirigée vers des opérations de digestion, contrariées par les mouvements et le souffle?

Quels effets du cours de yoga, si je suis stressé?

Alors bien sûr, au début, « on ne sent rien », car on a oublié comment ressentir. Le stress nous éloigne de nos besoins et de nos ressentis.

On dit d’ailleurs que les couples stressés ont de moins en moins envie de moments d’amour, in fine c’est la même chose.

On ne peut pas ressentir quand on a le mental qui va à 200 à l’heure alors qu’on tente un Savasana et la respiration abdominale!

… Et pourtant, même si « on ne sent rien »… on sent que ça fait du bien…

Faire ce que l’on peut… et laisser de côté tout orgueil personnel

Au début, pour certaines personnes stressées, c’est comme quand on apprend à conduire: il faut suivre les consignes, essayer de comprendre la respiration, coordonner mouvement et respiration, en en même temps se relaxer… bref, ça semble une montagne. Puis, après quelques temps, ça vient tout seul, c’est intégré.

Quand on commence, le corps peut être très contracté et douloureux, ou bien, on peine à le coordonner.

Alors, le meilleur conseil que je puisse donner, c’est de faire ce que l’on peut, c’est-à-dire de s’écouter (retour vers la fameuse intégrité). Tant pis, si l’on fait un peu différemment du professeur parce que c’est trop dur, ou si on s’arrête un peu avant. Et si je ferme les yeux et que je fais différemment parce que j’ai mal compris les consignes… qu’est-ce que ça peut faire, dans l’absolu!!?? Ce n’est pas grave, surtout si ça me fait du bien…

Seule une totale authenticité, « être vrai par rapport à soi-même », nous permet de saisir réellement là où nous en sommes. Sinon, on continue à se mentir et on met le couvercle sur un état de stress que l’on refuse de voir.

Cette authenticité est la planche de salut. Car, cela demande beaucoup d’humilité de reconnaître et de voir en face, où l’on en est. On voit alors aussi tout le chemin qu’il y a à faire pour retrouver un semblant de sérénité. Et on accepte de s’engager sur ce bout de route vers soi-même.

Comment être à l’écoute?

Être à l’écoute, c’est être présent. Être présent, c’est le début du yoga. Alors comment?

Au début, on ne recherche pas l’impossible. On constate: « Qu’est ce que j’arrive à ressentir, malgré l’état de stress? »

Cela peut varier d’une personne à l’autre, ou même d’un jour à l’autre:

  • Je peux arriver à ressentir des « picotements » dans les doigts, les orteils, les flancs, …
  • Je peux aussi choisir de porter mon attention sur la surface de ma peau (air, vêtements, contact du sol) et parcourir ainsi les différentes régions de mon corps.
  • Ou je peux préférer ressentir la chaleur à certains endroits, reconnaître les tensions et y amener une intention de détente,
  • Ou encore, je peux ressentir une petite vibration, quasiment électrique, à la surface de la peau,
  • Ou enfin, je reconnecte intuitivement avec les cellules, les plus petites unités vivantes, qui nous composent,
  • etc.

Tout cela revient à être à l’écoute de l’onde de vie qui nous traverse. On est alors « plus vivant » par le simple fait de goûter à la sensation d’être en vie.

Ce qui est intéressant avec cette approche, c’est que lorsque vous vous concentrez sur le ressenti… vous n’êtes plus dans le mental… vous sortez de l’état de stress.

Imaginez: vous êtes une conscience individuelle, emplie d’obligations, persuadée de son individualité et de ses convictions … et en quelques minutes de relaxation, votre conscience du (« moi je ») se dissout dans l’émerveillement des millions de cellules qui vous compose… vous devenez un champs de conscience qui opère pour l’harmonie de ce tout…

C’est ce que j’appelle se reconnecter à soi ou… au Soi.

A ce propos, je propose de (re)lire cet article et surtout, le texte d’Eckhart Tolle, qui donne des vraies réponses >>.

Voilà… j’avais plein de choses à faire. Mais depuis un moment, je pensais à donner réponse au « petit scarabée ». Ça n’a rien de complet. Ce sont quelques pistes de réflexions, saupoudrées de quelques petites astuces…

Namaste

Marionnette, exposée à la rue de Carouge (Genève) à Noël 2006

Photos de marionnette: Traviata, marionnette photographiée dans une vitrine de la rue de Carouge à Genève (2003). Création d’Anne-Sophie Casagrande: http://www.arafil.ch.