Ce post est quasiment un « dossier » (prenez votre temps pour le lire!). Il se termine avec une fiche de pratique de yoga (pdf). Ce sont des informations complémentaires à l’article du Journal du Yoga, numéro 214 (paru le 5 mars 2020), neuvième article de la série sur les Nava Rasa, les 9 états intérieurs ou émotions.

En Ayurveda, Bhayanaka est une émotion, un Rasa, lié à l’élément Air et au Dosha Vata. L’anxiété, les soucis, les phobies, la nervosité/le stress et la jalousie sont des formes dérivées (sous-Rasa) de la Peur.

Même si la Peur a sa raison d’être, en cas de danger, lorsqu’elle perdure, elle va à l’encontre de l’équilibre psychique et de la santé (homéostasie). La Peur extrême paralyse: c’est une forme d’inertie… une énergie « tamasique ».

La Peur se nourrit de la pensée et prospère grâce à l’imagination et aux ruminations…

Sur une branche d'arbre: la peur

La Peur « brute de forme » survient en situation de danger imminent. Elle correspond à un réflexe essentiel à la survie. Cette peur amène à un choix: combattre ou fuir.

Mais la Peur est moins évidente, dans le quotidien, lorsqu’elle s’invite sous la forme de la crainte, de l’anxiété, du stress récurrent.

Les réponses « combat » ou « fuite » ne sont pas vraiment adaptées aux situations courantes de la vie sociétale.

Alors ces peurs modernes sourdent, et l’on s’y habitue… mais elles épuisent de façon insidieuse. Elles ne se manifestent pas ouvertement en société: elles sont cachées au fond de soi, parfois pendant des années ou même tout au long d’une vie…

Quelle énergie gaspillée, diraient les yogis des temps anciens… Oui, bien sûr… Mais alors, comment dépasser et transformer ses Peurs? C’est le thème de l’article publié sur le Journal du Yoga.

La Peur émane d’une perte de contrôle et d’un sentiment de mise en danger. C’est pourquoi développer la force intérieure, comme l’explique Peter Marchand (*), procure plus de contrôle sur le corps, le mental, l’égo et l’intellect. Je rajouterai que la quête de sens dans l’existence est salutaire. C’est un travail en profondeur, qui engage l’être tout entier et l’unifie. La recherche spirituelle en est une forme d’expression.

La Peur de perdre réside derrière toutes les peurs. La Peur naît de l’inconnu aussi. Elle provient de l’identification au corps et à l’ego… et de l’Ignorance fondamentale de la nature éternelle du Soi. La Peur plonge ses racines dans le sentiment de séparation. Si je me sens seul(e) au monde, je vis désécurisé(e) et je ne peux compter que sur moi-même, or je suis bien peu de chose devant tous les dangers potentiels…

« Il ne faut pas avoir peur des vagues qui agitent votre âme. C’est ça, la vie. »

Hwang Sok-Yong
Le vieux jardin

Abhaya Varada Mudra, geste de la non-Peur et de la Grâce
Abhaya Varada Mudra, geste de la non-Peur et de la Grâce

La Simplicité comme solution ?

La vie moderne est compliquée à plus d’un niveau et souvent source de soucis (gestion du temps, vie professionnelle, vie relationnelle, administration, aspects financiers, déplacements, entretien maison/véhicule, multimédia/internet/emails, …). Les gens se plaignent presque tous de manquer de temps et de stress.

Un mental désécurisé se fait des films et imagine le pire. L’égo, lui, pour se rassurer, développe désirs et attachements. Or plus il possède, plus le mental accumule de Peur. Une vie simple peut l’en libérer.

On s’imagine beaucoup de choses dans la vie, alors on projette toutes sortes de plans pour « maîtriser la situation ». In fine, on ne peut que constater que l’on n’a pas la main sur tout…

La Peur nous trahit

On a souvent le réflexe de la cacher aux autres car, en société, elle a la réputation de dévaloriser. Le problème est que l’on arrive à se la cacher jusqu’à soi-même, à l’enfouir et à se mentir, jusqu’à ne plus savoir, ni sentir, que l’on a peur… Comment alors avancer? … si l’on pense que tout va bien, alors qu’intérieurement rien ne va plus?

Bhayanaka, le silence de la Peur

Agir quand il en est temps

La procrastination (le fait de remettre à plus tard) est anxiogène, tamasique, et ne résout rien. Alors, si l’on a une tendance anxieuse, on ne peut que se préparer au mieux, et à tout ce qui est entre ses propres mains, puis faire les choses, lorsqu’elles sont à faire. La conscience s’en trouve ainsi grandement tranquillisée.

La procrastination est un stress émotionnel important qui peut générer Dégoût, Tristesse et Peur.

Si l’on a compris cela et que l’on fait ce qui est à faire, il est inutile de se faire du souci pour demain, car cela reviendrait à prétériter le bonheur de vivre d’aujourd’hui.

Dinacharya pacifiant Vata Dosha

Rien de tel, pour pacifier Vata, que d’organiser sa vie de manière régulière, de sorte à respecter les rythmes de la Nature, du corps, avec des temps de récupération suffisants. C’est sain et sécurisant. Préserver la santé physique, nerveuse et émotionnelle est très important pour Vata Dosha. Les bonnes habitudes procurent cohérence et clarté mentale.

Lorsque l’on a une tendance anxieuse, on a tout intérêt à vivre aussi parfaitement que possible. L’idéal serait, le soir, de se coucher avec le sentiment du devoir accompli et le cœur en paix.

Que signifie vivre « parfaitement »?

  • Respecter les rythmes de la Dinacharya: respecter les rythmes du corps, sommeil, repos, travail, loisirs, …
  • Avoir une bonne hygiène alimentaire,
  • Équilibrer ses loisirs: temps relationnel, temps dans la Nature, temps personnel, temps devant les écrans, …
  • Faire des choix éthiques qui résonnent juste à la conscience. Vivre en cohérence par rapport à ces choix éthiques est très apaisant. Voilà qui balaie nombre de tensions, ainsi que le mal être, engendré par le manque d’intégrité. Cela revient à vivre de façon éthique, avec les humains, les animaux, l’environnement, dans son mode de vie et de consommation, … Cela revient à vouloir et à faire le bien.

C’est ce que Peter Marchand nomme la « Dharma Sadhana » . Selon lui, cette expérience positive enlève l’insatisfaction quant à la capacité à vivre selon ses souhaits/objectifs. Elle met en route vers le meilleur de soi.

Bhayanaka, la Peur, dans le regard

« Il n’y a pas de cause à la peur.
Elle n’est qu’imagination.
Elle te bloque comme une barre de bois tient une porte fermée.
Brise cette barre. »

Djalâl ad-Dîn Rûmi

Rasa associés à la Peur

Peter Marchand explique que tout Rasa possède des Rasa associés. Voici les Rasa associés à Bhayanaka, la Peur:

Rasa amis : la Surprise/l’Étonnement, la Colère
La Surprise, l’Étonnement, se manifestent devant l’imprévisible. Le changement, la nouveauté, sont souvent source d’inconfort, car ils nécessitent une adaptation. L’adaptabilité n’est pas la même chez tout le monde. Ainsi, certains redoutent le changement, qui rime alors avec un fort sentiment d’insécurité.
La Colère exprime une Peur, nous l’avons déjà vu, dans l’article sur Raudra, la Colère. Elle naît de la peur de quelque chose qui n’est pas en accord avec les valeurs personnelles ou avec quelque chose qui ne rentre pas dans le cadre de ce que l’on considère comme rassurant, « normal » ou acceptable. Ainsi la colère peut naître de la peur de la différence.

Rasa ennemis: le Courage, le Calme, la Joie, l’Amour
Le Courage passe par l’action. Or la peur engendre le repli, l’inaction, voire la paralysie et l’incapacité d’agir.
Le Calme absolu est celui du sage libéré, qui a pleinement connu l’état de Samadhi. Sa complétude totale le met en retrait des contingences de l’existence. Il a dépassé toutes ses peurs.
La Joie produit la Joie… L’humour notamment, qui est l’une des expressions de la joie, fait prendre du recul et éloigne la peur.
L’Amour met en confiance. L’état amoureux rend heureux et les hormones de l’amour balaient la peur… si ce n’est la peur de perdre l’être aimé qui émerge dès lors. On dit que l’Amour peut tout. L’amour désintéressé rend courageux et permet de dépasser ses peurs.

Rasa produits: la Colère
Le plus souvent, la peur produit la colère, que ce soit en faisant face à la menace ou après lui avoir échappé, ou encore après l’avoir fuie.

Étirement latéral sur une main et un genou

La Peur en citations

J’ai choisi ces quelques citations parmi d’innombrables autres, recueillies dans un beau travail, réalisé par Ouest-France, ici: https://citations.ouest-france.fr/theme/.

« La peur est l’énergie qui contracte, referme, attire, court, cache, entasse et blesse.
L’amour est l’énergie qui s’étend, s’ouvre, envoie, reste, révèle, partage et guérit. »

Al Neale Donald Walsch
Conversations avec Dieu, tome 1

« La peur enveloppe nos corps dans les vêtements, l’amour nous permet de rester nus. La peur s’accroche et se cramponne à tout ce que nous avons, l’amour donne tout ce que nous avons. La peur retient, l’amour chérit. La peur empoigne, l’amour lâche prise. La peur laisse de la rancœur, l’amour soulage. La peur attaque, l’amour répare. »

Neale Donald Walsch
Nouvelles Révélations : Une conversation avec Dieu

« Nous ne devons pas avoir peur de toucher, de sentir, de montrer notre émotion. La chose la plus facile dans le monde est d’être ce que vous êtes, d’être ce que vous ressentez. La chose la plus difficile est d’être ce que les autres veulent que vous soyez. Ne les laissez pas vous mettre dans cette position. »

Leo Buscaglia

« La peur est un des plus grands problèmes inhérent à la vie. Être sa victime c’est avoir l’esprit confus, déformé, violent, agressif, en perpétuel conflit. C’est ne pas oser s’éloigner d’un mode conventionnel de pensée, qui engendre l’hypocrisie. Tant qu’on n’est pas délivré de la peur, on peut escalader les plus hautes montagnes, inventer toutes sortes de dieux, mais on demeure dans les ténèbres. »

Jiddu Krishnamurti
Se libérer du connu

« Lorsque les individus ont peur, ils abandonnent leur liberté à un pouvoir fort, ils se déresponsabilisent totalement. »

René Lenoir

« N’aie pas peur de la vie, sens, regarde, laisse la vie vivre à travers toi. »

Hokusai
La Grande Vague

« La peur de mourir résulte de la peur de vivre. Une personne qui vit pleinement est prête à mourir à tout moment. »

Mark Twain

« Vous ne devez jamais avoir peur de ce que vous faites quand vous faites ce qui est juste. »

internaute

Bhayanaka, la Peur - geste de protection, mains sur le visage

La Peur, concrètement

Wikipédia explique que la peur est essentiellement une activation de l’amygdale du cerveau. Elle peut entraîner une inhibition de la pensée et prépare l’individu à fuir ou à se défendre.

La Peur produit une attitude spécifique:

  • Les épaules remontent et le corps se replie dans un geste de protection, aux aguets,
  • les sens de l’ouïe et de la vue sont excités,
  • la respiration s’arrête brièvement, puis s’accélère,
  • Il peut se produire des tremblements,
  • une hausse de la fréquence cardiaque,
  • un écarquillement des yeux et
  • dans certains cas, une peur soudaine peut provoquer le besoin de pousser un cri,
  • ou provoquer une paralysie momentanée partielle et parfois complète, allant jusqu’à une perte de conscience.
  • la peur peut provoquer un pâlissement de la peau,
  • la peur provoque la chair de poule
  • l’hyperactivité du système sudatif (« sueurs froides »).

Ces symptômes sont essentiellement dus à la sécrétion d’adrénaline.

Pratique de yoga pour déprogrammer l’installation prolongée de Bhayanaka, la Peur

Anantasana, le Serpent de l'Infini

Respirer

Pour contrer la force tamasique de Bhayanaka, stimuler Prâna Vayu, l’énergie de vie. RESPIRER.

La Peur affecte très directement le souffle. La respiration de la Peur, s’arrête, un peu comme dans l’état de surprise, nous l’avons vu. Puis, si elle perdure, elle devient rapide et superficielle.

L’état de Peur provoque un blocage inspiratoire. C’est-à-dire que la cage thoracique reste bloquée en position inspiratoire. L’expiration est rapide, superficielle et incomplète. En biomécanique respiratoire, on dit que le centre d’appui respiratoire est haut. Le plexus solaire est tendu, le diaphragme est contracté. C’est la respiration de nombreuses personnes inquiètes, anxieuses, stressées.

Demander de respirer profondément à de telles personnes est impossible. Elles ont déjà les épaules relevées, et la cage thoracique bloquée en position haute !

Allonger l’expiration et faire redescendre le centre d’appui respiratoire sera très intéressant. Comme on le sait, plus profondément l’on parvient à expirer, mieux l’on inspire. Ralentir le souffle, on le sait, produit un effet pacifiant direct sur le mental.

Pranayama:

La respiration Visama Vritti de type 1 : 2 (expirer 2x plus longuement que l’on a inspiré) est intéressante dans ce cas. Il faudra y venir progressivement, si c’est difficile.

Elle peut se pratiquer:
– En Ujjayi, narines dégagées
– en respiration alternée: EX/IN à gauche, puis EX/IN à droite.

Pratiquer les Asana en respiration Ujjayi est intéressant, car Ujjayi calme et permet de prendre conscience du souffle, et de l’expir.

Thataka Mudra

La Thataka Mudra (geste de l’estomac) permet d’apprivoiser l’expir long et de travailler la détente du diaphragme. Il est possible de rajouter, ou non, une rétention poumons vides, selon les possibilités de chacun.

Posture de départ : Allongé(e) les bras le long du corps.
Inspir : Monter les bras par les côtés et entrelacer les doigts en haut, derrière soi.
Expir : Allonger les bras, si possible les poser au sol, paumes des mains retournées vers l’extérieur, pieds flex, rapprocher le bas du dos du sol (éviter de trop cambrer). C’est la position de base pour exécuter le Thataka Mudra.

Thathaka Mudra, le geste de l'estomac (Tribandha)
Thataka Mudra, le geste de l’estomac

Description d’un cycle de respiration dans la Thataka Mudra:

  • Inspir lent et profond en Ujjayi
  • Expir en Ujjayi : aller au bout de l’expiration, vider complètement les poumons.
  • Rétention poumons vides : menton vers la fourchette sternale (Jalandhara Bandha), retourner les paumes des mains,  bras tendus. Conscientiser ou accompagner Mulabandha (la remontée du périnée) qui s’effectue naturellement à ce moment. Laisser les côtes s’écarter. Le ventre rentre, comme aspiré contre la colonne en Uddiyana Bandha.

Ne pas retenir plus longtemps que confortable. Bien libérer le ventre et la gorge, avant d’expirer. La rétention poumons vides est facultative. Si la rétention poumons vides est aisée, on peut l’allonger, tout en restant dans une fluidité respiratoire (sans saccade).

Attitude posturale

L’attitude posturale de la Peur fige le corps dans une position de repli sur soi et de crispation. La Peur, et ses variantes « mineures » (inquiétude, anxiété, stress, …), font naître des tensions, plus ou moins douloureuses. Si l’état d’alerte demeure, ces tensions sont amenées à se cristalliser, c’est à dire à s’inscrire de façon durable.

Ne laissons pas la Peur devenir une « posture intérieure ».

Comme on l’a dit dans l’article sur la Tristesse, le simple fait de changer d’attitude, de position, de posture, sur le plan physique induit l’attitude intérieure qui correspond. Lorsque la nuque est longue, les épaules sont basses et dégagées, la poitrine est en ouverture (sans projection des côtes vers l’avant), le ventre et le plexus solaire sont dégagés. La connexion avec le Monde se fait naturellement… et la confiance en soi paraît.

Si, en position debout, les pieds sont parallèles et bien ancrés dans le sol, si les jambes sont toniques et le bassin est libre (non figé dans une rétroversion de protection), on est alors dans une attitude qui permet de respirer de façon naturelle, plus profonde, et donc d’accéder à plus d’énergie et de vigueur, dans toutes les situations.

Pratique posturale: apaiser les Peurs sur le tapis

Le retour au corps, grâce à une pratique posturale régulière et adaptée, va libérer de l’emprise du mental négatif, auquel l’on est soumis dans les états de Peur.

Les Asana, pratiqués de façon équilibrée, avec un souffle conscient et une fine qualité d’attention, contribuent à délier et à défaire les tensions physiques et psychiques. Les Asana travaillent les tissus en profondeur. Bien sûr, les postures assouplissent, mais elles améliorent aussi la coordination, l’équilibre et, chose importante, elles renforcent progressivement et en douceur. Lorsque le corps physique est fort, on retrouve de la confiance en ses moyens et de l’assurance. C’est très important: la force intérieure, mais aussi la force physique, procurent du courage.

La tenue prolongée des postures fait rentrer pleinement dans la pratique et dans le souffle. Lorsque l’on prolonge la tenue des postures: on ne peut pas tricher, sinon le souffle trahit immédiatement tout inconfort. Il devient dès lors essentiel de trouver le passage du souffle dans la posture, de l’ajuster pour libérer le souffle. C’est un cheminement essentiel pour s’affranchir tant soit peu des peurs insidieuses qui s’engramment dans les tissus, telles des mémoires, des habitudes.

Pacifier Vata Dosha est la clé. Ce type de pratiques de yoga a une action directe sur le stress et sur Bhayanaka. Cet article du blog pour l’automne offre de nombreuses indications pour pacifier Vata avec des postures, ainsi qu’une fiche de pratique de yoga pour Vata (pdf).

  • Pour inscrire courage, force intérieure et confiance: pratiquer les postures debout, flexions debout, extensions, ouvertures, équilibres, postures inversées.
  • Les postures debout éliminent la dispersion, développent ancrage et détermination. Elles renforcent.
  • Les flexions, surtout assises, rassurent et permettent la récupération.
  • La tenue prolongée des postures pacifie Vata, le mental et apaise le système nerveux. Pacifier peur/anxiété avec des pratiques lunaires lentes.
  • Donner de l’espace à des temps de relaxation suffisants. Yoga Nidra peut être intéressant. Adapter les pratiques en fonction des besoins.
  • Le renforcement postural se fait progressivement et en douceur. C’est important pour ne pas épuiser Vata Dosha, déjà mis à mal par les émotions de Peur.
  • Trop de mouvements, d’étirements ou d’intensité, peuvent nuire à Vata. Avec une pratique plus douce et équilibrée, le corps pourra à la fois s’assouplir et se fortifier.
  • Stimuler en douceur Samana Vayu, l’énergie de la digestion et du métabolisme, c’est stimuler la force de vie qui rassemble (force centripète), qui renforce et donne de l’assurance. Les flexions stimulent Samana, tout comme les pressions et les torsions sur la région du ventre (nombril).
  • La région Vata est celle du bas du corps. C’est le siège d’Apana Vayu, l’énergie d’élimination. Pratiquer quelques postures qui insistent sur la sphère des hanches et du colon, pour libérer les tensions du bassin, telles que les flexions.
  • Quelques postures en extension, en torsion et/ou en étirement latéral vont maintenir la mobilité du dos.
  • Les postures inversées apaisent le système nerveux, stimulent le système endocrinien et régénèrent.
  • Pour se libérer de Tamas, rechercher la lumière, sur tous les plans.

Méditation et Hasta Mudra

La Peur est nourrie par de mauvaises habitudes de pensée qui, à leur tour, alimentent un stress à la fois physique, mental et émotionnel.

Des méditations guidées (à cause de la tendance tamasique) et adaptées, si elles sont pratiquées régulièrement, peuvent désamorcer cet engrenage et se révéler favorables. Elles contribuent à:

  • relaxer le corps et contribuer à un meilleur ancrage,
  • calmer et pacifier le mental, le sécuriser et le rassurer,
  • reprogrammer le mental avec des pensées positives (et donc arrêter de le fixer sur les Peurs).

J’émets cependant des réserves, en cas de Peurs pathologiques, de l’ordre de la névrose profonde ou, a fortiori, de la psychose. Dans ces cas, il serait préférable de prendre conseil auprès d’un soignant (psychologue ou psychiatre).

Les Hasta Mudra sont d’excellents supports de méditation, surtout lorsque le mental est pris dans un fonctionnement conditionné par la Peur. Bhayanaka, la Peur, comme Karuna, la Tristesse, est un Rasa en lien avec le Mental et la pensée. Le Yoga nous apprend à observer les pensées, et même à les reprogrammer grâce à la méditation et à la relaxation profonde. On peut les accompagner de méditations guidées.

Voici quelques Mudra adaptées:

Mudra d’ancrage et de protection:

Shiva Linga Mudra et Ganesha Mudra - Yogamrita
  • Shiva Lingam Mudra, la Mudra de Shiva, est une Hasta Mudra de stabilité, de force, de puissance et d’équilibre, qui représente l’aspect de la destruction, en vue de la transformation vers le meilleur de soi. Les mains sont placées au niveau du plexus solaire. La main gauche est à plat, doigts rapprochés, et forme comme une assiette pour recevoir la main droite, doigts repliés et pouce redressé verticalement. Respirer tranquillement. Instiller la détente en soi, un espace sans pensée. Laisser la Mudra développer ses effets.
  • Ganesha Mudra, la Mudra de Ganesha, développe confiance et énergie. Les majeurs sont dirigés vers l’avant et crochetés avec les index, les annulaires et auriculaires sont entrelacés vers l’extérieur, l’intérieur des poignets est tenu contre l’abdomen.

Mudra spécifiques à Bhayanaka:

Abhaya Varada Mudra et Abhaya Hridaya Mudra
  • Abhaya Varada Mudra, la Mudra de la non-Peur et de la Grâce, procure ancrage, centrage, sécurité et confiance et réduit le stress et l’anxiété. Placer la main droite à la hauteur de l’épaule droite, coude plié, paume de face. La main gauche est posée, paume ouverte vers le haut, les doigts allongés, les uns contre les autres.
  • Abhaya Hridaya, la Mudra du Cœur sans Peur, procure calme, vigueur et vitalité. Je l’ai apprise comme suit: placer les mains dos à dos, devant la poitrine, main droite proche de soi. puis:
    – Attraper le bout de l’auriculaire gauche avec l’auriculaire droit,
    – Attraper le bout de l’annulaire gauche avec l’annulaire droit,
    – Attraper le bout du majeur gauche avec le majeur.
    Puis joindre le bout de l’index et le bout du pouce de chaque main.
    Si la Mudra est trop difficile par rapport à la souplesse des mains, il existe une variante plus facile :
    – Attraper le bout de l’auriculaire gauche avec l’auriculaire droit,
    – Attraper le bout du majeur gauche avec le majeur,
    – Attraper le bout de l’index gauche avec l’index droit.
    Puis joindre le bout de l’annulaire et le bout du pouce de chaque main.

Musique, Mantra, Chant

La musique douce, la pratique ou l’écoute du chant sacré, la récitation de Mantra sont autant de pistes, pour ceux qui sont attirés par ce type de pratique. Le Mantra s’apparente à une prière.

Chant de Bija (Mantra monosyllabiques) pour pacifier la Peur:

  • Lam: ancrage, force, sécurité
  • Ram: confiance en soi
  • Hum: courage, contre la peur
  • Sham: paix
  • Som: lune, apaisement, amour maternel
  • Om Shanti: Om Paix

Mantra:
Om Gum Ganapataye Namah: C’est le Mantra de Ganesha. Il procure confiance en soi, courage. Il enlève les obstacles.
Om Sri Hanumate Namah: C’est le Mantra de Hanuman. Il procure force, courage et dévotion.

Bhajan:

Le chant, en groupe, comme par exemple le chant de Bhajan (Kirtan), donne de l’énergie, de la joie et du courage. En ce sens, il éloigne la Peur.

Les militaires l’ont bien compris, depuis longtemps, en instaurant les hymnes nationaux pour galvaniser les peuples, en faisant sonner trompettes et autres instruments, pour envoyer les soldats à la guerre en chantant…

Le chant ouvre à soi et à l’autre. Le chant sacré, toutes traditions confondues, libère l’espace de cœur et guérit de la Peur.

Il y a des chants qui calment et rassurent, d’autres qui énergisent. La musicothérapie est une approche très fine, qui peut se révéler intéressante en cas de Peur récurrente.

Le chant ou la répétition d’un Mantra peut devenir une véritable Sadhana (pratique), comme une prière perpétuelle, répétée inlassablement. C’est une méthode efficace de transformation spirituelle.

Autres formes de yoga intéressantes:

En cas d’anxiété et de Peur, toutes les formes du yoga peuvent se révéler intéressantes. Le yoga intégral propose même d’explorer, de façon parallèle et complémentaire, les différentes Voies du yoga ou Yoga Marga:

  • Jnana Yoga ou Yoga de la Connaissance, qui comprend l’étude de Soi, l’introspection et l’étude des textes;
  • Karma Yoga ou Yoga de l’Action et du service désintéressé;
  • Bhakti Yoga ou Yoga de la Dévotion, qui comprend la prière, l’abandon à la force divine, les rituels;
  • Raja Yoga ou Voie Royale, celle de la méditation et du contrôle du mental.
mandala

Pratique de yoga pour prévenir ou dissiper Bhayanaka, la Peur

Pour terminer, voici une version « augmentée » de la pratique de yoga pour Bhayanaka du Journal du Yoga.

Séance de yoga Yogamrita pour la Joie

« Bhayanaka pratique de yoga pour déprogrammer l’installation prolongée de la Peur » (pdf)

Elle est destinée à des pratiquants de yoga de niveau intermédiaire.

L’article à l’origine de ce texte est paru dans le Journal du Yoga n°214 le 5 mars 2020.
Abonnez-vous sur www.lejournalduyoga.com.
Afin de respecter le délai souhaité par l’éditeur, vous retrouverez ici le lien sur l’article complet du Journal du Yoga dans un mois, donc courant avril 2020.

Bon yoga, Om
Michèle

Mandala en encre bleue

* The Yoga of the Nine Emotions, Peter Marchand, Destiny Books. Ce livre a été écrit sur la base d’enregistrement des conférences de Harish Johari, professeur, auteur, artiste, reconnu en matière de Yoga, Tantra et Ayurveda.