Dans un précédent article sur la Gîtâ, il était expliqué que chacun est animé par un devoir dans le monde social, que l’on peut appeler «Dharma». Chacun ressent aussi une aspiration profonde, pour se réaliser et trouver la plénitude, c’est le Svadharma.

Yogi pratiquant Baddha Konasana

Le combat ou le retrait?

Arjuna est un Kshattriya, un guerrier, et Krishna lui dit:

II.32 Quand une telle bataille leur vient d’elle-même comme la porte ouverte des cieux, heureux sont alors les kshatriyas.

Le devoir des Kshattriyas, membres de la classe des guerriers dans l’Inde traditionnelle, est de défendre une cause noble pour maintenir l’ordre.

II.33. Mais si tu ne livres pas pour le droit cette bataille, alors tu as trahi ton devoir et ta vertu et la gloire, et le péché échoit en partage.

II.37 Tué, tu gagneras les cieux, victorieux, tu jouiras de la terre. Lève-toi donc, ô fils de Kunti, résolu à te battre.

Dans des moments de remise en question profonde, ou de détresse personnelle, comme en vit ici Arjuna, il est tentant de se «retirer de la bataille» en toute discrétion, en évitant la confrontation ou les changements radicaux de situation, qui pourtant pourraient se révéler salutaires.

Lorsqu’une situation devient trop complexe, trop difficile, lorsque l’on est en permanence remis en question, on préfère parfois se retirer, laisser tomber, opter pour un « statu quo qui ne résout rien »…

Une telle option n’est pas la bonne solution, lorsque l’âme n’a pas résolu ses conflits intérieurs. Ces mêmes conflits se représenteront alors sous d’autres formes, jusqu’à ce que l’on ait appris ce qui était à apprendre…

Dans le même ordre d’idée, se retirer dans un ermitage au début d’une démarche spirituelle intense peut se révéler n’être qu’une situation de « stagnation spirituelle ».

Il est facile d’être « calme et lisse » dans un petit ashram isolé ou dans une solitude choisie… mais qu’en est-il des « démons intérieurs » si ceux-ci ne sont pas encore apaisés?

Même réflexion par rapport à la pratique du yoga: celle-ci ne risque-t-elle pas dans certaines situations, de devenir le refuge de l’égo ou d’ambitions déçues? …

Mandala

La vie en société pour mieux se connaître

L’avantage de la vie en société préconisée par la Bhagavad-Gîtâ, est de se donner l’opportunité de prendre conscience, au contact de l’autre, des blocages, ainsi que des mauvaises habitudes; puis de se donner l’opportunité de les éradiquer.

La vie, au travers de ses « frictions », devient un champ d’expérience (ou de bataille…) où l’on peut effectuer une purification intérieure progressive, parfois visible, parfois subtile.

Voici un exemple personnel:

Les situations d’enseignement et le contact avec mes stagiaires de Yoga me sont très enrichissants.

Dans mes discussions avec eux, je tâche d’être au plus juste de ce que je pense, je dis et je fais.
S’il y a un décalage, même très léger, ma conscience me renvoie instantanément à ce que je suis réellement.

En serait-il de même dans un ashram où je vivrais isolée?

J’ai pris le parti d’être moi-même avec tous. Je m’efforce d’être profondément sincère dans ma pratique du Yoga, car je ne veux pas jouer un jeu, ni faire croire ce que je ne suis pas. Ainsi, un rapport de confiance réciproque s’inscrit et je transmets, en même temps que j’expérimente et que j’apprends.

L’observation honnête, sans complaisance, de mon attitude intérieure est donc un fil conducteur qui me permet d’avancer sur certains plans de mon être, dans les situations quotidiennes. C’est un précieux outil …

La vie de tous les jours, pour chacun, que ce soit en famille, en couple, au travail, etc. peut devenir la merveilleuse occasion d’un travail intense sur soi-même, pour autant qu’on s’en donne la chance. Voilà un joli programme, … qui appartient au domaine du possible, si l’on reste vigilant.

Krishna termine ainsi:

Fais que l’affliction et le bonheur, la perte et le gain, la victoire et la défaite soient égaux pour ton âme, puis jette-toi dans la bataille; ainsi tu ne pêcheras pas.

A sa juste place et dans son juste destin, empli de la volonté de faire au mieux, quels que soient les évènements, le yogi reste serein et paisible. Il est dans le monde, mais n’est pas affecté par lui.

Namasté
Michèle

 

Liste des articles sur la Bhagavad Gita

La Bhagavad-Gîtâ et son contexte >>
Bhagavad-Gita Chapitre 1: Le désespoir d’Arjuna – Quelques symboles de la Bhagavad-Gîtâ >>
La trame de la Bhagavad-Gîtâ >>
Bhagavad-Gîta Chapitre 2: Le Yoga selon le Sâmkhya >>
Bhagavad-Gîta Chapitre 2: éternité et réincarnation >>
Bhagavad-Gîta – Chapitre 2: Svadharma et Svabhava >>
Bhagavad-Gîta: Chapitre 2 – Se connaître soi-même >>
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Sources: Image: http://yoga76.blogspace.fr/
Traduction de la Bhagavad-Gîtâ: La Bhagavad-Gîtâ, Shrî Aurobindo, Spiritualités Vivantes, Albin Michel