Dans ce 2e chapitre, Krishna enseigne à Arjuna certains aspects qui se rattachent à la philosophie du Sâmkhya. Voici donc quelques brèves explications sur ce qu’est le Sâmkhya.

L'Univers, expliqué selon le Sâmkhya - Sable mouillé sur la plage
Sable mouillé sur la plage, photo de Marc

Sâmkhya

Le Sâmkhya est l’un des six Points de Vue philosophiques de l’Inde (Darshana). Ce Point de Vue explique que le Monde, tel que nous le connaissons, est issu des deux principes fondamentaux qui l’imprègnent entièrement, Prakriti et Purusha:

  • Prakriti est la Manifestation, l’énergie divine qui s’est densifiée et exprimée dans son œuvre qu’est l’Univers. Prakriti est le mouvement permanent: tout change, tout évolue, tout apparaît un jour, et tout disparaît un autre jour… car Prakriti est le jeu des Guna, les trois qualités du monde phénoménal : Sattva (pureté), Rajas (mouvement) et Tamas (inertie).
  • Purusha est le Divin Témoin, le Non-Manifesté. Il représente la réalité sous-jacente, sous la forme de l’Esprit, de la Conscience libre, sereine et immobile. Sans lui, il n’y aurait point eu de Création. Mais Purusha n’y participe pas non plus. Il est au-delà de l’Univers Manifesté …

Selon le Sâmkhya , le processus d’évolution de l’âme passe par la compréhension de ces principes fondamentaux.

Le chercheur spirituel prend conscience du jeu constant des trois Guna et des différents constituants de l’Univers et de l’Homme (ce que le Sâmkhya appelle les Tattva). Il y parvient progressivement, grâce à une observation permanente du monde, mais aussi, par la prise de conscience de ce qui se passe en lui. Ce travail s’accompagne d’une purification progressive.

Car le chercheur apprend très tôt que son mental, ce précieux outil qui le met en contact avec le monde, est lui-même perpétuellement le jeu des 3 Guna : un instant, il est paisible et contenté… mais la plupart du temps, le voici en train de virevolter d’un désir à l’autre, d’une émotion joyeuse à la tristesse l’heure qui suit… et enfin, ce mental peut sombrer dans l’inertie et l’aquoibonisme.

Prendre conscience de ce jeu perpétuel et rechercher ce qui réside au-delà, non affecté par les changements permanents des qualités de la manifestation, voilà le but de la recherche du Sâmkhya. Agir sans être affecté par les Guna… nous verrons que c’est là le cœur de la Gîtâ…

Ainsi, plus que ce qui est vécu effectivement, c’est la manière de le vivre, c’est l’attitude intérieure, qui fait notre malheur ou notre bonheur, notre détresse ou notre sagesse…

Voici ce que dit Krishna à Arjuna à ce sujet dès le deuxième chapitre :

II.14. Les contacts matériels, ô fils de Kuntî, qui donnent le froid et le chaud, le plaisir et la douleur, choses éphémères qui vont et viennent, apprends à les supporter, ô Bhârata.

II.15. L’homme que ces choses ne troublent ni n’affligent, ô Cœur de lion entre les hommes, l’homme ferme et sage qui demeure égal dans le plaisir et la douleur, celui-là se rend digne de l’immortalité.

La semaine prochaine, j’aimerais continuer à parler de ce deuxième chapitre, en abordant la Loi d’Action et Réaction, le Karma, que Krishna explique dès le début à Arjuna. C’est ainsi qu’il va permettre à Arjuna de prendre du recul avec les faits, les apparences douloureuses des choses. Il va lui faire comprendre aussi qu’il n’est qu’un instrument parmi d’autres de la réalisation de quelque chose qui le dépasse. Alors même que nous pensons tout maîtriser, ou que tout tourne autour de nous, Krishna remet les choses en perspective…

Mandala de la Sagesse

Source de la citation: La Bhagavad-Gîtâ, traduction d’après Sri Aurobindo, Camille Rao et Jean Herbert, Librairies d’Amérique et d’Orient, 1984

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