Ahimsa, la non-violence de soi à soi

Le temps passe, les articles sur Yogamrita se succèdent… et je constate que ma série d’articles sur la non-violence, Ahimsa, n’est pas terminée. Certains me disaient « Mais arriveras-tu à écrire sur le yoga dans la durée? N’auras-tu pas un jour fait le tour de la question? » Je me dis aujourd’hui que plus ça va, plus il y aurait à dire… et je finis par m’oublier sur les thèmes en cours…

Ahimsa est d’actualité, encore et toujours. Les nouvelles que j’écoute (un peu mais pas trop) me conduisent à me souvenir des réflexions sur les Yama (restrictions) et les Niyama (règles de vie), qui sont les fondements du yoga. Après avoir parlé de la violence dans le monde, puis de la violence dans notre relation à l’autre, voici quelques réflexions sur la violence de soi à soi.

« La violence manifestée résulte d’un inconfort intérieur profond ».

C’est de là que j’ai envie de repartir aujourd’hui, car c’est en quelque sorte la racine du « mal ». Cet inconfort intérieur, c’est « Dukha », la souffrance inhérente à l’existence, qui se traduit intérieurement sous une forme ou sous une autre.

La vie est une éternelle recherche du bonheur, du bien-être, du mieux-être. La recherche du mieux provient d’un manque de quelque chose, quel qu’ il soit. Pour être général, disons qu’il y a en nous un manque de bonheur ou de satisfaction, qui nous pousse à l’action, en vue de combler ce manque.

La violence intérieure, envers soi existe réellement, mais nous nous la masquons à nous-mêmes.

Développer des pensées intransigeantes et dévalorisantes envers soi-même, manquer d’écoute par rapport à ses propres besoins, avoir tendance à faire le contraire de ce à quoi on aspire, jouer un rôle en contradiction avec ses aspirations profondes, est hautement frustrant.

Vivre empli de violence intérieure et de frustration ne peut qu’engendrer la violence, visible ou cachée.

Une des sources de violence les plus importantes dans la relation à soi-même réside dans le décalage entre ce que l’on est, ce que l’on fait, et ce à quoi l’on aspire. Cet écart est douloureux et génère le mal-être, des tensions et la frustration.

Quelques manifestations de violence vis-à-vis de soi-même

  • En yoga par exemple, ce serait forcer régulièrement pour parvenir à faire une posture, quitte à se rendre compte au bout de quelques semaines que l’on s’est fait du mal en allant trop vite et trop fort.
  • Dans notre vie relationnelle, ce peut être tenir un rôle qui va à l’encontre de celui que l’on souhaiterait ; ou montrer des traits de caractère que nous n’aimons pas en nous et s’en faire une fatalité, un mode de comportement.
  • La volonté de donner une image de soi aux autres , ou vouloir être comme un autre, ou l’ambition exagérée, ou encore le perfectionnisme, la non acceptation de là où l’on en est, peuvent conduire à tous les excès.

En chacun de nous coexistent la volonté d’être et celle d’avoir, dans une totale confusion. L’idéal est dans l’ «être »: nous souhaitons avant tout être heureux. Mais notre compréhension des choses semble nous dire que pour être heureux, il nous faut « avoir ».

  • L’ «être » se vit dans l’instant présent, il ne demande rien et donne beaucoup.
  • L’ « avoir » est dans la notion du temps qui passe :  « J’ai eu » (je suis peut-être dans le regret et je manque),  « j’ai » (et je ne veux pas perdre ce que j’ai) ou « je veux avoir bientôt » (je suis dans le désir).

Ainsi, plutôt que de goûter à l’instant qui nous est donné, nous nous tendons intérieurement pour que les choses soient ce que nous désirons.

On dit aussi « manquer de temps », tout comme « avoir » le temps. Le mode de vie actuelle, pour beaucoup d’entre nous, s’accompagne d’un manque de temps général:

  • Le manque de temps conduit à un manque de respect des choses et de l’environnement.
  • Le manque de temps pour l’autre nous éloigne: on ne prend pas suffisamment de temps pour échanger, communiquer, etc. avec nos semblables.
  • Le manque de temps pour soi-même nous éloigne de nous-même, de notre nature spirituelle, psychique et même parfois physique.

Le stress c’est aussi ne pas faire ce qui serait bon pour soi, comme dormir suffisamment pour récupérer, être à l’écoute des signaux du corps et de ses besoins, se relaxer, faire régulièrement de la méditation, du yoga, etc.

Prendre conscience

Lorsqu’existe un décalage en soi, cela se sent, tant pour soi que pour les autres. Entretenir une tension intérieure « violente », c’est un peu l’équivalent de tricher avec soi-même et avec les autres.

Prendre conscience de cette violence intérieure permanente, que l’on s’impose vis-à-vis de soi-même, est un travail qui ne peut engager que nous et personne d’autre.

  • Ce travail intérieur consistera tout d’abord à reconnaître cette violence en soi … pas toujours facile !
  • Puis à observer, à ressentir ce manque, comment il se manifeste, quand, pourquoi, …
  • Ensuite, à analyser cette frustration pour la comprendre et élargir sa vision des choses.
  • Pour enfin parvenir à la transformation. Cette transformation est en quelque sorte la voie et l’objectif du yoga.

Pour clore la série d’articles sur Ahimsa, un prochain article sera consacré plus précisément à Ahimsa pendant la pratique du yoga.

Namaste