La philosophie du yoga offre un point de vue très riche pour observer l’humain: celui des différentes « enveloppes », coquilles ou corps qui nous composent. Cette approche passionnante peut contribuer à approfondir la pratique yogique…

Galaxie

Concepts védantiques

Selon la philosophie du Vedânta, à l’origine était la Pure Conscience, l’Absolu, Brahman, l’Âtman (qui ressemble beaucoup au Purusha du Sâmkhya). Puis Mâyâ (équivalent de Prakriti) a émané de Brahman, sans lequel elle n’a pas d’existence propre. Elle est la cause initiale, l’énergie créatrice et de transformation, l’origine de l’Univers. Elle est le mouvement perpétuel et éphémère auquel est lié le cycle de la vie et de la matière. Les Védantins ne mâchent pas leurs mots: elle est pour eux tout simplement la «Grande Illusion»… Selon la cosmogonie védantique, l’univers matériel est le résultat d’une projection tout d’abord extrêmement subtile d’énergie, puis progressivement densifiée, jusqu’à la matière. Ses limitations sensorielles et mentales ne permettent pas à l’Homme de percevoir l’Âtman, véritable nature de l’Univers; il ne peut en avoir que la connaissance intuitive, car Sa compréhension dépasse son entendement.

Les Kosha, les « enveloppes » de l’âme

Les Kosha sont exposés dans la Taittirîya Upanishad et le Viveka Cudamani. Kosha signifie en sanskrit enveloppe, revêtement, gaine ou voile. La densification de la création a nécessité plusieurs adaptations de l’énergie et de la conscience, en fonction de la nature des différents plans traversés:

  • Ainsi, l’énergie originelle est pure, impalpable sur le plan terrestre. Puis sur un plan intermédiaire, elle devient son, lumière, vibration. Lorsqu’elle atteint les plans les plus grossiers, elle se matérialise: elle devient matière, composée des 5 éléments (éther, air, feu, eau, terre).
  • Cela s’applique aussi à l’ « âme » (Jîvâtman ou conscience individuelle) qui descend des plans subtils, jusqu’aux plans grossiers. C’est un peu comme si cette descente vers l’existence terrestre, rendait nécessaire la création d’ «habits », de fonctions, de véhicules, pour permettre à la conscience individuelle d’interagir sur les plans énergétiques traversés.

C’est ce phénomène qui explique l’existence des Kosha (enveloppes). Voici une autre explication imagée des Kosha:

Une pièce est dans le noir le plus total. L’observateur ne peut y voir que l’obscurité. Dans cette pièce, il y a pourtant une lanterne; mais elle est recouverte par de nombreux voiles, qui ne laissent pas passer la lumière. L’Homme est ainsi pareil à la lanterne. Il est recouvert de cinq voiles – ou Kosha – superposés. En son centre le plus secret, brille la lumière de l’Âtman, l’âme individuelle, pure et identique à l’Atman universel. Mais ses sens physiques ne lui permettent pas de voir sa véritable nature. Au contraire: ses sens le poussent à se projeter dans le monde extérieur matériel. A l’image de la lanterne ci-dessus, pourtant allumée, l’Homme ne peut voir, ni être conscient, de sa propre lumière…

Les Kosha cachent à l’humain sa véritable nature. Le Yogi entame un retour à la source, en perçant un à un les voiles, par sa conscience:

  • Il sait que plus il se concentre sur la matière, plus la source, l’Atman, est masquée;
  • plus il retourne à l’intérieur et se connecte à sa nature véritable, au-delà des Kosha, plus il s’en rapproche.

En fin de course, le Yogi fait l’expérience de la source lumineuse à l’intérieur… Le Jîvâtman (âme individuelle), qui aspire à la libération, fait le chemin inverse à celui de la projection lors de la création de l’Univers. Il remonte, à contre-courant, dans les Kosha, du plus grossier au plus subtil, et finalement les dépasse. Cette tâche est extrêmement difficile: au lieu de se projeter dans le monde extérieur, dans le «faire» et l’«avoir», le Yogi rentre à l’intérieur de lui-même, apprend à se connaître et à «être», jusqu’à retrouver en lui l’Unité dans l’Atman. Et c’est cela que le yogi vise, lorsqu’il pratique les différentes techniques du Yoga…
(à suivre)

Image: http://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxie