En reprenant un livre de Karlfried Graf Dürckheim, je retrouve ce texte que je vous partage ici:

« L’exercice de l’attitude juste embrasse toujours, dans le sens corporel et psychique, deux aspects :

  • d’une part l’abandon de tout ce qui s’oppose au contact avec l’ÊTRE et en témoigne,
  • d’autre part l’édification d’une «forme» nouvelle, c’est-à-dire une «forme» qui maintient ce contact, en acceptant la vie telle qu’elle est, tout en témoignant de l’ÊTRE dans l’action existentielle.

Tout ce qui est figé en nous s’oppose à l’union avec l’ÊTRE, qui, étant vivant, exige une transformation continuelle.

Dès l’enfance, l’homme se constitue, en fonction même du développement de sa conscience, une manière «d’être là», toute personnelle, par laquelle il doit accomplir consciemment et librement, en tant que «moi», tout ce qu’il ne sait plus faire inconsciemment et instinctivement. C’est bien en cela qu’il se distingue de l’animal.

Dès que l’homme se sent abandonné, dans un monde qui le menace ou lui est défavorable, il se crée, dès l’enfance, une «forme d’adaptation» qui, effectivement, lui rend service en lui permettant surtout de subsister dans un monde dangereux, hostile et sans amour. Lorsqu’une telle «forme d’adaptation» se fixe, elle interrompt le contact avec l’Être essentiel.

Alors, à la place d’une confiance élémentaire dans la vie, l’homme ne se réfère plus qu’à la sécurité que donne le savoir, le pouvoir et l’avoir. A la place d’une foi originelle, expression de la loi naturelle, à la place d’un développement sans entraves de l’image innée, se substitue une orientation déterminée par les ordonnances traditionnelles du monde, un effort vers une apparence extérieurement plaisante. Faute de posséder, en l’ÊTRE, l’abri inviolable, l’individu se met sous la dépendance d’autrui afin d’être accepté, accueilli et aimé.

Portraits: vieillard et enfant

Le maintien d’attaches enfantines, la prison que constitue la fréquentation de compagnons médiocres, le conformisme d’un monde ressenti intérieurement comme faux et les besoins de sécurité du «moi» produisent des préjugés, des formules, quant à la façon de se donner et de se comporter, ainsi que des projections d’une certaine apparence jugée désirable, projections qu’il est nécessaire de reconnaître dans leurs formes cristallisées afin de les dissoudre. Si la pétrification est trop avancée, c’est-à-dire si elle entraîne un état névrotique, l’aide d’un spécialiste averti doit être recherchée.

Mais plus l’homme devient réceptif aux requêtes de son Etre authentique, plus il accepte de s’ouvrir à la vérité. Celui qui «se» cherche sérieusement devient plus vite apte à reconnaître de quelle manière sa vision rétrécie et son comportement s’opposent à l’expression de son Etre essentiel. Il acquiert ainsi les moyens de transformer lui-même ce comportement tout en continuant sa route. C’est en cela que le «quotidien» devient une «pratique»… »

Source: Pratique de la voie intérieure, Karlfried Graf Dürckheim, Le Courrier du Livre

Photos: Jacques Garcia.