Archives 'yoga sutra'

mar 07 2013

Dharana, la Concentration

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Dharana est le sixième membre du Yoga, selon les Yoga Sutra de Patanjali. C’est l’art de la concentration.

Arjuna, le Grand Archer du Mahabharata

Désha-bandhash chittasya dhâranâ
Dharana est l’art de la concentration parfaite sur un point.
(Yoga Sutra, III.1)

Le « point » dont il s’agit ici peut-être un objet, un lieu, un sujet donné. La traduction exacte du sutra parle de « lier le mental en un lieu ». Le sens de « lier » indique bien le mouvement nécessaire que le mental doit réaliser pour s’unir sur l’objet de la concentration. Dans le yoga, lorsqu’on désire illustrer cet état de parfaite concentration, on cite souvent le grand Archer de la Bhagavad Gîta qu’était Arjuna: Voici son histoire :

« Drona, Maître d’armes, enseignait l’art du tir à l’arc aux frères Pandavas, les célèbres héros du Mahabharata. Un jour, Drona avait installé un poisson en bois sur la branche la plus haute de l’arbre le plus haut du lieu d’entraînement. Les cinq Pandanvas se tenaient là, prêts à essayer, à la demande de Drona, d’atteindre avec leur flèche, le dit poisson.

Drona appela le premier des frères et lui demanda avant qu’il ne tire :
« Ami, que vois-tu ? »
« Je vois le bleu du ciel, l’arbre, le vent dans les branches, le poisson » répondit-il.
« Bien, répondit Drona, alors pose ton arc et ne tire pas ».

Il appela le second et lui demanda avant que ce dernier ne tire :
« Ami, que vois-tu ? ».
« Je vois l’arbre, les branches, la branche sur laquelle est le poisson, le poisson » répondit ce dernier.
« Bien, répondit Drona, alors pose ton arc et ne tire pas ».

Il appela le troisième et lui posa la même question :
« Ami, que vois-tu ? ».
« Je vois l’arbre, les branches, la branche, les feuilles, le poisson » répondit ce dernier.
Et Drona ordonna la même chose. Ainsi de suite, aucun prince ne pût tirer sa flèche.

Drona appela enfin Arjurna et lui posa la même question ; Arjurna répondit :
« Je ne vois que l’œil du poisson et rien d’autre ».
Drona lui dit alors: « Ajuste ton arc et tire ».

Seule l’intensité de la concentration permet d’unir l’observateur et l’objet d’observation.

En Dharana, la conscience de l’objet observé est maintenue. La conscience que l’on est en train de se concentrer ne disparaît pas. Si tel était le cas, on plongerait alors dans les états avancés de Dhyana, de méditation profonde.

La concentration peut porter sur :

  • des objets extérieurs ;
  • elle peut également se faire sur des supports plus intérieurs comme les chakras du corps,
  • sur des zones physiques plus ou moins subtiles,
  • elle peut se faire aussi sur des plans mentaux et plus éthériques.

En matière de concentration, selon la nature du support, le lieu de son action, et l’intensité de sa pratique, on peut dire que, ce que l’on appelle Dharana, s’étend sur une échelle allant du retrait des sens (Pratyahara), en passant par la concentration duelle en tant que telle, pour se fondre ensuite dans les niveaux les plus profonds de la méditation (Dhyana).

Ce qui caractérise Dharana, c’est la capacité à être ininterrompue. C’est l’étape INDISPENSABLE vers la méditation. Sans elle, pas de réelle méditation… mais un long monologue du mental:

Ce monologue, on l’expérimente au quotidien. On se sent libre dans ses pensées et maître de « soi » … mais en fait, on est aussi en quelque sorte prisonnier:  piégé par le mental… car il semble quasiment impossible de cesser le brouhaha des pensées.

Le sentiment du « moi » est une force qui pousse à entretenir les pensées. Le « moi », c’est l’ego (ahamkara), la conscience individuelle, duelle. L’ego a besoin de la pensée pour survivre.  « Sans pensée, plus de sensation d’exister », pense le mental…

Le mental nourrit donc sa substance dans la pensée.

La pensée, elle,  se raccroche au passé, au souvenir, dans lequel l’ego trouve ses fondements: car « sans souvenir, comment m’identifier à l’ego? qui aurait mémoire de moi? »

… puis, pour prolonger son existence, l’ego se projette dans l’avenir, …

Ainsi, l’égo puise « sa réalité » dans le temps, qui lui donne pleinement le sentiment d’exister.

Les Yoga Sutra disent ensuite que, si la concentration est maintenue sur la durée, elle se transforme donc en Dhyana:

la conscience du méditant  ne fait plus qu’un avec son objet de méditation – le temps, l’espace et la causalité disparaissent – , c’est le début du grand voyage intérieur et de l’expansion de conscience.

Alors même que l’ego croyait que la non-pensée serait la grande dissolution, le méditant est devenu bien plus présent et bien plus conscient:  il est né à une conscience beaucoup plus vaste: il est sorti des limites, ou du cadre, que l’ego lui imposait…

Mandala

Source de l’image: Arjuna l’archer, By Charles Haynes (originally posted to Flickr as Archery) [CC-BY-SA-2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons. To win the hand of Draupadi Arjuna has to shoot the eye of a fish that’s on a revolving platform while aiming using a mirror. That Arjuna was a good archer.

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août 14 2012

Ahimsa (la non-violence), dans la pratique (2/2)

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Ahimsa, dans la pratique quotidienne du yoga

Voici la suite et la fin de l’article de lundi sur ce thème de la non-violence. Partie pour écrire un seul article, je me suis retrouvée à rédiger une série entière. Ainsi, je me suis rendu compte que ce sujet aux multiples facettes me passionne… Ici, nous nous intéressons à la pratique. Quelle place tient Ahimsa dans mon yoga? Le yoga comporte une part d’effort, une part de non-effort. Quelle attitude adopter? quelle progression rechercher?

Ahimsa, l’attitude indispensable sur la durée

Certains yogis occidentaux, soucieux de tradition et de perfection prennent le chemin de l’ascèse, une ascèse extrême (à l’instar de l’aspirant yogi décrit plus haut). Je dis extrême car ils ne tiennent pour la plupart pas sur la durée. Mieux vaut une pratique de moyenne intensité maintenue tout au long de la vie, plutôt que 4-5 ans de pratique intense… puis l’abandon pur et simple. Ahimsa n’a pas été suffisamment mis en pratique.

D’un autre côté, beaucoup de gens font du yoga par confort, et aussi pour progresser sur leur chemin intérieur, mais ils ne prennent pas la peine de s’investir. C’est un peu ce qu’Ysé Tardan-Masquelier appelle dans un de ses ouvrages le yoga « plan-plan ». Une habitude saine parmi d’autres. On pratique un yoga doux, respectueux du corps, … On se croit dans Ahimsa.

Mais le véritable Ahimsa n’a rien de « plan-plan ». C’est un état de vigilance intégral et constant. Ahimsa se développe en regard et en reflet des autres Yama (règles en société) et Niyama (règles personnelles) (voir article à ce sujet). Au départ, les progrès en yoga se font intérieurement.

Par exemple, dans la pratique du yoga, il n’y a pas de progrès intérieur s’il n’y a pas d’honnêteté envers soi-même (Satya), ni de persévérance (Tapas).

L’honnêteté par rapport à soi-même, c’est entre autre accepter de voir ses limites et de travailler pour les reculer (si la santé le permet). Par exemple, dans la posture de l’Arc (Dhanurasana), si je me rends compte qu’il m’est difficile de monter les pieds dans la posture, je ne cherche pas à compenser en les écartant: c’est plus facile … mais on cambre et on abîme à la longue le bas du dos. Au contraire, je travaille mes points faibles: la souplesse globale du dos, les épaules et l’étirement de la chaîne musculaire avant (y compris les quadriceps, l’avant des cuisses).

Dhanurasana, la posture de l'arc
Dhanurasana, la posture de l’Arc

La persévérance (Tapas, l’ascèse), c’est être régulier sur la durée, pendant 10, 20, 30, 40 ans… La persévérance, c’est adapter son hygiène de vie et son alimentation, parce que cela influe sur la pratique du yoga. C’est aussi compléter son cours hebdomadaire par un peu de pratique à la maison, par des lectures sur le yoga, c’est chercher à comprendre le yoga au-delà du cours de yoga et des postures. Cela ne vient pas forcément tout de suite. Mais au bout de10 ans ou plus, c’est sûr! on a envie d’aller un peu plus en profondeur!

Prendre conscience de la violence en soi

Et enfin, Ahimsa en yoga, passe bien évidemment par l’apaisement de la violence en soi – une Lapalissade qui mérite tout de même d’être exprimée -. La violence en soi, ce sont les tensions intérieures. L’évacuation de la violence passe par l’évacuation du stress. Le stress nous fait tricher envers nous-même et envers le monde, le stress fausse le jeu et voile notre vraie nature.

  • Le stress est l’oubli de soi (dans le sens de notre nature véritable ou âme) pour faire face au monde.
  • Le yoga participe à la dissolution des tensions que nous nous créons dans notre relation au monde extérieur. Il a pour but notre rencontre avec nous-même, pour finalement pouvoir renouer avec notre vraie nature, et ultimement, nous y fondre.

Première partie de cet article: >>Ahimsa (la non-violence), dans la pratique du yoga (1/2)<<

Bonne semaine
Namaste

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août 08 2012

Ahimsa dans la pratique du yoga (1/2)

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Ahimsa, la nou-violence pendant la pratique du yoga, une histoire de soi à soi

Voici l’ultime article (en 2 épisodes) sur la non-violence, Ahimsa, série que j’avais commencée l’année dernière déjà… Ahimsa, nous l’avons vu, est une pratique qui touche tous les niveaux de l’existence: non-violence vis-à-vis de notre environnement, vis-à-vis des autres êtres vivants, humains et autres, mais aussi non-violence vis-à-vis de soi-même. La violence n’est pas seulement physique, elle peut-être verbale, ou même seulement pensée. Aujourd’hui, passons en revue notre pratique du yoga, à la lumière d’Ahimsa…

Quelques « violences » vis-à-vis de soi-même pendant le yoga

  • L’impatience et le besoin de résultats: Forcer régulièrement pour parvenir à faire une posture, quitte à se rendre compte au bout de quelques semaines que l’on s’est fait du mal en allant trop vite et trop fort. Par exemple, je connais des « yogis » opérés des genoux, pour avoir voulu progresser en Padmasana, la posture du Lotus, à tout prix et trop vite.
  • Le soucis de perfection: Vouloir faire aussi bien que le professeur ou que son voisin, parce qu’on aime bien faire. Alors, on ne s’écoute pas, on regarde le résultat souhaité avant tout.
  • L’absence  d’écoute de soi: Faire ses postures comme d’habitude alors que le dos est un peu grippé ou que l’on est courbaturé par un excès de sport pendant le week-end.
  • Le manque de temps: faire les postures rapidement pour être efficace et avoir fait un peu de yoga à la maison (même si c’était mal fait…). A ce sujet, le manque de temps (que l’on s’impose) est une violence contre nos proches à qui l’on n’accorde pas suffisamment de temps, contre les machines que l’on maltraite ou que l’on n’entretient pas suffisamment, envers les objets que l’on abîme, envers soi-même que l’on ne respecte pas, …
    Prétexter ne pas faire de yoga par manque de temps est une forme de violence: si on n’a pas le temps, c’est qu’on a particulièrement besoin de yoga!

Le Hatha Yoga n’est-il pas le « yoga de l’effort violent »?

Oui, c’est sa définition première, et c’est vrai sous un certain angle.

Les yogi ont développé les techniques tantriques dans le but de purifier toutes les couches de l’être et d’éveiller la kundalini, pour accéder « facilement » à un niveau de conscience supérieur. Ce travail serait destiné aux « mauvais élèves » du Raja Yoga. C’est-à-dire à ceux qui n’arrivent pas, naturellement, à méditer profondément et à entrer en Samadhi (état de supra-conscience). Autant dire, le Hatha Yoga s’adresse à la majorité d’entre nous…

La Hatha Yoga implique une dose d’effort et d’ascèse:

  • Rester immobile, renoncer au mouvement est déjà en soi une forme d’ascèse. Immobiliser le corps, c’est aussi immobiliser le mental. Or, celui-ci a horreur de l’immobilité…
  • Pratiquer des postures qui ne sont pas forcément faciles, les apprendre et les faire dans la mesure de ses possibilités, avec constance et progression, et surtout avec patience, c’est une vraie ascèse…

Mais si le yoga est une ascèse, le plaisir est-il malvenu pour autant?

Bien sûr que non. Tout est question d’équilibre. C’est ce que la suite va expliquer.

Quant à l’effort purement violent, qui serait par exemple pratiquer des heures de Pranayama, des Bhastrika (exercice de respiration intense) et des rétentions jusqu’à transpiration, à tenir des Asana plusieurs minutes, voire des heures, à méditer des journées entières, à tenir des Mudras jour et nuit, cela est valable dans certains contextes seulement.

C’est valable pour l’aspirant yogi préparé par un maître, dans la pure tradition du yoga tantrique. Ce yogi a été rompu à des pratiques préparatoires, à une ascèse alimentaire, à une vie saine. Ce yogi a purifié son mental. Il a renoncé à la vie mondaine et au confort. Il a opté pour une vie de simplicité extrêmement rudimentaire. Il a évacué le stress et vit pleinement le présent.

Son yoga n’est alors qu’une suite de leçons logiques. Il a suivi toute la progression avec son maître. Il est jugé apte à de telles pratiques. Il sait en savourer les bénéfices, même si elle est difficile. Car même à ce niveau, il arrive à installer «fermeté» («Sthira») et «douceur» («Sukha»).

L’effort violent en yoga n’est pas forcément violent dans le sens où nous l’entendons généralement. C’est cet effort qui vous permet d’aller au-delà… de là, où vous étiez avant. C’est ce qui vous permet d’avancer. Cela peut être le relâchement d’un blocage physique ou psychique de longue date, la découverte de sensations nouvelles dans votre détente, l’ouverture d’un espace intérieur jusque-là jamais expérimenté.

«Sthira» et «Sukha», mesure d’Ahimsa

Le Yoga, c’est un équilibre dans la pratique qui comprend douceur et fermeté, avec la même intensité.

C’est 50% de douceur, 50% de fermeté.

La douceur, c’est que la posture doit être «confortable», et la fermeté, c’est qu’elle doit tenir d’elle-même, dans une certaine rigueur qui prévient de tout affalement.

C’est un équilibre à trouver dans chacune de vos postures, dans chacun de vos exercices de respiration, dans votre pratique de la méditation, mais encore dans votre auto-observation/introspection au quotidien (ni dureté/intolérance, ni laxisme).

La douceur dans la pratique, c’est aussi goûter l’instant de la pratique  même si l’exercice n’est pas simple – et la fermeté, c’est aussi maintenir l’exercice, en développant la force mentale tranquille.

La fermeté est dans une certaine rigueur: rigueur de la posture juste, innombrables petits auto-contrôles qui vous aident à déployer votre corps dans la posture parfaite (et inoffensive); parfaite pour vous, aujourd’hui. Rigueur, qui vous conduit à équilibrer les tensions et le relâchement des multiples zones de votre corps, afin de tenir dans l’espace sans rigidité (trop de rigidité est parfois le défaut des yogis) et sans mollesse. La rigueur c’est l’observation constante de la respiration amie, qui accompagne vos mouvements d’un bout à l’autre. La rigueur, c’est le témoin intérieur qui ramène le mental sur l’expérience de yoga, ici et maintenant…

Ce jeu d’équilibre est essentiel.

A suivre…

Autres articles sur le sujet:

Ahimsa, la non-violence: introduction
Ahimsa et la communication non violente
De la violence à Ahimsa – La relation à l’autre et au monde (1/2)
De la violence à Ahimsa – La relation à l’autre et au monde (2/2)
Ahimsa: la non-violence de soi à soi
Les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles)

Bonne semaine
Namaste

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août 02 2012

Ahimsa, la non-violence de soi à soi

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Ahimsa, la non-violence de soi à soi

Le temps passe, les articles sur Yogamrita se succèdent… et je constate que ma série d’articles sur la non-violence, Ahimsa, n’est pas terminée. Certains me disaient « Mais arriveras-tu à écrire sur le yoga dans la durée? N’auras-tu pas un jour fait le tour de la question? » Je me dis aujourd’hui que plus ça va, plus il y aurait à dire… et je finis par m’oublier sur les thèmes en cours…

Ahimsa est d’actualité, encore et toujours. Les nouvelles que j’écoute (un peu mais pas trop) me conduisent à me souvenir des réflexions sur les Yama (restrictions) et les Niyama (règles de vie), qui sont les fondements du yoga. Après avoir parlé de la violence dans le monde, puis de la violence dans notre relation à l’autre, voici quelques réflexions sur la violence de soi à soi.

« La violence manifestée résulte d’un inconfort intérieur profond ».

C’est de là que j’ai envie de repartir aujourd’hui, car c’est en quelque sorte la racine du « mal ». Cet inconfort intérieur, c’est « Dukha », la souffrance inhérente à l’existence, qui se traduit intérieurement sous une forme ou sous une autre.

La vie est une éternelle recherche du bonheur, du bien-être, du mieux-être. La recherche du mieux provient d’un manque de quelque chose, quel qu’ il soit. Pour être général, disons qu’il y a en nous un manque de bonheur ou de satisfaction, qui nous pousse à l’action, en vue de combler ce manque.

La violence intérieure, envers soi existe réellement, mais nous nous la masquons à nous-mêmes.

Développer des pensées intransigeantes et dévalorisantes envers soi-même, manquer d’écoute par rapport à ses propres besoins, avoir tendance à faire le contraire de ce à quoi on aspire, jouer un rôle en contradiction avec ses aspirations profondes, est hautement frustrant.

Vivre empli de violence intérieure et de frustration ne peut qu’engendrer la violence, visible ou cachée.

Une des sources de violence les plus importantes dans la relation à soi-même réside dans le décalage entre ce que l’on est, ce que l’on fait, et ce à quoi l’on aspire. Cet écart est douloureux et génère le mal-être, des tensions et la frustration.

Quelques manifestations de violence vis-à-vis de soi-même

  • En yoga par exemple, ce serait forcer régulièrement pour parvenir à faire une posture, quitte à se rendre compte au bout de quelques semaines que l’on s’est fait du mal en allant trop vite et trop fort.
  • Dans notre vie relationnelle, ce peut être tenir un rôle qui va à l’encontre de celui que l’on souhaiterait ; ou montrer des traits de caractère que nous n’aimons pas en nous et s’en faire une fatalité, un mode de comportement.
  • La volonté de donner une image de soi aux autres , ou vouloir être comme un autre, ou l’ambition exagérée, ou encore le perfectionnisme, la non acceptation de là où l’on en est, peuvent conduire à tous les excès.

En chacun de nous coexistent la volonté d’être et celle d’avoir, dans une totale confusion. L’idéal est dans l’ «être »: nous souhaitons avant tout être heureux. Mais notre compréhension des choses semble nous dire que pour être heureux, il nous faut « avoir ».

  • L’ «être » se vit dans l’instant présent, il ne demande rien et donne beaucoup.
  • L’ « avoir » est dans la notion du temps qui passe :  « J’ai eu » (je suis peut-être dans le regret et je manque),  « j’ai » (et je ne veux pas perdre ce que j’ai) ou « je veux avoir bientôt » (je suis dans le désir).

Ainsi, plutôt que de goûter à l’instant qui nous est donné, nous nous tendons intérieurement pour que les choses soient ce que nous désirons.

On dit aussi « manquer de temps », tout comme « avoir » le temps. Le mode de vie actuelle, pour beaucoup d’entre nous, s’accompagne d’un manque de temps général:

  • Le manque de temps conduit à un manque de respect des choses et de l’environnement.
  • Le manque de temps pour l’autre nous éloigne: on ne prend pas suffisamment de temps pour échanger, communiquer, etc. avec nos semblables.
  • Le manque de temps pour soi-même nous éloigne de nous-même, de notre nature spirituelle, psychique et même parfois physique.

Le stress c’est aussi ne pas faire ce qui serait bon pour soi, comme dormir suffisamment pour récupérer, être à l’écoute des signaux du corps et de ses besoins, se relaxer, faire régulièrement de la méditation, du yoga, etc.

Prendre conscience

Lorsqu’existe un décalage en soi, cela se sent, tant pour soi que pour les autres. Entretenir une tension intérieure « violente », c’est un peu l’équivalent de tricher avec soi-même et avec les autres.

Prendre conscience de cette violence intérieure permanente, que l’on s’impose vis-à-vis de soi-même, est un travail qui ne peut engager que nous et personne d’autre.

  • Ce travail intérieur consistera tout d’abord à reconnaître cette violence en soi … pas toujours facile !
  • Puis à observer, à ressentir ce manque, comment il se manifeste, quand, pourquoi, …
  • Ensuite, à analyser cette frustration pour la comprendre et élargir sa vision des choses.
  • Pour enfin parvenir à la transformation. Cette transformation est en quelque sorte la voie et l’objectif du yoga.

Pour clore la série d’articles sur Ahimsa, un prochain article sera consacré plus précisément à Ahimsa pendant la pratique du yoga.

Namaste

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juil 12 2012

De la violence à Ahimsa – La relation à l’autre et au monde (2/2)

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Il y a peu, je vous parlais de la violence qui existe dans notre relation à l’autre et au monde. La violence, ce n’est pas seulement la violence physique. C’est elle qui sourde déjà dans une pensée anodine, une attitude, une parole.

Ahimsa, l'action consciente et non-violente - art martial japonais

La violence est un constat quotidien. Alors que faire?

Il n’y a pas de recette miracle, mais heureusement des pistes à suivre.

L’universalité d’Ahimsa …

Ahimsa est la non-violence de moi à moi, de moi à l’autre. Ahimsa parle à tous et concerne tous les êtres doués de conscience.

Ahimsa est un Yama (règle de vie en société), une voie d’ascèse aussi, une Sadhana (pratique en yoga). A mon sens, en matière d’Ahimsa, l’importance est l’accord parfait entre le cœur (ou l’âme, la conscience) et la pensée (ou l’action qui en découle).

… et la multiplicité de son expression

Mais cette voie n’est pas forcément la même d’une personne à l’autre, même s’il existe une idée universelle de ce qu’est la non violence.

L’exemple du végétarisme

Mon parcours de vie fait que j’ai expérimenté le végétarisme dès ma tendre enfance. Et aujourd’hui, il me serait difficile de manger de la viande, alors que j’ai expérimenté le végétarisme pendant tant d’années, que je vis en pleine santé et que je jouis de tous les plaisirs du palais, sans condamner de vie animale. Ceci est le résultat de mon parcours.

L’alimentation est quelque chose de très intime et souvent relié à l’enfance. Je ne génère donc aucune frustration, ni violence envers moi-même, en continuant à être végétarienne.

J’ai vu des bouddhistes tibétains, ayant développé Ahimsa et une immense sagesse, manger occasionnellement de la viande. Mais ils le font en pleine conscience et en remerciant l’animal qui a fait don de sa vie. Cette action, à mon sens, n’enlève pas leurs qualités d’âme.

Autre exemple: la Bhagavad Gita. Pour Arjuna, son véritable devoir de guerrier était de se battre contre les siens – et de tuer -, et non le refus de combattre. Il lui a fallu prendre du recul et recevoir l’éclairage supérieur (de Krishna) pour comprendre qu’il n’était qu’instrument de la volonté divine, en vue de rétablir le dharma (le bien).

Le problème est chez moi

Si je m’énerve facilement, le problème n’est pas chez l’autre envers qui je suis agressif. Il est chez moi.

Imaginons, par exemple, que je tape un bon coup de poing sur la table. La table ne m’a rien fait… Mais en fin de compte, c’est moi qui ai mal!

La violence envers l’autre, c’est souvent de la violence contre soi-même. Alors, au sens propre ou au sens figuré, on se fait du mal.

Et à force de répétition, la violence devient une habitude, une norme de comportement.

Nous entretenons tous ou quasiment quelques insatisfactions, pour des raisons matérielles, affectives, relationnelles ou autres. Cela entraîne une certaine dose de frustration au quotidien qui peut se traduire dans le comportement. Par exemple, pour «défouler» mes frustrations, je ne respecte pas les autres, je n’en ai rien à faire de l’environnement, etc.

«Drashtar», le témoin intérieur

Voici la technique que propose Patanjali. Il explique dans ses Yoga Sutra que réside en nous le «Drashtar». Drashtar est celui qui voit, le témoin, la conscience profonde qui est capable de prendre de la distance par rapport aux événements du quotidien. Drashtar se situe au-delà des vicissitudes de notre existence. Il est immobile et éternel observateur de l’agitation du monde et du mental. Il n’est pas affecté par les aléas de nos humeurs, car il relève de quelque chose de supérieur, d’universel. Drashtar est un sage qui réside en nous.

Lorsque surviennent des pulsions violentes, nous pouvons les observer, les ressentir, les accueillir plutôt que de les refuser et de nous voiler la face.

Ainsi, plutôt que de reléguer le Drashtar aux oubliettes, nous pouvons nous reconnecter à lui.

Et lui peut alors manifester sa sagesse jusqu’à notre niveau conscient. Nous pouvons nous reconnecter à son intuition profonde, à un ressenti extrêmement fin, qui va parfois au-delà du rationnel.

Un tel ressenti des situations, des personnes, du monde et de notre interaction avec eux, nous accorde à la vie, nous positionne. Il nous dicte intuitivement l’attitude à adopter.

Il devient dès lors plus aisé de savoir comment être et quoi faire, même dans une situation violente, comme Arjuna dans la Bhagavad Gita.

Ahimsa, ascèse ou liberté

Comme on le voit, tout est question de choix d’action, le plus en accord avec la conscience profonde.

Ahimsa est un choix délibéré, un acte conscient, une responsabilité personnelle. Ce Yama (restriction) est une ascèse ou une sadhana (pratique du yoga).

D’un côté, il peut être perçu comme restrictif par le Sadhak (yogi), puisqu’il s’agit de refreiner une tendance innée.

Mais de l’autre, vivre pleinement connecté à sa conscience profonde et «vivre en Ahimsa» de façon naturelle et spontanée, ressemble à la plus belle forme de liberté…

Comment connecter sa conscience profonde?

Se connecter à soi-même, c’est parvenir à se voir avec une distance bienveillante qui laisse de l’espace à une certaine forme d’indulgence et de patience. S’accepter soi-même, accepter de se voir tel que l’on est est un préalable indispensable.

C’est aussi reconnaître la nécessité d’un changement de comportement chaque fois que nécessaire et désirer ce changement.

Prendre conscience de ses manques, de ses frustrations, et se connecter à sa conscience profonde est possible:

  • par l’introspection,
  • la discrimination de la violence
  • et aussi par la méditation
  • mais encore: la prière, la confiance, l’ouverture aux autres, …

Ces pratiques nous aident à mieux nous connaître. Au fur et à mesure, nous devenons de plus en plus clairs, plus rapides et naturels dans nos choix, plus spontanés, plus justes. Nous nous connectons à nous-même, nous sommes au plus vrai et au plus profond.

Les bouddhistes mentionnent très souvent l’ «interdépendance» des phénomènes. Nous sommes tous connectés les uns aux autres: mon bonheur dépend de celui des autres. Celui qui travaille sur sa conscience, influence forcément le reste de l’humanité…

Suis-je dans Ahimsa?

Certainement que dans vos vies vous avez déjà eu l’impression d’agir en parfaite harmonie avec une sagesse intérieure. Dans de telles occasions, même longtemps après, il ne demeure aucun doute par rapport à vos choix. Il demeure une impression paisible et heureuse d’avoir été au plus juste. Vous êtes en paix avec vous-même.
Et ce, alors même que, vu de l’extérieur, votre attitude pourrait avoir été perçue comme violente.

Une certaine forme de «violence » mais dans la conscience d’Ahimsa – a sa place, dans des contextes bien précis, tels que par exemple:

  • correction (modérée, il va de soi) d’un enfant qui ne met plus de limite;
  • violence physique envers quelqu’un d’injuste, par exemple pour sauver des vies mises en danger. Parfois, ne rien faire est plus violent que d’agir, si on en a les moyens.

A l’opposé, peut-être aussi, avez-vous le souvenir d’un malaise intérieur suite à un usage déplacé de la non-violence, … pour ne pas avoir été à l’écoute de votre conscience. Même après coup, et si cela est possible, vous pouvez apaiser ce malaise, si vous engagez une communication vraie avec les personnes en cause. Si cette communication ne peut pas avoir lieu, il demeure que le pardon guérit. Il est important de savoir aussi se pardonner à soi-même.

La communication non-violente

Un article précédent a traité de ce sujet (ici>>) . Bien se connaître et être à l’aise dans la communication est utile pour désamorcer des conflits sous-jacents ou déclarés. C’est aussi savoir prendre conscience des schémas «violents» et destructeurs que l’on peut avoir soi-même (inconsciemment) mis en place.

Voilà, je vais m’arrêter là. J’espère que vous avez tenu bon dans cette longue lecture, car ce sujet nous touche tous, de très près.

J’écrirai un peu plus tard le troisième et dernier volet sur Ahimsa. Ce sera Ahimsa: une histoire de soi à soi…

Source image: http://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AFrip_Fencing_.jpg – Par Charles Edwin Fripp (1854-1906) [Public domain], via Wikimedia Commons

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juil 09 2012

De la violence à Ahimsa – La relation à l’autre et au monde (1/2)

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Dans la continuité des articles sur les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles), voici le deuxième volet sur Ahimsa: la non-violence par rapport à l’autre, aux autres et au monde extérieur.

Rencontre sur les trottoirs de l'Inde

Comme vous le voyez (et comme l’écriture m’a permis de m’en rendre compte moi-même), ce sujet me tient à cœur… Pour ne pas dispenser trop d’information d’un coup, je publierai la fin de ce deuxième volet dans le prochain article.

Nous et notre relation au monde, à l’autre

[...] Ahimsa consiste à ne pas nuire, en pensées, en paroles et en actes. Ahimsa se pratique avec soi-même, avec les autres – son conjoint, sa famille, au volant, au bureau, … -, dans l’alimentation et l’hygiène de vie, dans sa relation à l’environnement [...]

La sensation du «moi», la sensation d’être un individu séparé du reste du monde, s’appuie sur ce que nous percevons de l’extérieur: nos sensations, nos perceptions, nos interprétations. Or nous le savons bien pour en faire régulièrement l’expérience, nos perceptions ne sont pas toujours fiables:

  • Nous sommes limités aux informations que nous fournissent nos sens, à nos connaissances passées, à nos déductions logiques.
  • Mais encore, toutes ces informations et perceptions reçues du monde extérieur sont tronquées, voilées, ou déformées, transformées malgré nous:
  • par nos émotions, voire même nos blocages, résultats de souffrances passées;
  • par nos projections: face aux faits extérieurs, nos déductions sont parfois partiellement, voire totalement fausses, ou même irrationnelles; elles sont le résultat des scories émotionnelles.
  • notre finitude; par exemple, nous n’avons ni la vue aiguisée de l’aigle qui plane, ni la faculté de lire les pensées, ni le don d’ubiquité, …;

A propos des projections

Face au « moi », fini et vulnérable, le monde est immense, varié, imprévisible et donc potentiellement dangereux.

Le moi, que l’on peut appeler Ahamkara (le sentiment d’ego, d’individualité), a besoin de se rendre le monde compréhensible.

Pour cela, Ahamkara se résout à s’expliquer à lui-même le monde et les autres.

Et c’est ainsi que nous avons tous la propension innée, naturelle, à nommer, à projeter et, étape suivante, à juger. Cette propension est fille du sentiment d’insécurité et de l’absence de confiance dans ce monde et dans les autres.

Les autres sont eux aussi des citadelles de l’ego, d’autres Ahamkara qui fonctionnent comme le nôtre. Chacun dans sa tour d’ivoire, nous observons l’autre par les fines meurtrières que sont nos sens. Nous sommes à l’affût de toute agression. Nous observons et nous comparons.

Nous développons:

  • l’attraction (Raga): la sympathie, l’amitié, l’amour, la compassion; mais aussi: l’envie et la jalousie;
    ou
  • la répulsion et l’aversion (Dvesha): la non-acceptation de la différence; le dégoût, la crainte, la peur; mais encore: l’agressivité, la haine et la violence physique;

NB1: Tout ce que nous voyons dans la citadelle de l’autre existe en nous, sinon, nous ne le verrions même pas. Ce sera là, un des thèmes du troisième volet sur Ahimsa et la relation à soi-même.

NB2: Notons encore que le Jivanmukti, le «libéré vivant», celui qui a réalisé l’état d’union qu’est le yoga, s’est libéré du carcan de l’ego et n’a donc plus besoin de citadelle. Il voit le monde dans un sourire paisible et équanime.

Un inconfort intérieur

La violence manifestée résulte donc d’un inconfort intérieur profond. La violence c’est « méchanceté contre méchanceté ».

La théorie de Maslow, illustrée par sa fameuse pyramide, démontre que, pour se défaire de cet inconfort intérieur qui nous habite, de cette insatisfaction, il faut répondre à nos besoins essentiels, des plus basiques aux plus élevés:

Pyramide des besoins selon Maslow

Les besoins les plus basiques nous sont commandés par l’intelligence du cerveau reptilien, les suivants par Manas (le mental et les émotions), les plus élevés, dont le besoin d’accomplissement spirituel, par Buddhi, l’intelligence supérieure.

Même une fois tous les autres niveaux de besoins – physiologiques, de sécurité, d’amour et d’appartenance et de reconnaissance – satisfaits, l’être doit encore répondre à son besoin de réalisation personnelle.

Le yoga propose les moyens de parvenir à l’accomplissement personnel au plus haut degré: la réalisation spirituelle.

La violence vis-à-vis du monde

La violence s’exprime à différents degrés. De l’intérieur de la «citadelle» du moi, vers l’extérieur, il y a:

  • la pensée violente, l’intention;
  • la communication violente;
  • l’acte violent;
  • l’indifférence ou la non-action violente.

Nous sommes des êtres civilisés, éduqués. Pour vivre en société, nous apprenons le plus souvent à détourner notre violence. Ce n’est pas pour autant que tous nos contemporains font voeu d’Ahimsa. La violence s’exprime alors différemment, de façon pour le moins insidieuse.

En voici quelques exemples:

  • la frustration et le comportement qui va avec. Cette frustration est le résultat d’un décalage entre la volonté violente et l’expression sourde que l’on s’en autorise;
  • l’agression à tout va: certains s’énervent pour un rien, car tout devient sujet à énervement dans une société qui va vite, où tout se dit et, paradoxalement, où il est difficile de s’exprimer profondément. L’agressivité du conducteur ressemble à ce niveau à un défouloir;
  • l’impatience, le manque d’écoute, la moindre disponibilité. Nous sommes tous des personnes très occupées, «bookées». La vie actuelle nous offre de multiples opportunités de (trop) nous occuper et de nous absorber. Nous courrons vers des occupations qui comblent souvent un inconfort intérieur. Alors, il reste peu de temps et d’écoute pour les autres, pour l’autre;
  • la violence à distance ou par intermédiaire: actions en justice entre voisins pour un bébé qui pleure, une haie un peu haute, …;
  • les piques, les petites mesquineries et autres règlements de comptes «civilisés»;
  • distanciation par la non action: le monde comporte des injustices à tous les coins de rue et sur tous les médias. Les exclus et les SDF, les conflits armés, les catastrophes naturelles, la faim dans le monde, … Il devient difficile de se sentir concerné et sensibilisé par tout et tous. Dans un fatalisme ambiant, il se développe alors une accoutumance à la souffrance et à la violence. Cela devient normal.
  • l’aquoibonisme: Par exemple: «Le monde est fichu, alors à quoi bon trier mes déchets et réduire ma consommation d’énergie?».

Alors quoi faire? Comment être?

Il n’y a pas de recette miracle, mais des pistes à suivre. Ce sera la thème de la suite de cet article…

Gandhi écrivait à propos d’Ahimsa: «ce n’est nullement le refus de tout réel affrontement avec la méchanceté. C’est au contraire, dans sa conception, une forme de lutte plus active, plus réelle en tout cas que la riposte violente, dont l’essence même est d’accroître la méchanceté (…) La non-violence est une force active de l’ordre le plus élevé. C’est la force spirituelle, le pouvoir de Dieu en nous. Nous participons de la divinité dans la mesure où nous réalisons la non-violence». [...]

Sources:
Photo d’Inde: merci à Mireille Saliba de m’avoir partagé ses photos de voyage!
Image de la pyramide de Maslow: http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins.

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juin 21 2012

Ahimsa et la communication non violente

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Je suis en train de préparer un article sur Ahimsa (la non-violence) et la relation aux autres. Mais aujourd’hui je manque de temps pour vous le publier. Alors, en attendant, voici ceci, qui touche au même thème.

Ahimsa dans la relation à l’autre, c’est aussi savoir désamorcer une agression. Marshall B. Rosenberg a écrit des livres intéressants à ce sujet. Ses travaux ont débouché sur de multiples applications.

Enfants tibétains réconciliés grâce à une femme adulte

Les convenances citadines, les situations professionnelles, administratives, pendant les déplacements, etc. sont telles que la violence est devenue quasiment invisible. Mais elle s’insinue subtilement sous des formes plus feutrées. Verbale, non verbale (langage du corps) ou même parfois silencieuse, la violence est bel et bien présente.

Voici quelques techniques proposées pour désamorcer une réaction violente, en cas d’agression verbale, toutes sont emplies d’Ahimsa:

«La baudruche»

ÉCOUTER la personne jusqu’au bout, sans l’interrompre. Lui laisser «vider son sac».
L’autre se vide de son trop-plein d’énergie, se décharge, se calme. Cela nous donne du temps pour nous calmer et réfléchir.

«Les besoins de l’autre»

Demander à l’autre quels sont ses besoins ou ses attentes par rapport à nous, ou à la situation problématique.
Il est utile de savoir ce que l’autre attend de nous mais il peut être encore plus utile de détecter si l’agression de l’autre n’est pas l’expression maladroite d’un besoin déguisée sous forme d’attaque.
Ex : «Qu’attendez-vous de moi?» ou «De quoi avez-vous besoin?» ou «Que puis-je faire pour vous?»

«D’accord, mais en partie»

Donner raison à l’interlocuteur sur un ou deux points (même mineurs) et indiquer notre désaccord sur les autres points.
Cela calmera l’autre et le mettra dans de meilleures dispositions pour discuter des points litigieux.
Ex: «Sur tel point, vous avez raison. Pour les autres points, j’aimerais en discuter.»

«Le silence du désert»

Une fois que l’autre a fini, le regarder droit dans les yeux et faire silence.
Le silence induit chez l’autre un vide qu’il remplira le plus souvent en reformulant sa remarque mais moins violemment car il aura déjà déchargé son agressivité avant.

Mandala de la Sagesse

En guise de réflexion, voici pour terminer une phrase de Jack Kornfield:

«Toute pratique spirituelle est affaire de relation:
relation avec nous-même, relation avec les autres,
relation avec les situations de l’existence.»

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juil 16 2011

Ahimsa, la non-violence: introduction

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Plus on a de considération pour les autres, plus on stimule des sentiments amicaux chez tous ceux qui sont en notre présence.
T.K.V. Desikachar

Gandhi et la non-violence

Pour continuer la série d’articles sur les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles), voici le premier des Yamas: Ahimsa, la non-violence. Ce thème est tellement vaste que j’ai choisi de le traiter en plusieurs volets:

  • Ahimsa, généralités;
  • la non-violence par rapport à l’autre, aux autres;
  • la non-violence par rapport à soi-même, dans la vie quotidienne et dans la pratique du Yoga.

En guise d’entrée en matière, voici deux citations sur la non-violence, d’après les Yoga Sutra de Patanjali :

Un désir subit d’agir avec rudesse, d’encourager ou d’approuver des actions dures, peut être réfréné en réfléchissant à ses conséquences nocives. Des actes de ce type résultent souvent d’instincts inférieurs comme la colère, la possessivité, ou un jugement déficient. Que ces actions soient importantes ou non, la réflexion dans une atmosphère favorable peut réfréner nos désirs d’agir avec rudesse.
T.K.V. Desikachar

[...] C’est toute l’importance de l’attitude intérieure. Si quelqu’un vit dans un état de non-violence, c’est-à-dire de non-jugement, de respect de l’autre, il va influencer son entourage et il sera très difficile d’être agressif à son égard ou même simplement en sa présence.
F. Mazet

Yama et Niyama – Bref rappel

Le premier article à ce sujet expliquait que les Yamas sont le premier membre de l’Ashtanga Yoga de Patanjali. Ils ont pour but de préparer le yogi à la discipline en Yoga. Les Yamas relient la pratique du Yoga à la société dans laquelle nous vivons, aux personnes que nous rencontrons, au jour le jour, mais aussi ils nous relient à nous-même, à travers l’introspection, la connaissance de soi et une maîtrise intelligente du mental et des sens.

Patanjali propose cinq Yamas (règles en société ou observances), pour garder la paix en soi et autour de soi. Ils sont des garde-fous, pour l’élève en Yoga, le chercheur spirituel, l’enseignant en Yoga, le Yogi, ainsi qu’un excellent moyen pour développer vigilance et concentration.

Quelques réflexions à propos d’Ahimsa

La violence est le propre de la vie. Le fait même d’être en vie induit une certaine forme de violence. Je le vois par exemple chez les animaux domestiques que j’observe:

Au moment de recevoir la nourriture, ils se bousculent les uns les autres pour avoir les meilleurs morceaux. Un instinct les pousse à passer d’abord pour obtenir la meilleure nourriture, le plus de confort, de bien-être. C’est un instinct de survie qui leur permettra de vivre le plus longtemps…

Ahimsa, la non-violence, est un concept «évolué», «civilisé», que l’on retrouve chez l’homme et parfois chez l’animal, dans des circonstances exceptionnelles. Il est question d’Ahimsa dans les Yoga Sutra de Patanjali, mais aussi dans la religion hindoue, très marquée par la notion de «Karma», la loi de cause à effet. Ahimsa c’est «ne pas causer la souffrance ni de dommage» et respecter la vie humaine, mais aussi la vie animale et végétale. Ahimsa comprend donc le respect de l’environnement que constitue la planète.

Ahimsa peut être interprété de différentes façons. Qu’est-ce que la non-violence? Est-elle la même chose pour un individu et un autre?

Le jaïnisme, secte pacifique indienne, contemporaine au bouddhisme, a élevé Ahimsa au plus haut point, si bien que ses adeptes balaient devant eux pour ne pas écraser les insectes et autres petits organismes. Ils sont végétariens et ne mangent pas de racines (carottes, céleri, …) pour ne pas condamner la plante. Les hindous stricts sont végétariens eux aussi, depuis des millénaires, pour éviter la souffrance animale.

Ahimsa consiste à ne pas nuire, en pensées, en paroles et en actes. Ahimsa se pratique avec soi-même, avec les autres – son conjoint, sa famille, au volant, au travail, … –  dans l’alimentation et l’hygiène de vie, dans sa relation à l’environnement, et bien sûr pendant les Asanas et le Pranayama.
La violence n’est pas seulement un acte physique, elle peut être verbale, elle peut être aussi psychique. L’indifférence est une autre forme de violence.

Le Mahatma Gandhi a été très inspiré par la non-violence qu’il a prônée sa vie durant. Mais ses jeûnes sévères, parce que longs et répétés, ont certainement mis son corps à rude épreuve. Sa mort fut un acte violent, que le Mahatma a su recevoir de façon non-violente et paisible, puisque ses derniers mots ont été son mantra « Ram », le nom de Dieu.

Gandhi et la non-violence

« Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal ». À celui qui suit cette maxime, il n’arrivera que du bien.

Telle fut la devise de Gandhi qui gardait paraît-il toujours avec lui une petite sculpture de ces trois singes…

 

Mandala bleu

 

Source pour de l’image de Gandhi et l’enfant: http://www.nonviolence21.com/non-violence-21.php. Je ne retrouve plus celle pour les 3 petits singes (la page web n’existe plus).

11 réponses

avr 12 2011

“Sthira Sukham Asanam”: la posture de yoga est à la fois ferme et confortable

Publié par sous .Yoga,A propos du Yoga

« Sthira Sukham Asanam », c’est certainement l’aphorisme ou verset le plus connu des Yoga Sutra de Patanjali, un des textes de base de la théorie du Yoga. Son importance est capitale pour la pratique personnelle du Yoga.

Sthira Sukham Asasam

A propos des Yoga Sutra

Je ne vais pas parler ici des Yoga Sutra, puisqu’il en a déjà été un peu question dans quelques articles. Voir notamment:

Ici, nous chercherons à comprendre le pourquoi et le sens profond de « Sthira Sukham Asanam » et ce que cela signifie dans la pratique.

Signification de Sthira Sukham Asanam

Sukha signifie  « l’aisance, le confort, agréable, facile » et
Sthira « la fermeté, la vigilance » .
Asanam c’est la  « posture » .

Même s’il existe d’innombrables traductions à cet aphorisme, l’idée originelle reste la même: l’Asana est le maintien d’une posture juste, à la fois stable, ferme et agréable, confortable. Dans cet aphorisme, Patanjali fait avant tout référence à la posture de méditation.

Je le comprends personnellement comme la posture qui convient à la pratique de la méditation sur la durée (plus d’une heure). Le maintien de la posture immobile sur la durée n’est possible que si elle est parfaite, dans sa position spatiale, et si elle est maintenue sans tension, dans un profond équilibre.

Un équilibre nécessaire

Cette posture est un équilibre entre l’effort nécessaire au maintien et la détente:

le corps n’est ni par trop érigé, ce qui génère des tensions d’effort, liées au Rajas mental (excitation, activité),
ni affalé, ce qui génère douleurs et tensions, liées à la mauvaise posture et au Tamas mental (inertie, abattement).

Dans cette posture le corps et l’esprit sont présents et détendus, en l’état de Sattva (équilibre, pureté, légèreté), serein et concentré. Le méditant ne souffre plus de douleurs physiques, ni d’agitation mentale. Il peut alors expérimenter la suspension du temps et de l’espace. Grâce à la posture maîtrisée, il a franchi ses propres limites et peut faire l’expérience de la méditation profonde.

Sthira Sukham Asanam dans la pratique

La définition de Patanjali, même si elle qualifie la posture de méditation, est parfaitement adaptée aux postures de Hatha Yoga. Ces autres postures, expliquées plus tardivement dans les textes, ont été décrites comme des moyens pour maintenir le corps en bonne santé, et le purifier. Elles participent à la stimulation de l’énergie vitale.

Asana signifie donc « posture ». Les postures de Yoga favorisent l’étirement des muscles (alors même que nombre de pratiques sportives les raccourcissent), améliorent la tonicité. Ils procurent un meilleur équilibre, une sensation de bien-être et améliorent le maintien.

La pratique des Asana conduit au développement de l’écoute. Le relâchement musculaire, la pratique non-violente, provoquent chez le pratiquant une prise de conscience progressive de son schéma corporel, par la proprioception (prise de conscience du schéma corporel) et l’introception (les sensations intérieures).

L’Asana réunit, en même temps, les deux qualités de Sthira et Sukha, l’effort juste, dans une présence détendue totale:

  • La pratique correcte de l’Asana se fait dans la vigilance. La présence totale induit la précision et la justesse de la posture. L’effort mesuré lui assure sa fermeté.
  • L’Asana est pris dans l’optique de la juste économie de l’énergie vitale, induisant ainsi le confort. Il y a aisance et détente, mais pas relâchement mental ni «avachissement» physique.

La respiration correcte, longue et libre de tension, s’unit en fluidité à la posture. Elle contribue à harmoniser Sthira et Sukha puisqu’elle induit à la fois vigilance mentale et détente physique.

Sthira Sukha Asasam

Sthira

Avec Sthira, le travail sur la posture se fait par l’effort, initié dans une extrême conscience. Avec patience, la posture est perfectionnée, dans la mesure des possibilités du corps. Elle est prise, tenue et quittée avec justesse, rigueur et fermeté. La concentration et la présence mentale sont totales.

Sthira rime avec effort juste, renforcement, immobilité, concentration. Sthira permet le travail des muscles et des articulations en profondeur.

La tenue prolongée des postures produit des effets vertueux: le corps est comme essoré, les toxines sont drainées, les muscles profonds sont renforcés et la circulation, ainsi que l’oxygénation sont améliorées.

Sukha

Par Sukha, s’inscrivent les dimensions de facilité de la posture, d’aisance, mais aussi de joie. C’est aussi le lâcher-prise, l’écoute, le respect du corps, de sa structure et des ses possibilités à un instant «t». Il n’est pas question en Yoga de prouesses, au-delà des possibilités physiques du pratiquant.

L’aisance s’applique à la fois au corps, stable dans la posture;Â à la respiration, fluide; ainsi qu’au mental, libre de tension et de perturbations. La respiration agit comme un «liant» entre le corps et l’esprit: la respiration fait relâcher le corps physique, le système nerveux et, par voie de conséquence, le mental.

On retrouve en Sukham les dimensions de proprioception et de détente, qui permettent de doser l’effort au plus juste. Pour progresser dans les postures, il est nécessaire de limiter l’effort physique et mental au strict nécessaire, afin d’économiser l’énergie et de la faire circuler. Le bénéfice recherché est l’harmonisation pranique (énergétique) et spirituelle.

Un fil rouge à votre pratique

Sthira Sukham Âsanam représente pour beaucoup un fil rouge à la pratique.

  • Cela signifie, d’une part, que l’attention est portée ces deux notions lors de la pratique de chaque Âsana ;
  • et d’autre part, que la pratique et les cours sont construits autour de ces deux qualités, qui sont mises successivement en relief, pendant le déroulement de la séance:

En début de séance: Par Sukham, le corps et le mental sont tout d’abord déposés sur le tapis. Sukham est en quelque sorte la mise en condition yogique, un état d’être à installer. Puis c’est la préparation, la mobilisation progressive du corps en vue d’un travail plus spécifique.

Pendant le coeur du cours: Sthira, est à son plus fort au point culminant du cours, pendant la pratique de la(les) posture(s) principale(s). Cette posture est préparée, introduite, puis perfectionnée dans la mesure des possibilités du corps. Elle est travaillée avec patience et extrême présence à soi-même. A ce moment, même en Sthira, le pratiquant retrouve Sukham. Car l’un et l’autre sont intimement liés, de sorte que l’un n’est parfait qu’en présence de l’autre.

Pendant les relaxations: Sukham se retrouve aussi tout particulièrement entre les postures, dans les relaxations intermédiaires, puis culmine lors de la relaxation finale…

Bon Yoga!

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avr 05 2011

Les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles)

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Les Yamas sont les règles morales en société ou les observances par rapport aux autres, qui permettent au yogi d’être en harmonie avec ses semblables et la société; les Niyamas sont les observances qu’il pratique pour lui-même, ses disciplines personnelles, pour progresser sur le chemin du yoga.

Yamas et Niyamas, les ailes vers la liberté

Loin de moi l’idée de de vous répéter les définitions qui pullulent sur le web. J’aimerais vous rendre ces deux mots amis. Je souhaiterais que Yamas et Niyamas ne soient pas à vos yeux des règles de conduite privatives, réductrices, mais des tremplins vers la liberté, des outils quotidiens qui vous aident à tracer vous-même votre propre route.

Yama, Niyama, une introduction

Les Yamas et les Niyamas se situent dans le cadre des Yoga Sutras, texte de base du yoga classique. Yamas et Niyamas constituent même les deux premières étapes de l’Ashtanga Yoga, le chemin des huit étapes vers la réalisation du Soi. Ils ont déjà été mentionnés dans un article général sur les Yoga Sutra de Patanjali.

Écrire sur les Yamas et les Niyamas, c’est un peu remettre en perspective sa pratique du yoga:

Qu’est-ce que le yoga fondamentalement pour moi? Un suite de postures et de respirations, ou plus encore?
Quand commence et quand se termine ma pratique du yoga?
Qu’est-ce que j’en attends?

Le but du Yoga

Une démarche complète en Yoga – qui ne se limite pas aux exercices physiques – vise un changement radical de soi.

Le but suprême du Raja Yoga, la Voie Royale, c’est de changer d’état. Le Raja Yoga s’appelle la Voie Royale du Yoga parce qu’il vise l’étude puis la maîtrise du mental. D’un état «habituel», dispersé, soumis aux dictats du mental (souffrance, émotions, désirs), le yogi cherche à atteindre un état inconnu:

d’union,
de non besoin/de non-désir parce qu’il est déjà plein en soi,
un état de non séparation, au-delà du mental, donc inexprimable par des mots et des pensées.

Cet état semble peut-être lointain. C’est celui des sages, de certains yogis ermites que vous avez peut-être vus en vrai ou à la télévision. Peut-être même ne vous intéresse-t-il pas.

Mais en deçà de cet objectif ultime, que vous apporte votre pratique du yoga, comment vous sentez-vous après un cours qui vous a fait vraiment du bien?

Un mieux être, à la fois sur le plan physique et mental; vous êtes comme « unifié » ;
Une réconciliation avec vous-même, vous vous sentez bien en vous, pas de frénésie gourmande, pas d’émotion perturbante (telle que tristesse, jalousie, colère, …) ni de pulsion d’achat pour compenser un je ne sais quoi qui vous manque,
Et pendant la relaxation, vous aviez expérimenté un état tout particulier, intemporel, oubli du corps, légèreté, …; impossible d’exprimer avec des mots ce bien-être…

Et maintenant comparez la liste ci-dessus des bienfaits d’une bonne séance de yoga avec la liste un peu plus haut qui décrit l’objectif suprême du yoga. Elles se ressemblent, n’est-ce pas?…

Le yoga vise la maîtrise du mental.

La maîtrise du mental, pourquoi?

Maîtriser le mental, pour qui, pour quoi? me direz-vous… Celui qui n’a jamais tenté de méditer peut difficilement se rendre compte. Un premier article sur l’expérience de la méditation peut compléter ce qui est expliqué ici.

Le yoga part du principe que le bonheur, l’état de yoga, s’atteint par la maitrise du mental, le calme complet du mental. En fait, votre cours a eu pour seul objectif de calmer votre corps, vos nerfs, votre mental et son « petit moulin intérieur à penser », pour vous permettre de goûter l’état de repos du mental, à son silence...

Notre état intérieur « habituel », est un état dispersé, soumis aux dictats du mental. Ce dernier vous trimbale dans l’expérience de la pensée, du soucis, de la souffrance, des manques, des émotions parfois positives, parfois négatives et des désirs sans cesse renouvelés.

Là, maintenant, pendant la lecture de cet article, arrêtez-vous quelques instants… fermez les yeux et pensez intensément à un moment heureux que vous avez vécu dans votre vie, ou plus exactement pensez à une image de ce moment qui reste tout particulièrement gravée en vous. Pensez-y complètement, imprégnez-vous en comme si vous y étiez pendant 1 seule minute. Maintenez votre image du bonheur dans votre esprit pendant une minute complète, sans laisser émerger de pensée parasite …

Qu’est que cela a donné? Avez-vous réussi à garder toute votre attention sur cette image à l’exception de toute autre image ou pensée?

En général, la réponse est non. Ne fût-ce qu’une seconde, votre mental a été attiré par un bruit extérieur ou une autre pensée…

Pour maîtriser le mental, le yoga propose de le concentrer.

Avez-vous remarqué comme quelqu’un de passionné par ce qu’il fait, de parfaitement concentré est dans son petit monde et semble au-delà de tout soucis?

Un musicien qui répète un morceau; un artiste qui se concentre sur son œuvre, pinceau en main; un passionné de modèles réduits qui colle une pièce d’un millimètre sur sa maquette quasi terminée…

Pratiquer des exercices dans un état concentré et heureux, que ce soit de l’art, du sport ou du yoga, cela relie à notre « Êtreté ». Dans ces moment, le mental cède sa place, l’Être profond (le Soi) et son intuition prennent le relai, dans plus de vastitude; au-delà des paires d’opposés; des jugements; des attractions et des répulsions…

Mais la concentration n’est pas la qualité innée du mental…
la détente psychique de quelqu’un de très mental, non plus
.

Et ce que vise in fine le yoga ne s’acquiert par des lectures ni pas la participation à des conférences. Non: c’est un exercice sans cesse répété pour progresser. C’est une expérience vécue de l’intérieur, une expérience individuelle unique qui ne s’approfondit que par une pratique régulière et la guidance d’enseignants qualifiés.

Les Yoga Sutra disent que le bonheur réside dans l’absence de parasites dans le mental, dans son dépassement:

Yoga Citta Vritti Nirodah
Le Yoga, c’est l’arrêt des vagues du mental (Yoga Sutra, I.2).

Comment y parvenir?

Par la discipline du Yoga.

Les Asanas (postures), le Pranayama (respiration), Dhyana (la méditation) sont efficaces, mais insuffisants.

Avant de les aborder, Patanjali préconise de mettre en pratique les 5 observances sociales, les Yamas et les 5 règles personnelles, les Niyamas.

Les 5 Yama – Les observances morales envers les autres – sont :

Ahimsa – non-violence
Satya – dire la vérité
Asteya – honnêteté
Brahmacharya – contrôle des sens et de la sensualité
Aparigraha – non possessivité par rapport aux biens matériels

Les 5 Niyama – Observances ou règles de vie par rapport à soi-même – sont :

Shaucha - pureté
Santosha – contentement
Tapas – austérités, pratique du Yoga
Svadhyaya – étude du Soi (sa véritable nature) et des écritures sacrées
Ishwarapranidhana – abandon à ce qui est supérieur

Dans de prochains articles, j’envisage d’aborder chacun d’entre eux, afin qu’ils vous deviennent familiers – dans la vie quotidienne, dans la pratique du yoga et dans votre recherche sur le sens de la vie.

Peut-être alors souhaiterez-vous les adopter et deviendront-ils des ailes vers la liberté…

Le souvenir de l’effort est toujours un souvenir heureux et l’on sourit aux anciennes misères vaincues.
Jean Guéhenno

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