Archives 'yoga sutra'

avr 12 2011

“Sthira Sukham Asanam”: la posture de yoga est à la fois ferme et confortable

Publié par sous .Yoga,A propos du Yoga

« Sthira Sukham Asanam », c’est certainement l’aphorisme ou verset le plus connu des Yoga Sutra de Patanjali, un des textes de base de la théorie du Yoga. Son importance est capitale pour la pratique personnelle du Yoga.

Sthira Sukham Asasam

A propos des Yoga Sutra

Je ne vais pas parler ici des Yoga Sutra, puisqu’il en a déjà été un peu question dans quelques articles. Voir notamment:

Ici, nous chercherons à comprendre le pourquoi et le sens profond de « Sthira Sukham Asanam » et ce que cela signifie dans la pratique.

Signification de Sthira Sukham Asanam

Sukha signifie  « l’aisance, le confort, agréable, facile » et
Sthira « la fermeté, la vigilance » .
Asanam c’est la  « posture » .

Même s’il existe d’innombrables traductions à cet aphorisme, l’idée originelle reste la même: l’Asana est le maintien d’une posture juste, à la fois stable, ferme et agréable, confortable. Dans cet aphorisme, Patanjali fait avant tout référence à la posture de méditation.

Je le comprends personnellement comme la posture qui convient à la pratique de la méditation sur la durée (plus d’une heure). Le maintien de la posture immobile sur la durée n’est possible que si elle est parfaite, dans sa position spatiale, et si elle est maintenue sans tension, dans un profond équilibre.

Un équilibre nécessaire

Cette posture est un équilibre entre l’effort nécessaire au maintien et la détente:

le corps n’est ni par trop érigé, ce qui génère des tensions d’effort, liées au Rajas mental (excitation, activité),
ni affalé, ce qui génère douleurs et tensions, liées à la mauvaise posture et au Tamas mental (inertie, abattement).

Dans cette posture le corps et l’esprit sont présents et détendus, en l’état de Sattva (équilibre, pureté, légèreté), serein et concentré. Le méditant ne souffre plus de douleurs physiques, ni d’agitation mentale. Il peut alors expérimenter la suspension du temps et de l’espace. Grâce à la posture maîtrisée, il a franchi ses propres limites et peut faire l’expérience de la méditation profonde.

Sthira Sukham Asanam dans la pratique

La définition de Patanjali, même si elle qualifie la posture de méditation, est parfaitement adaptée aux postures de Hatha Yoga. Ces autres postures, expliquées plus tardivement dans les textes, ont été décrites comme des moyens pour maintenir le corps en bonne santé, et le purifier. Elles participent à la stimulation de l’énergie vitale.

Asana signifie donc « posture ». Les postures de Yoga favorisent l’étirement des muscles (alors même que nombre de pratiques sportives les raccourcissent), améliorent la tonicité. Ils procurent un meilleur équilibre, une sensation de bien-être et améliorent le maintien.

La pratique des Asana conduit au développement de l’écoute. Le relâchement musculaire, la pratique non-violente, provoquent chez le pratiquant une prise de conscience progressive de son schéma corporel, par la proprioception (prise de conscience du schéma corporel) et l’introception (les sensations intérieures).

L’Asana réunit, en même temps, les deux qualités de Sthira et Sukha, l’effort juste, dans une présence détendue totale:

  • La pratique correcte de l’Asana se fait dans la vigilance. La présence totale induit la précision et la justesse de la posture. L’effort mesuré lui assure sa fermeté.
  • L’Asana est pris dans l’optique de la juste économie de l’énergie vitale, induisant ainsi le confort. Il y a aisance et détente, mais pas relâchement mental ni «avachissement» physique.

La respiration correcte, longue et libre de tension, s’unit en fluidité à la posture. Elle contribue à harmoniser Sthira et Sukha puisqu’elle induit à la fois vigilance mentale et détente physique.

Sthira Sukha Asasam

Sthira

Avec Sthira, le travail sur la posture se fait par l’effort, initié dans une extrême conscience. Avec patience, la posture est perfectionnée, dans la mesure des possibilités du corps. Elle est prise, tenue et quittée avec justesse, rigueur et fermeté. La concentration et la présence mentale sont totales.

Sthira rime avec effort juste, renforcement, immobilité, concentration. Sthira permet le travail des muscles et des articulations en profondeur.

La tenue prolongée des postures produit des effets vertueux: le corps est comme essoré, les toxines sont drainées, les muscles profonds sont renforcés et la circulation, ainsi que l’oxygénation sont améliorées.

Sukha

Par Sukha, s’inscrivent les dimensions de facilité de la posture, d’aisance, mais aussi de joie. C’est aussi le lâcher-prise, l’écoute, le respect du corps, de sa structure et des ses possibilités à un instant «t». Il n’est pas question en Yoga de prouesses, au-delà des possibilités physiques du pratiquant.

L’aisance s’applique à la fois au corps, stable dans la posture;Â à la respiration, fluide; ainsi qu’au mental, libre de tension et de perturbations. La respiration agit comme un «liant» entre le corps et l’esprit: la respiration fait relâcher le corps physique, le système nerveux et, par voie de conséquence, le mental.

On retrouve en Sukham les dimensions de proprioception et de détente, qui permettent de doser l’effort au plus juste. Pour progresser dans les postures, il est nécessaire de limiter l’effort physique et mental au strict nécessaire, afin d’économiser l’énergie et de la faire circuler. Le bénéfice recherché est l’harmonisation pranique (énergétique) et spirituelle.

Un fil rouge à votre pratique

Sthira Sukham Âsanam représente pour beaucoup un fil rouge à la pratique.

  • Cela signifie, d’une part, que l’attention est portée ces deux notions lors de la pratique de chaque Âsana ;
  • et d’autre part, que la pratique et les cours sont construits autour de ces deux qualités, qui sont mises successivement en relief, pendant le déroulement de la séance:

En début de séance: Par Sukham, le corps et le mental sont tout d’abord déposés sur le tapis. Sukham est en quelque sorte la mise en condition yogique, un état d’être à installer. Puis c’est la préparation, la mobilisation progressive du corps en vue d’un travail plus spécifique.

Pendant le coeur du cours: Sthira, est à son plus fort au point culminant du cours, pendant la pratique de la(les) posture(s) principale(s). Cette posture est préparée, introduite, puis perfectionnée dans la mesure des possibilités du corps. Elle est travaillée avec patience et extrême présence à soi-même. A ce moment, même en Sthira, le pratiquant retrouve Sukham. Car l’un et l’autre sont intimement liés, de sorte que l’un n’est parfait qu’en présence de l’autre.

Pendant les relaxations: Sukham se retrouve aussi tout particulièrement entre les postures, dans les relaxations intermédiaires, puis culmine lors de la relaxation finale…

Bon Yoga!

3 réponses

avr 05 2011

Les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles)

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Les Yamas sont les règles morales en société ou les observances par rapport aux autres, qui permettent au yogi d’être en harmonie avec ses semblables et la société; les Niyamas sont les observances qu’il pratique pour lui-même, ses disciplines personnelles, pour progresser sur le chemin du yoga.

Yamas et Niyamas, les ailes vers la liberté

Loin de moi l’idée de de vous répéter les définitions qui pullulent sur le web. J’aimerais vous rendre ces deux mots amis. Je souhaiterais que Yamas et Niyamas ne soient pas à vos yeux des règles de conduite privatives, réductrices, mais des tremplins vers la liberté, des outils quotidiens qui vous aident à tracer vous-même votre propre route.

Yama, Niyama, une introduction

Les Yamas et les Niyamas se situent dans le cadre des Yoga Sutras, texte de base du yoga classique. Yamas et Niyamas constituent même les deux premières étapes de l’Ashtanga Yoga, le chemin des huit étapes vers la réalisation du Soi. Ils ont déjà été mentionnés dans un article général sur les Yoga Sutra de Patanjali.

Écrire sur les Yamas et les Niyamas, c’est un peu remettre en perspective sa pratique du yoga:

Qu’est-ce que le yoga fondamentalement pour moi? Un suite de postures et de respirations, ou plus encore?
Quand commence et quand se termine ma pratique du yoga?
Qu’est-ce que j’en attends?

Le but du Yoga

Une démarche complète en Yoga – qui ne se limite pas aux exercices physiques – vise un changement radical de soi.

Le but suprême du Raja Yoga, la Voie Royale, c’est de changer d’état. Le Raja Yoga s’appelle la Voie Royale du Yoga parce qu’il vise l’étude puis la maîtrise du mental. D’un état «habituel», dispersé, soumis aux dictats du mental (souffrance, émotions, désirs), le yogi cherche à atteindre un état inconnu:

d’union,
de non besoin/de non-désir parce qu’il est déjà plein en soi,
un état de non séparation, au-delà du mental, donc inexprimable par des mots et des pensées.

Cet état semble peut-être lointain. C’est celui des sages, de certains yogis ermites que vous avez peut-être vus en vrai ou à la télévision. Peut-être même ne vous intéresse-t-il pas.

Mais en deçà de cet objectif ultime, que vous apporte votre pratique du yoga, comment vous sentez-vous après un cours qui vous a fait vraiment du bien?

Un mieux être, à la fois sur le plan physique et mental; vous êtes comme « unifié » ;
Une réconciliation avec vous-même, vous vous sentez bien en vous, pas de frénésie gourmande, pas d’émotion perturbante (telle que tristesse, jalousie, colère, …) ni de pulsion d’achat pour compenser un je ne sais quoi qui vous manque,
Et pendant la relaxation, vous aviez expérimenté un état tout particulier, intemporel, oubli du corps, légèreté, …; impossible d’exprimer avec des mots ce bien-être…

Et maintenant comparez la liste ci-dessus des bienfaits d’une bonne séance de yoga avec la liste un peu plus haut qui décrit l’objectif suprême du yoga. Elles se ressemblent, n’est-ce pas?…

Le yoga vise la maîtrise du mental.

La maîtrise du mental, pourquoi?

Maîtriser le mental, pour qui, pour quoi? me direz-vous… Celui qui n’a jamais tenté de méditer peut difficilement se rendre compte. Un premier article sur l’expérience de la méditation peut compléter ce qui est expliqué ici.

Le yoga part du principe que le bonheur, l’état de yoga, s’atteint par la maitrise du mental, le calme complet du mental. En fait, votre cours a eu pour seul objectif de calmer votre corps, vos nerfs, votre mental et son « petit moulin intérieur à penser », pour vous permettre de goûter l’état de repos du mental, à son silence...

Notre état intérieur « habituel », est un état dispersé, soumis aux dictats du mental. Ce dernier vous trimbale dans l’expérience de la pensée, du soucis, de la souffrance, des manques, des émotions parfois positives, parfois négatives et des désirs sans cesse renouvelés.

Là, maintenant, pendant la lecture de cet article, arrêtez-vous quelques instants… fermez les yeux et pensez intensément à un moment heureux que vous avez vécu dans votre vie, ou plus exactement pensez à une image de ce moment qui reste tout particulièrement gravée en vous. Pensez-y complètement, imprégnez-vous en comme si vous y étiez pendant 1 seule minute. Maintenez votre image du bonheur dans votre esprit pendant une minute complète, sans laisser émerger de pensée parasite …

Qu’est que cela a donné? Avez-vous réussi à garder toute votre attention sur cette image à l’exception de toute autre image ou pensée?

En général, la réponse est non. Ne fût-ce qu’une seconde, votre mental a été attiré par un bruit extérieur ou une autre pensée…

Pour maîtriser le mental, le yoga propose de le concentrer.

Avez-vous remarqué comme quelqu’un de passionné par ce qu’il fait, de parfaitement concentré est dans son petit monde et semble au-delà de tout soucis?

Un musicien qui répète un morceau; un artiste qui se concentre sur son œuvre, pinceau en main; un passionné de modèles réduits qui colle une pièce d’un millimètre sur sa maquette quasi terminée…

Pratiquer des exercices dans un état concentré et heureux, que ce soit de l’art, du sport ou du yoga, cela relie à notre « Êtreté ». Dans ces moment, le mental cède sa place, l’Être profond (le Soi) et son intuition prennent le relai, dans plus de vastitude; au-delà des paires d’opposés; des jugements; des attractions et des répulsions…

Mais la concentration n’est pas la qualité innée du mental…
la détente psychique de quelqu’un de très mental, non plus
.

Et ce que vise in fine le yoga ne s’acquiert par des lectures ni pas la participation à des conférences. Non: c’est un exercice sans cesse répété pour progresser. C’est une expérience vécue de l’intérieur, une expérience individuelle unique qui ne s’approfondit que par une pratique régulière et la guidance d’enseignants qualifiés.

Les Yoga Sutra disent que le bonheur réside dans l’absence de parasites dans le mental, dans son dépassement:

Yoga Citta Vritti Nirodah
Le Yoga, c’est l’arrêt des vagues du mental (Yoga Sutra, I.2).

Comment y parvenir?

Par la discipline du Yoga.

Les Asanas (postures), le Pranayama (respiration), Dhyana (la méditation) sont efficaces, mais insuffisants.

Avant de les aborder, Patanjali préconise de mettre en pratique les 5 observances sociales, les Yamas et les 5 règles personnelles, les Niyamas.

Les 5 Yama – Les observances morales envers les autres – sont :

Ahimsa – non-violence
Satya – dire la vérité
Asteya – honnêteté
Brahmacharya – contrôle des sens et de la sensualité
Aparigraha – non possessivité par rapport aux biens matériels

Les 5 Niyama – Observances ou règles de vie par rapport à soi-même – sont :

Shaucha - pureté
Santosha – contentement
Tapas – austérités, pratique du Yoga
Svadhyaya – étude du Soi (sa véritable nature) et des écritures sacrées
Ishwarapranidhana – abandon à ce qui est supérieur

Dans de prochains articles, j’envisage d’aborder chacun d’entre eux, afin qu’ils vous deviennent familiers – dans la vie quotidienne, dans la pratique du yoga et dans votre recherche sur le sens de la vie.

Peut-être alors souhaiterez-vous les adopter et deviendront-ils des ailes vers la liberté…

Le souvenir de l’effort est toujours un souvenir heureux et l’on sourit aux anciennes misères vaincues.
Jean Guéhenno

5 réponses

avr 05 2011

Yoga Sutra de Patanjali

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Inde - La Yamuna à  Vrindavan

L’essentiel

Les Yoga Sutra (texte de Patanjali) sont l’un des 6 Darshana de la pensée indienne, c’est-à-dire une des philosophies ou « perceptions divines ».

On appelle la méthode aussi « Raja Yoga », le Yoga de la Voie Royale, celle du contrôle du mental; car ce Yoga se base essentiellement la science du mental. Il explore le monde intérieur et travaille à libérer la puissance et la connaissance qui y sont contenues. Les Yoga Sutra traitent de la psychologie avant l’heure, car ils analysent les profondeurs du mental. Les processus d’élimination des Vritti, ou fluctuations du mental – souffrances et faiblesses humaines -, y sont expliqués.

Les méthodes du Raja Yoga traversent le temps. Après plus de 20 siècles, elles sont toujours d’actualité. Les Yoga Sutra sont aussi appelés Yoga des huit membres (ou étapes), l’Ashtanga Yoga.

Ashtanga Yoga, les huit membres du Yoga

5 Yama – Les observances morales envers les autres :

Ahimsa – non-violence
Satya – dire la vérité
Asteya – honnêteté
Brahmacharya – contrôle des sens et de la sensualité
Aparigraha – non-possessivité par rapport aux biens matériels

5 Niyama - Observances ou règles de vie par rapport à soi-même :

Shaucha - pureté
Santosha – contentement
Tapas – austérités, pratique du Yoga
Svadhyaya – étude du Soi (sa véritable nature) et des écritures sacrées
Ishwarapranidhana – abandon à ce qui est supérieur

Asana – pratique des Postures

Pranayama – contrôle de l’énergie vitale par la respiration

Pratyahara – retrait des sens

Dharana – pratique de la concentration parfaite

Dhyana – méditation profonde

Samadhi – état d’union ou de réalisation.

12 réponses