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avr 05 2011

Les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles)

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Les Yamas sont les règles morales en société ou les observances par rapport aux autres, qui permettent au yogi d’être en harmonie avec ses semblables et la société; les Niyamas sont les observances qu’il pratique pour lui-même, ses disciplines personnelles, pour progresser sur le chemin du yoga.

Yamas et Niyamas, les ailes vers la liberté

Loin de moi l’idée de de vous répéter les définitions qui pullulent sur le web. J’aimerais vous rendre ces deux mots amis. Je souhaiterais que Yamas et Niyamas ne soient pas à vos yeux des règles de conduite privatives, réductrices, mais des tremplins vers la liberté, des outils quotidiens qui vous aident à tracer vous-même votre propre route.

Yama, Niyama, une introduction

Les Yamas et les Niyamas se situent dans le cadre des Yoga Sutras, texte de base du yoga classique. Yamas et Niyamas constituent même les deux premières étapes de l’Ashtanga Yoga, le chemin des huit étapes vers la réalisation du Soi. Ils ont déjà été mentionnés dans un article général sur les Yoga Sutra de Patanjali.

Écrire sur les Yamas et les Niyamas, c’est un peu remettre en perspective sa pratique du yoga:

Qu’est-ce que le yoga fondamentalement pour moi? Un suite de postures et de respirations, ou plus encore?
Quand commence et quand se termine ma pratique du yoga?
Qu’est-ce que j’en attends?

Le but du Yoga

Une démarche complète en Yoga – qui ne se limite pas aux exercices physiques – vise un changement radical de soi.

Le but suprême du Raja Yoga, la Voie Royale, c’est de changer d’état. Le Raja Yoga s’appelle la Voie Royale du Yoga parce qu’il vise l’étude puis la maîtrise du mental. D’un état «habituel», dispersé, soumis aux dictats du mental (souffrance, émotions, désirs), le yogi cherche à atteindre un état inconnu:

d’union,
de non besoin/de non-désir parce qu’il est déjà plein en soi,
un état de non séparation, au-delà du mental, donc inexprimable par des mots et des pensées.

Cet état semble peut-être lointain. C’est celui des sages, de certains yogis ermites que vous avez peut-être vus en vrai ou à la télévision. Peut-être même ne vous intéresse-t-il pas.

Mais en deçà de cet objectif ultime, que vous apporte votre pratique du yoga, comment vous sentez-vous après un cours qui vous a fait vraiment du bien?

Un mieux être, à la fois sur le plan physique et mental; vous êtes comme « unifié » ;
Une réconciliation avec vous-même, vous vous sentez bien en vous, pas de frénésie gourmande, pas d’émotion perturbante (telle que tristesse, jalousie, colère, …) ni de pulsion d’achat pour compenser un je ne sais quoi qui vous manque,
Et pendant la relaxation, vous aviez expérimenté un état tout particulier, intemporel, oubli du corps, légèreté, …; impossible d’exprimer avec des mots ce bien-être…

Et maintenant comparez la liste ci-dessus des bienfaits d’une bonne séance de yoga avec la liste un peu plus haut qui décrit l’objectif suprême du yoga. Elles se ressemblent, n’est-ce pas?…

Le yoga vise la maîtrise du mental.

La maîtrise du mental, pourquoi?

Maîtriser le mental, pour qui, pour quoi? me direz-vous… Celui qui n’a jamais tenté de méditer peut difficilement se rendre compte. Un premier article sur l’expérience de la méditation peut compléter ce qui est expliqué ici.

Le yoga part du principe que le bonheur, l’état de yoga, s’atteint par la maitrise du mental, le calme complet du mental. En fait, votre cours a eu pour seul objectif de calmer votre corps, vos nerfs, votre mental et son « petit moulin intérieur à penser », pour vous permettre de goûter l’état de repos du mental, à son silence...

Notre état intérieur « habituel », est un état dispersé, soumis aux dictats du mental. Ce dernier vous trimbale dans l’expérience de la pensée, du soucis, de la souffrance, des manques, des émotions parfois positives, parfois négatives et des désirs sans cesse renouvelés.

Là, maintenant, pendant la lecture de cet article, arrêtez-vous quelques instants… fermez les yeux et pensez intensément à un moment heureux que vous avez vécu dans votre vie, ou plus exactement pensez à une image de ce moment qui reste tout particulièrement gravée en vous. Pensez-y complètement, imprégnez-vous en comme si vous y étiez pendant 1 seule minute. Maintenez votre image du bonheur dans votre esprit pendant une minute complète, sans laisser émerger de pensée parasite …

Qu’est que cela a donné? Avez-vous réussi à garder toute votre attention sur cette image à l’exception de toute autre image ou pensée?

En général, la réponse est non. Ne fût-ce qu’une seconde, votre mental a été attiré par un bruit extérieur ou une autre pensée…

Pour maîtriser le mental, le yoga propose de le concentrer.

Avez-vous remarqué comme quelqu’un de passionné par ce qu’il fait, de parfaitement concentré est dans son petit monde et semble au-delà de tout soucis?

Un musicien qui répète un morceau; un artiste qui se concentre sur son œuvre, pinceau en main; un passionné de modèles réduits qui colle une pièce d’un millimètre sur sa maquette quasi terminée…

Pratiquer des exercices dans un état concentré et heureux, que ce soit de l’art, du sport ou du yoga, cela relie à notre « Êtreté ». Dans ces moment, le mental cède sa place, l’Être profond (le Soi) et son intuition prennent le relai, dans plus de vastitude; au-delà des paires d’opposés; des jugements; des attractions et des répulsions…

Mais la concentration n’est pas la qualité innée du mental…
la détente psychique de quelqu’un de très mental, non plus
.

Et ce que vise in fine le yoga ne s’acquiert par des lectures ni pas la participation à des conférences. Non: c’est un exercice sans cesse répété pour progresser. C’est une expérience vécue de l’intérieur, une expérience individuelle unique qui ne s’approfondit que par une pratique régulière et la guidance d’enseignants qualifiés.

Les Yoga Sutra disent que le bonheur réside dans l’absence de parasites dans le mental, dans son dépassement:

Yoga Citta Vritti Nirodah
Le Yoga, c’est l’arrêt des vagues du mental (Yoga Sutra, I.2).

Comment y parvenir?

Par la discipline du Yoga.

Les Asanas (postures), le Pranayama (respiration), Dhyana (la méditation) sont efficaces, mais insuffisants.

Avant de les aborder, Patanjali préconise de mettre en pratique les 5 observances sociales, les Yamas et les 5 règles personnelles, les Niyamas.

Les 5 Yama – Les observances morales envers les autres – sont :

Ahimsa – non-violence
Satya – dire la vérité
Asteya – honnêteté
Brahmacharya – contrôle des sens et de la sensualité
Aparigraha – non possessivité par rapport aux biens matériels

Les 5 Niyama – Observances ou règles de vie par rapport à soi-même – sont :

Shaucha - pureté
Santosha – contentement
Tapas – austérités, pratique du Yoga
Svadhyaya – étude du Soi (sa véritable nature) et des écritures sacrées
Ishwarapranidhana – abandon à ce qui est supérieur

Dans de prochains articles, j’envisage d’aborder chacun d’entre eux, afin qu’ils vous deviennent familiers – dans la vie quotidienne, dans la pratique du yoga et dans votre recherche sur le sens de la vie.

Peut-être alors souhaiterez-vous les adopter et deviendront-ils des ailes vers la liberté…

Le souvenir de l’effort est toujours un souvenir heureux et l’on sourit aux anciennes misères vaincues.
Jean Guéhenno

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avr 05 2011

Yoga Sutra de Patanjali

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Inde - La Yamuna à  Vrindavan

L’essentiel

Les Yoga Sutra (texte de Patanjali) sont l’un des 6 Darshana de la pensée indienne, c’est-à-dire une des philosophies ou « perceptions divines ».

On appelle la méthode aussi « Raja Yoga », le Yoga de la Voie Royale, celle du contrôle du mental; car ce Yoga se base essentiellement la science du mental. Il explore le monde intérieur et travaille à libérer la puissance et la connaissance qui y sont contenues. Les Yoga Sutra traitent de la psychologie avant l’heure, car ils analysent les profondeurs du mental. Les processus d’élimination des Vritti, ou fluctuations du mental – souffrances et faiblesses humaines -, y sont expliqués.

Les méthodes du Raja Yoga traversent le temps. Après plus de 20 siècles, elles sont toujours d’actualité. Les Yoga Sutra sont aussi appelés Yoga des huit membres (ou étapes), l’Ashtanga Yoga.

Ashtanga Yoga, les huit membres du Yoga

5 Yama – Les observances morales envers les autres :

Ahimsa – non-violence
Satya – dire la vérité
Asteya – honnêteté
Brahmacharya – contrôle des sens et de la sensualité
Aparigraha – non-possessivité par rapport aux biens matériels

5 Niyama - Observances ou règles de vie par rapport à soi-même :

Shaucha - pureté
Santosha – contentement
Tapas – austérités, pratique du Yoga
Svadhyaya – étude du Soi (sa véritable nature) et des écritures sacrées
Ishwarapranidhana – abandon à ce qui est supérieur

Asana – pratique des Postures

Pranayama – contrôle de l’énergie vitale par la respiration

Pratyahara – retrait des sens

Dharana – pratique de la concentration parfaite

Dhyana – méditation profonde

Samadhi – état d’union ou de réalisation.

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fév 01 2011

A propos de Tapas en Yoga et de la Liberté

Publié par sous .Yoga,Philosophie

Tapas est traduit généralement par « austérité ». Tapas est l’un des cinq Niyama (observances). L’austérité, dans un yoga mesuré, n’a pas de connotation extrême.

Rapace en vol - A propos de Tapas et de la Liberté

Je parle de yoga «mesuré», car exceptionnellement, Tapas devient, chez certains yogis, une voie en soi. Ainsi, existe-t-il en Inde quelques yogis qui tiennent un bras en l’air depuis des années, perdant par la même les fonctions de leur membre… Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit ici.

La discipline – l’austérité-, en yoga, je la trouve dans la pratique elle-même, qui tend à me faire agir différemment de ce que le mental m’inciterait à faire. Ainsi, pratiquer le yoga est déjà en soi, une façon de se dépasser : que ce soit dans la conscience du souffle et de la posture, la pratique méditative, une vie régulière et «yogique».

Tapas – Éviter les écueils

Tapas n’a pas pour but de générer des frustrations. Ce serait contreproductif, car on ne peut pas contraindre le mental en le faisant souffrir : ça ne marche jamais, au grand jamais … En réaction, le mental se révolterait et nous éloignerait plus encore du but recherché.

Lorsque l’effort est dosé juste, mesuré, le mental apprécie les changements occasionnés et, petit à petit les intègre. Du coup, il s’y plie même avec plaisir, et finit par accepter la discipline sur le long terme, sans se révolter. Il trouve, par le biais même de cette discipline un peu austère, de nouvelles satisfactions à la vie.
Ce qui peut ressembler à des contraintes, vu de l’extérieur, donne en fait de la liberté.

Il est important de procurer des satisfactions au mental. Le yoga en offre, et pas des moindres : grâce à la pratique, le niveau pranique augmente, les besoins du mental se transforment, les pensées se purifient, les aspirations changent. Le mental s’élève, il est moins victime des émotions et des inclinaisons primaires. Petit à petit, les nouvelles habitudes, qui ressemblaient à du Tapas, deviennent un mode de vie évident et choisi : en fin de compte, se lever tôt pour méditer ne coûte pas plus d’effort que de se brosser les dents ou de prendre sa douche…

La mesure appelle beaucoup de vigilance et d’observation, car Manas (le mental) peut, à notre insu, nous jouer des tours, en justifiant par 1′000 pensées à la logique implacable, que tout cela ne vaut pas la peine, ou que simplement, il est inutile de se lever plus tôt pour faire sa pratique…

Upanishads et Gita

Dans la Katha Upanishad, le Seigneur de la Mort explique à l’Enfant Nachiketa que:

«Le feu qui mène au ciel», en parlant du feu intérieur, celui de l’ascèse, ce «feu est le pont vers le Brahman suprême».

Dans la Kena Upanishad on lit:

«Une pratique ardente (Tapas), le contrôle de soi au plan sensoriel et mental (Pratyahara: le retrait des sens, l’intériorisation), l’accomplissement des actes prescrits (Niyama), sont tels des pieds qui mènent à la Connaissance, dont les Védas représentent les membres, et la Vérité, la demeure.» (IV-8)

Et, dans la Bhagavad Gîta, Krishna explique à Arjuna que:

« Le yoga, ô Arjuna, n’est pas pour qui mange trop ni pour qui ne mange pas du tout, ni pour qui a l’habitude de trop dormir ou qui (au contraire) demeure (toujours éveillé. Qui règle convenablement ses repas et ses délassements, ses efforts dans l’action et la part qu’il fait au sommeil et à la veille, à celui-là appartient le yoga destructeur de la souffrance. Quand l’esprit discipliné demeure uniquement fixé en (lui-même) dans le Soi et que l’on est dépris de tous les désirs, c’est alors qu’on (mérite) d’être dit « discipliné et unifié ». (VI-16-17-18)

Tapas est un effort juste vers «le meilleur de soi». C’est faire le choix délibéré d’accorder à sa vie de l’espace pour un cheminement vers la croissance spirituelle. C’est apprendre à voir au-delà du petit «je» qui cherche à se donner de la consistance, à défendre son intérêt, et à satisfaire ses besoins égotiques dans l’immédiat.

C’est prendre du recul par rapport à sa vie et se poser des questions quant à la finalité qu’on lui accorde. C’est être en état permanent d’apprentissage, au coeur même de l’instant présent… car le travail yogique commence peut-être sur le tapis, mais il se poursuit tout au long des jours de l’existence. Le yogi conçoit sa vie, avant tout, comme une opportunité d’évolution. Ainsi l’effort juste peut libérer.

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