Archives de la catégorie 'Philosophie'

jan 27 2008

Les qualités requises sur la voie du Vedanta (2/2)

Publié par Michèle sous Philosophie

Le Vedanta est l’un des six grands systèmes philosophiques de l’Inde. Que peut nous apprendre une philosophie orientale issue d’un contexte culturel et religieux complètement différent du nôtre? Un précédent article a permis de définir brièvement le Vedanta et de montrer ce qu’il peut nous apporter.

Méditation sur la montagne: la concentration est une des qualités requies sur le chemin du Vedanta (Jnana Yoga)

Voici la suite de l’article d’hier sur le même thème…

Les qualités pour “s’accrocher” sur le chemin escarpé du Yoga de la Connaissance

Le Jnana Yoga est exigeante. Shankaracharya, la plus grande figure de l’Advaita Vedanta (Vedanta non dualiste), mettait en avant les qualités bien particulières que voici:

1. Viveka (la discrimination) et 2. Vairagya (le détachement) ont été expliqués dans l’article précédent.

Voici les autres qualités requises…

3. Shad Sampat sont les 6 vertus requises, et autant de perles de sagesse: la tranquillité, la maîtrise du mental, la simplicité, la patience, la foi et la concentration.

  • La tranquillité véritable est celle d’un mental serein, apaisé. Le mental, qui saute habituellement de pensée en pensée, comme un singe tout excité saute de branche en branche, s’est enfin calmé.
    Lorsqu’un lac, jusque là couvert de vaguelettes par une brise persistante, devient parfaitement lisse et limpide dès que cesse cette turbulence, il devint possible de sonder sa profondeur.
    La tranquillité apaise le mental et le yogi devient capable de sonder le fond le plus secret de lui-même et d’accéder à sa nature spirituelle.
  • La maîtrise du mental: Son mental, comme l’eau limpide, est clair et transparent: pas de gravillons dans les rouages de la machine, pas de trouble obscur et invisible. Un tel mental se laisse modeler, tel une argile souple, par son potier. Pas de résistance au façonnage, ni à la cuisson. Ce mental n’est plus un obstacle. Il est un ami, il est l’échelle qui aide à gravir la connaissance.
  • La simplicité: … la connaissance, un grand mot, souvent synonyme de pouvoir ou d’infatuation. Eh bien non! Notre véritable Jnana yogi demeure simple en son coeur et en son esprit. Si vous le rencontrez, il est accessible, proche de vous et à l’écoute. Il est serviable et amical. Point de hiérarchie ni de cérémonial, une pleine conscience épanouie qui vous touche d’un seul regard et rend évidentes en vous toutes les grandes phrases de sagesse que vous aviez pourtant entendues, lues et relues.
  • la patience: Une telle sagesse ne s’acquiert pas en un jour. Le chemin du yoga comporte des moments agréables de progrès et d’autres désagréables, tels des orages, sous forme d’obstacles. Parfois même le yogi doit assumer ce qui peut être assimilé à une véritable tempête en lui. Il risque le découragement devant ce qu’il considère comme un retour en arrière. Ces régressions peuvent être très dures, et même parfois fatales, si la patience et l’humilité ne sont pas au rendez-vous…
  • la concentration: Le Jnani développe toutes les facultés mentales que la nature a mises à sa disposition. Ces facultés l’aident à comprendre sa véritable nature jusqu’au seuil de l’intuition. Le seuil de l’intuition est celui de la connaissance vraie, ou supraconsciente.
    Le pont entre le mental et la supraconscience est la concentration… La concentration anéantit l’activité du mental, qui se concentre sur l’unique pensée qui constitue son but. Lorsque le mental disparaît, s’ouvrent les portes vers une compréhension beaucoup plus large…

4. Mumukshutva: l’aspiration profonde et sincère à la libération. On peut être détaché du monde, avoir de grandes capacités de discernement, de grandes qualités, mais ne pas aspirer à la libération, ce changement irrévocable de niveau de conscience, ce changement d’état sans retour. Le Jnani qui a fait l’expérience ultime de la libération ne sera plus jamais le même.

Mumukshutva, cette aspiration profonde est une détermination très intime qui demande une foi totale dans le chemin choisi. La libération va à l’envers de la vie confortable et de notre compréhension habituelle. Sans cette qualité, l’aspirant peut voir dans la libération un danger, un précipice insondable, un anéantissement total de soi (l’individualité).

Le Jnani accompli est totalement détaché de l’identité à son “je” et il dit oui au grand “Soi” dans lequel il aspire à se fondre… Ainsi seulement, il aura le privilège d’expérimenter un jour la béatitude et de constater qu’il n’aura rien perdu mais au contraire, qu’il aura tout gagné… puisqu’il sera devenu le “Tout”.

Cette ultime qualité sera aussi son ultime désir. Car pour se réaliser enfin, il lui faudra renoncer à ce dernier attrait (pour la libération) qui le rattache à la nature humaine, qui est mue par le désir. Mais il va sans dire que Mumukshutva est le moteur indispensable à sa quête et qu’il doit être suffisamment fort pour le mener jusqu’à destination; c’est d’ailleurs ce qui en fait la qualité essentielle du Jnana Yogi.

Cet intense désir ne se trouve pas dans les livres, ni dans les belles rencontres avec des sages. Un tel sera insensible, Un autre sera inspiré au plus haut point par les mêmes rencontres. Mumukshutva ne s’apprend pas. On dit qu’un aspirant est mûr lorsque surgit l’urgence de la libération, qui trace clairement sa voie spirituelle.

Et moi dans tout cela?

Et moi, dans tout cela? vous direz-vous peut-être… La voie du Jnani est celle du fil du rasoir, difficilement accessible. Considérer le monde comme irréel est très abstrait ou relève presque de l’impossible.

Mais la philosophie et le yoga sont là pour nous guider. Eux-mêmes sont Maya (illusion)… mais à notre niveau, ils sont les outils de l’antique sagesse, qui nous conduit à la véritable nature de notre être …

Sources: Notes personnelles et diverses lectures passées
Image: http://www.sxc.hu/browse.phtml?f=download&id=753524

Pas de réponse

jan 26 2008

Les qualités requises sur la voie du Vedanta (1/2)

Publié par Michèle sous Philosophie

Je viens de retrouver cet article qui était resté en friche (en cours rédaction). En fait, il devait faire suite au Nyaya des petits du singe et du chat , mais je l’avais oublié. En guise de rappel: les Nyaya permettent aux personnes qui suivent la voie du Vedanta d’illustrer des concepts abstraits par des images simples à comprendre.

Image de sagesse, le Vajra Mudra

Ainsi les Vedantins comparaient dans ce Nyaya la voie de la dévotion (appelée Bhakti Yoga) à celle du petit du chat, qui se laisse porter par sa mère pour avancer; et la voie du Vedanta à celle du petit du singe, qui doit s’accrocher à sa mère de toutes ses forces pour avancer…

Exemple chrétien du “Bhakti Yoga”: les moines et nonnes contemplatifs, qui prient, méditent et travaillent retirés du monde, sont portés par la pensée constante et la foi dans le Christ. Il représentent en quelque sorte l’idéal du Bhakti Yoga.

Le Vedanta est un des six grands systèmes philosophiques de l’Inde. Que peut nous apprendre une philosophie orientale issue d’un contexte culturel et religieux complètement différent du nôtre? Un précédent article a permis de définir brièvement le Vedanta. Cette voie, très exigente, demande au pratiquant de “s’accrocher”, pour avancer sur la voie spirituelle…

Le parcours du Vedantin

Ici, j’aimerais approfondir l’approche du Vedanta en parlant des qualités requises du chercheur qui suit ce cheminement. Que requiert cette voie qui a soufflé un vent de renouveau sur l’Inde du 9e siècle et qui demeure très vivante aujourd’hui encore?

Le Védantin est un Jnana Yogi. Son Yoga est la voie de la connaissance. Lorsque la Vérité lui apparaît après une longue pratique, le Jnana Yoga fait l’expérience du Brahman, qui représente l’Absolu, omniscient, omniprésent, sans forme et illimité. Un grand et beau programme!

Mais le Vedanta explique aussi que l’homme, quant à lui, est limité dans sa connaissance et sa compréhension du monde, de par ses facultés sensorielles et mentales. Il est même trompé par les apparences: il s’identifie à son corps et se fie à ce qu’il perçoit : le temps, l’espace, la matière tangible. Il s’attache aux objets et ne perçoit pas l’invisible. Il est trompé par Maya, le Pouvoir d’Illusion de la Manifestation, la Grande Magicienne, qui lui masque Brahman. Ainsi, il oublie sa vraie nature, qui est pourtant identique à celle de Brahman… Il est pris dans le filet de la Manifestation, et prête plus d’attention au monde visible qu’à l’Invisible.

Les qualités pour “s’agripper sur le chemin”

Vous l’avez compris: une voie aussi pointue que le Jnana Yoga est exigeante. Comme pour le petit du singe qui a vite fait de tomber s’il ne s’agrippe pas de toutes ses forces à sa mère, la voie du Vedanta nécessite de développer inlassablement de grandes qualités pour maintenir le cap.

Shankaracharya, la plus grande figure de l’Advaita Vedanta (Vedanta non dualiste), mettait en avant les qualités bien particulières, que voici. Vous admettrez certainement que l’on ne devient pas Jnana Yogi sur le souhait d’un jour…

1. Viveka: la discrimination, ou plus exactement, la capacité de différencier le réel du non-réel, le soi du non-soi, ce qui est éternel de ce qui est mortel ou périssable. L’introspection permet de développer Viveka. La qualité de discrimination est travaillée à chaque instant. Elle requiert la présence consciente et constante du Védantin, qui développe ainsi la “conscience témoin”, le Drashtar, dont il a déjà été question dans d’autres articles sur le blog.
Elle lui fait considérer le monde, et tout ce qu’il vit et ressent avec sagesse, avec la conscience de l’impermanence de tout cela et donc la conscience de l’irréalité de ces phénomènes. En somme, c’est comme s’il assistait à un spectacle, qui a un début et une fin.
Mieux encore, la discrimination lui permet de sonder en lui-même, sans état d’âme, et de déceler les écueils de son propre fonctionnement mental, les jeux qu’il se joue à lui-même et qui pourraient l’écarter de la voie de la sagesse. Voilà qui requiert la plus grande honnêteté vis-à-vis de soi…

2. Vairagya: le non-attachement , celui qui libère de ce qui n’est pas Brahman. Une telle constance dans la conscience, acquise par la discrimination, conduit le Jnani à un détachement heureux des choses et du monde. Il ne s’agit pas ici de tomber dans l’écueil d’un détachement apparent (la “zenitude”) qui s’accompagne secrètement ou inconsciemment d’une souffrance. Non: il s’agit d’un détachement heureux, car vrai.

J’aime beaucoup ce dont parle cet article… mais comme il est un peu long, je vous propose de lire la suite demain dimanche: c’est le week-end, nous avons le temps… ;o)

Sources: Notes personnelles et diverses lectures passées; image: Internet (adresse perdue)

Pas de réponse

jan 14 2008

Prâna, l’énergie universelle indifférenciée

Publié par Michèle sous Philosophie

Prana, l'énergie universelle

Prâna provient de la racine sanskrite AN (respirer). Le mot Prâna ne désigne pas seulement la respiration humaine, mais aussi le souffle de l’univers, la force de vie.

Prâna c’est l’énergie universelle de façon globale et indifférenciée, il est propre à la Manifestation dans son ensemble. De lui dérivent la vie et l’activité. Il anime l’Univers, toutes formes de vie animale et végétale – et tous les éléments – même inanimés - constituant ce monde –.

C’est le principe énergétique qui, selon la philosophie indienne, se répand dans le cosmos au moment de la création de l’univers et qui se rétracte au moment de sa dissolution. Le Prâna est la force qui incite le non-manifesté à vibrer et à prendre forme. Il est l’énergie sous-jacente à l’esprit comme à la matière.

Prâna anime chaque cellule vivante, chaque pensée, chaque mouvement.

Prâna et la respiration

Prâna est dans le souffle, à l’inspiration:

l’air va dans les poumons,

tandis que le Prâna se dirige dans les canaux subtils (les Nâdî sont les «méridiens» de la tradition indienne) pour être diffusé dans le corps subtil.

B.K.S. Iyengar dit à propo du Prânâyâma:

“Le Prânâyâma, la science du contrôle du Prâna, constitue l’ensemble des exercices de respiration en Yoga. Le but de ce contrôle de l’énergie est que les exercices de Prânâyâma conduisent l’esprit fluctuant (agité par les pensées) à une certaine stabilité. Le contrôle du soufle par Prânayama, un corps et en santé, “travaillé” et fortifié par les Asana (postures), deviennent des instruments pour aller plus loin.

Pranayama est un prolongement conscient de l’inspiration, de la rétention et de l’expiration. L’inspiration est l’action de recevoir l’énergie primordiale sous la forme du souffle. La rétention consiste à suspendre le souffle afin de savourer cette énergie. Dans l’expiration, toutes les pensées et les émotions sont évacuées avec le souffle: alors, tandis que les poumons sont vidres, on abandonne l’énergie individuelle, “je”, à l’énergie primordiale, l’Atma.

La pratique du pranayama est le gage d’un esprit stable, d’une volonté forte et d’un jugement sain.”

Le Yoga vise à rechercher notre véritable nature et la Connaissance à l’intérieur de nous-même. Le yogi se dégage du corps extérieur pour rejoindre le soi intérieur. Comme Prâna est en contact direct avec les nerfs, le yogi va du corps aux nerfs, puis des nerfs aux sens. Des sens, il entre dans l’esprit, qui contrôle les émotions. Depuis l’esprit, il contrôle l’intellect, qui guide la raison. Cette voie le conduit à la volonté puis à la conscience. La dernière étape va de la conscience au Soi, notre être même (Atma).

Demain, pour plus d’énergie: Quatre exercices pour augmenter le niveau de Prâna.

Sources: Pranayama Dipika, B.K.S. Iyengar, Editions Buchet/Chastel, 2002; Livres de David Frawley; notes de stage avec Serge Aubry; notes de Yoga 7

2 réponses

jan 07 2008

Le Yoga selon Patanjali aujourd’hui: la relation au monde et le Karma

Publié par Michèle sous Philosophie

La loi du karma, telle un boomerang, renvoie les réactions de toute action

L’identification avec le monde

Patanjali explique que seule l’identification avec le monde (Prakriti), théâtre de nos boires et déboires, donne prise aux souffrances (Klesha) (Y.S. II.12). Nous prenons ce monde au sérieux, trop au sérieux.

Par exemple, si l’on médit de nous, nous sommes touchés au plus profond de nous-mêmes. Et nous souffrons de manière inutile…

Lors d’un changement de vie désagréable - perte d’un logement, d’un revenu, d’un être cher ,- nous sommes bouleversés, catastrophés, désécurisés, en colère ou gravement déprimés.

Les exemples sont innombrables. Sans compter que bien des fois, nous nous soucions à l’avance, de ce qui pourrait nous arriver.

La loi du Karma et le Samsara

L’identification au monde se fait le plus souvent dans la souffrance et les afflictions dont nous avons parlé plus en détails dans le précédent article.

C’est cette même identification qui, selon la philosophie indienne, est à l’origine de la loi du Karma, la Loi de cause à effet:

Revenons à ce quelqu’un qui a médit de nous et nous a ainsi porté préjudice. Il se trouve qu’une année plus tard, cette personne aurait grand besoin de notre aide. Dans le souvenir de notre souffrance passée, nous n’avons pas coeur de l’aider, et peut-être même pire, un certain plaisir à le laisser se dépêtrer seul dans ses problèmes. Ceci est la conséquence de son action passée. Ceci est aussi la conséquence de mon identification à ce monde et à mes propres illusions …

Le sage serait passé outre et aurait eu la bonté de porter secours à une personne dans la détresse. Cette personne aurait peut-être été stupéfaite de cette bonté et serait devenue meilleure…

Ainsi, avec chacune de nos pensées, puis chacune de nos actions, nous semons les graines de notre avenir et influençons celui des autres. Et plus nous avons de désirs à l’intérieur, plus nous semons de graines… Or, selon la loi du Karma, chaque graine doit implacablement porter un fruit! Chaque action, porte en elle une réaction.

C’est pourquoi nous sommes les propriétaires de très gros sacs de graines de karma…

Autre point de vue. C’est un peu comme un mouvement de balancier: si je pousse la balançoire des passions dans un sens, forcément, elle va revenir dans l’autre sens, en accord avec les lois physiques (psychiques) qui régissent cet univers. Si je calme progressivement mes passions, je retrouve l’axe, plus stable, équanime.

Autre image encore: celle du boomerang. Vous l’envoyez dans le sens de votre désir, il vous revient avec les conséquences de la jouissance de l’objet désiré…

Nous sommes les champions du boomerang. Mais attention parfois aux retours!

A ce sujet, la pensée indienne contient une idée originale, que l’on peut admettre ou rejeter selon nos propres convictions. Elle explique que nos accumulations de karmas sont telles qu’il ne nous est souvent pas possible de les consommer tous dans une vie. Ainsi s’explique le concept de Samsara, la transmigration ou Roue des Morts et des Naissances. L’âme individuelle, identifiée à la Manifestation, revient après la mort, dans une autre enveloppe humaine, pour expérimenter les conséquences de ses désirs et de ses actes. Elle devient le jouet des mouvements de causalités et d’effets. Elle se trouve prise dans les tourments de l’existence terrestre.

Le but de l’existence

Patanjali explique aussi que «la raison de cette Manifestation est d’en jouir ou de s’en libérer» (Y.S. II.18, p. 85, Spiritualités Vivantes, Albin Michel, traduction de F. Mazet).

La société actuelle prône la jouissance du monde: elle met l’individualisme sur un piédestal et vante la satisfaction immédiate des désirs, la jouissance matérielle et sensuelle.

La devise que l’on pourrait entendre ressemble à “le désir, c’est du futur plaisir” ou “tant qu’il y a du plaisir, il y a de la vie”.

Le point commun entre Patanjali et tout un chacun, c’est que fondamentalement, nous recherchons tous le bonheur.

Mais hormis ce point commun essentiel, Patanjali prend le contre-pied. Il propose une vision de l’Univers et de la finalité de l’existence opposée à celle prônée aujourd’hui par les médias et la publicité.

Le chemin proposé

Les Yoga Sûtra offrent des solutions pour éviter ou diminuer la souffrance. Patanjali montre qu’en réduisant les désirs, on cesse de générer du Karma. En réduisant le nombre de pensées - en se concentrant -, on apaise le mental, on se tourne vers l’intérieur de soi. Et finalement, on y trouve paix et félicité …

Patanjali propose un chemin de transformation par l’action, le Kriya Yoga.

Il recommande de ne pas identifier le témoin ou spectateur, avec la Manifestation ou spectacle. Il explique que:

La raison d’être de ce qui est vu (le Monde, Prakriti), est seulement d’être vu (II.21).

La Manifestation serait donc là pour que nous prenions conscience de son jeu. Pour que nous nous libérions de son emprise qui nous voile la connaissance de l’Unité, du Soi, du Divin.

Cette conception est très éloignée de ce que nous percevons de l’existence dans notre état de conscience habituel.

Personnellement et à mon niveau, je dois continuellement nourrir ma pratique du yoga et ma réflexion par des lectures et le contact de personnes éveillées pour garder cette conscience, du moins intellectuellement.

Sous un autre angle, même si j’approuve cette perspective yogique, je reconnais qu’elle peut être perçue par autrui comme profondément asociale. Patanjali s’adressait à des ascètes, des renonçants…

Patanjali aujourd’hui

Comme vous le voyez, en exposant les anciens écrits de Patanjali, je cherche surtout à stimuler la réflexion de chacun et à ramener la perceptive de l’auteur à celle qui est la nôtre, pour lui faire prendre toute sa valeur.

Pour aborder les concepts élémentaires des Yoga Sûtra, je pense que la pratique du Yoga, Asana, Pranayama et relaxation, donnent de bien meilleurs résultats que l’étude et des arguments purement intellectuels.

La pratique du Yoga dispose l’esprit à prendre du recul par rapport aux afflictions et à l’identification aux tensions intérieures. Elle nous permet de nous détacher de ses soucis et de ses souffrances, pour contacter le témoin en nous, Drashtar.

La pratique nous fait lâcher le sentiment de l’ego, au bénéfice de l’expérience de l’instant, physique et surtout intérieure, permettant ainsi de nous reconnecter au sentiment d’unité, puis de développer Viveka, le discernement ou la discrimination, pour mettre fin à Avidya, l’ignorance.

Pour y parvenir et purifier le mental, Patanjali propose l’Ashtanga Yoga dont il est souvent question sur ce blog…

Source image: http://www3.ac-clermont.fr/etabliss/montmarault/imagesboomerang/BOOMERANG3.jpg

4 réponses

jan 05 2008

Le Yoga selon Patanjali et les cinq afflictions (Klesha)

Publié par Michèle sous Philosophie

Dans ses Yoga Sutra, certainement le plus important texte ancien de référence au Yoga, Patanjali préconise le contrôle radical du mental et de la pensée, par les diverses méthodes du Yoga.

Yoga Sutra de Patanjali aujourd'hui

Arrêter la pensée, c’est la «mort» des entraves du mental et du petit «moi»: Patanjali déclare que c’est la condition sine qua non pour naître à la conscience supérieure et à la Connaissance. Pour y parvenir, le Yogi étudie le mental (Manas). Il va patiemment observer son activité et progressivement la calmer. Il va apprendre l’introspection, la concentration, puis la suspension des pensées…

Que signifie le Yoga selon Patanjali pour nous aujourd’hui? Comment le vivre? Un premier article sur le même thème a abordé cette question. Aujourd’hui, je propose simplement d’approfondir la réflexion de Patanjali et de laisser son écho se faire en nous. Patanjali est d’une incroyable actualité.

Naître à la conscience supérieure et à la Connaissance, expérimenter la quintescence de la méditation et l’état suprême de Samadhi: voilà un programme qui n’est pas forcément accessible à tous les simples mortels que nous sommes… Heureusement: Patanjali ne le savait que trop bien! Il concevait que la plupart des humains ne peuvent y parvenir sans un immense effort. C’est un processus progressif qui nécessite un élan intérieur intense, des plus rares …

Les cinq afflictions ou Klesha

La grande majorité des humains est prise dans l’illusion du monde éphémère qui constitue sa réalité. Patanjali offre de précieuses explications sur ce phénomène d’excentrage qui conduit à la souffrance. L’illusion qui nous attache aux jouissances éphémères plus qu’à l’essentiel est alimentée par les Klesha, les afflictions, qui affectent le mental et induisent la souffrance, Dukha.

Au Sûtra II.3, Patanjali présente les cinq Klesha, ou afflictions:

(1) Avidyâ, est l’état d’ignorance, qui nous empêche de connaître la réalité du monde «telle qu’elle est», car nous préférons la voir telle que nous voudrions qu’elle soit. Au lieu de percevoir la nature permanente de l’univers (énergie, harmonie, paix), nous nous identifions aux phénomènes impermanents de l’existence.

Nous voyons le temps qui passe, les êtres et les choses changer. Nous voyons ce que nous avons, ce que nous perdons, ce que nous voudrions. Mais nous trouvons difficilement la paix en nous. Les tensions et l’angoisse sont le lot de la plupart d’entre nous, un peu ou beaucoup.

Cet état, appelé ignorance, dans la philosophie indienne, a pour conséquence des identifications erronées et engendre la douleur. Avidyâ est la source des autres Klesha.

(2) Asmitâ est le sentiment du «je», de l’ego. La vérité ultime de la philosophie indienne est dans l’unité de toute chose. Nous sommes Un, au-delà des apparences. L’énergie universelle, le Divin, Om, … ses noms sont multiples. Cependant, la conscience, le sentiment d’une existence individuelle et autonome nous sépare de l’absolu et nous fait croire que nous agissons de notre propre volonté. Il y a dès lors dualité entre nous et l’univers. Il y a subjectivité dans nos jugements. Il y a erreur.

(3) Râga et (4) Dvesha sont, respectivement, le désir et le rejet. Ces deux Klesha animent en permanence tous nos comportements, car nous nous positionnons systématiquement, en qualifiant nos expériences, selon notre attraction ou notre répulsion. Lorsque nous aimons, nous en voulons toujours plus : ce sentiment est lié à un manque, à une frustration. Lorsque nous n’aimons pas, nous rejetons, pour nous protéger de la souffrance : ceci correspond au refus de s’ouvrir à ce qui est, et à lâcher-prise. Ainsi, l’insatisfaction est permanente.

(5) Abhinivesha est l’attachement à la vie, avec son pendant, la peur de la mort. C’est la conscience de soi, qui rend égoïste. C’est l’instinct de conservation qui fait passer nos intérêts d’abord. Il se cache derrière nombre de nos réactions, ainsi que derrière plusieurs mécanismes du stress.

Le prochain article parlera de notre identification avec la Manifestation, qui nous fait nous sentir tellement concernés par tout ce qui nous arrive et nous fait trop souvent souffrir. A cela s’ajoutera le concept de “Karma”…

une réponse

« Précédents - Suivants »

Yogamrita boutique du yoga et du bien-être
Yogamrita stages de yoga et cours de yoga en Bretagne