Archives de la catégorie 'Philosophie'

jan 26 2008

Les qualités requises sur la voie du Vedanta (1/2)

Publié par Michèle sous Philosophie

Je viens de retrouver cet article qui était resté en friche (en cours rédaction). En fait, il devait faire suite au Nyaya des petits du singe et du chat , mais je l’avais oublié. En guise de rappel: les Nyaya permettent aux personnes qui suivent la voie du Vedanta d’illustrer des concepts abstraits par des images simples à comprendre.

Image de sagesse, le Vajra Mudra

Ainsi les Vedantins comparaient dans ce Nyaya la voie de la dévotion (appelée Bhakti Yoga) à celle du petit du chat, qui se laisse porter par sa mère pour avancer; et la voie du Vedanta à celle du petit du singe, qui doit s’accrocher à sa mère de toutes ses forces pour avancer…

Exemple chrétien du “Bhakti Yoga”: les moines et nonnes contemplatifs, qui prient, méditent et travaillent retirés du monde, sont portés par la pensée constante et la foi dans le Christ. Il représentent en quelque sorte l’idéal du Bhakti Yoga.

Le Vedanta est un des six grands systèmes philosophiques de l’Inde. Que peut nous apprendre une philosophie orientale issue d’un contexte culturel et religieux complètement différent du nôtre? Un précédent article a permis de définir brièvement le Vedanta. Cette voie, très exigente, demande au pratiquant de “s’accrocher”, pour avancer sur la voie spirituelle…

Le parcours du Vedantin

Ici, j’aimerais approfondir l’approche du Vedanta en parlant des qualités requises du chercheur qui suit ce cheminement. Que requiert cette voie qui a soufflé un vent de renouveau sur l’Inde du 9e siècle et qui demeure très vivante aujourd’hui encore?

Le Védantin est un Jnana Yogi. Son Yoga est la voie de la connaissance. Lorsque la Vérité lui apparaît après une longue pratique, le Jnana Yoga fait l’expérience du Brahman, qui représente l’Absolu, omniscient, omniprésent, sans forme et illimité. Un grand et beau programme!

Mais le Vedanta explique aussi que l’homme, quant à lui, est limité dans sa connaissance et sa compréhension du monde, de par ses facultés sensorielles et mentales. Il est même trompé par les apparences: il s’identifie à son corps et se fie à ce qu’il perçoit : le temps, l’espace, la matière tangible. Il s’attache aux objets et ne perçoit pas l’invisible. Il est trompé par Maya, le Pouvoir d’Illusion de la Manifestation, la Grande Magicienne, qui lui masque Brahman. Ainsi, il oublie sa vraie nature, qui est pourtant identique à celle de Brahman… Il est pris dans le filet de la Manifestation, et prête plus d’attention au monde visible qu’à l’Invisible.

Les qualités pour “s’agripper sur le chemin”

Vous l’avez compris: une voie aussi pointue que le Jnana Yoga est exigeante. Comme pour le petit du singe qui a vite fait de tomber s’il ne s’agrippe pas de toutes ses forces à sa mère, la voie du Vedanta nécessite de développer inlassablement de grandes qualités pour maintenir le cap.

Shankaracharya, la plus grande figure de l’Advaita Vedanta (Vedanta non dualiste), mettait en avant les qualités bien particulières, que voici. Vous admettrez certainement que l’on ne devient pas Jnana Yogi sur le souhait d’un jour…

1. Viveka: la discrimination, ou plus exactement, la capacité de différencier le réel du non-réel, le soi du non-soi, ce qui est éternel de ce qui est mortel ou périssable. L’introspection permet de développer Viveka. La qualité de discrimination est travaillée à chaque instant. Elle requiert la présence consciente et constante du Védantin, qui développe ainsi la “conscience témoin”, le Drashtar, dont il a déjà été question dans d’autres articles sur le blog.
Elle lui fait considérer le monde, et tout ce qu’il vit et ressent avec sagesse, avec la conscience de l’impermanence de tout cela et donc la conscience de l’irréalité de ces phénomènes. En somme, c’est comme s’il assistait à un spectacle, qui a un début et une fin.
Mieux encore, la discrimination lui permet de sonder en lui-même, sans état d’âme, et de déceler les écueils de son propre fonctionnement mental, les jeux qu’il se joue à lui-même et qui pourraient l’écarter de la voie de la sagesse. Voilà qui requiert la plus grande honnêteté vis-à-vis de soi…

2. Vairagya: le non-attachement , celui qui libère de ce qui n’est pas Brahman. Une telle constance dans la conscience, acquise par la discrimination, conduit le Jnani à un détachement heureux des choses et du monde. Il ne s’agit pas ici de tomber dans l’écueil d’un détachement apparent (la “zenitude”) qui s’accompagne secrètement ou inconsciemment d’une souffrance. Non: il s’agit d’un détachement heureux, car vrai.

J’aime beaucoup ce dont parle cet article… mais comme il est un peu long, je vous propose de lire la suite demain dimanche: c’est le week-end, nous avons le temps… ;o)

Sources: Notes personnelles et diverses lectures passées; image: Internet (adresse perdue)

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jan 14 2008

Prâna, l’énergie universelle indifférenciée

Publié par Michèle sous Philosophie

Prana, l'énergie universelle

Prâna provient de la racine sanskrite AN (respirer). Le mot Prâna ne désigne pas seulement la respiration humaine, mais aussi le souffle de l’univers, la force de vie.

Prâna c’est l’énergie universelle de façon globale et indifférenciée, il est propre à la Manifestation dans son ensemble. De lui dérivent la vie et l’activité. Il anime l’Univers, toutes formes de vie animale et végétale – et tous les éléments – même inanimés - constituant ce monde –.

C’est le principe énergétique qui, selon la philosophie indienne, se répand dans le cosmos au moment de la création de l’univers et qui se rétracte au moment de sa dissolution. Le Prâna est la force qui incite le non-manifesté à vibrer et à prendre forme. Il est l’énergie sous-jacente à l’esprit comme à la matière.

Prâna anime chaque cellule vivante, chaque pensée, chaque mouvement.

Prâna et la respiration

Prâna est dans le souffle, à l’inspiration:

l’air va dans les poumons,

tandis que le Prâna se dirige dans les canaux subtils (les Nâdî sont les «méridiens» de la tradition indienne) pour être diffusé dans le corps subtil.

B.K.S. Iyengar dit à propo du Prânâyâma:

“Le Prânâyâma, la science du contrôle du Prâna, constitue l’ensemble des exercices de respiration en Yoga. Le but de ce contrôle de l’énergie est que les exercices de Prânâyâma conduisent l’esprit fluctuant (agité par les pensées) à une certaine stabilité. Le contrôle du soufle par Prânayama, un corps et en santé, “travaillé” et fortifié par les Asana (postures), deviennent des instruments pour aller plus loin.

Pranayama est un prolongement conscient de l’inspiration, de la rétention et de l’expiration. L’inspiration est l’action de recevoir l’énergie primordiale sous la forme du souffle. La rétention consiste à suspendre le souffle afin de savourer cette énergie. Dans l’expiration, toutes les pensées et les émotions sont évacuées avec le souffle: alors, tandis que les poumons sont vidres, on abandonne l’énergie individuelle, “je”, à l’énergie primordiale, l’Atma.

La pratique du pranayama est le gage d’un esprit stable, d’une volonté forte et d’un jugement sain.”

Le Yoga vise à rechercher notre véritable nature et la Connaissance à l’intérieur de nous-même. Le yogi se dégage du corps extérieur pour rejoindre le soi intérieur. Comme Prâna est en contact direct avec les nerfs, le yogi va du corps aux nerfs, puis des nerfs aux sens. Des sens, il entre dans l’esprit, qui contrôle les émotions. Depuis l’esprit, il contrôle l’intellect, qui guide la raison. Cette voie le conduit à la volonté puis à la conscience. La dernière étape va de la conscience au Soi, notre être même (Atma).

Demain, pour plus d’énergie: Quatre exercices pour augmenter le niveau de Prâna.

Sources: Pranayama Dipika, B.K.S. Iyengar, Editions Buchet/Chastel, 2002; Livres de David Frawley; notes de stage avec Serge Aubry; notes de Yoga 7

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jan 07 2008

Le Yoga selon Patanjali aujourd’hui: la relation au monde et le Karma

Publié par Michèle sous Philosophie

La loi du karma, telle un boomerang, renvoie les réactions de toute action

L’identification avec le monde

Patanjali explique que seule l’identification avec le monde (Prakriti), théâtre de nos boires et déboires, donne prise aux souffrances (Klesha) (Y.S. II.12). Nous prenons ce monde au sérieux, trop au sérieux.

Par exemple, si l’on médit de nous, nous sommes touchés au plus profond de nous-mêmes. Et nous souffrons de manière inutile…

Lors d’un changement de vie désagréable - perte d’un logement, d’un revenu, d’un être cher ,- nous sommes bouleversés, catastrophés, désécurisés, en colère ou gravement déprimés.

Les exemples sont innombrables. Sans compter que bien des fois, nous nous soucions à l’avance, de ce qui pourrait nous arriver.

La loi du Karma et le Samsara

L’identification au monde se fait le plus souvent dans la souffrance et les afflictions dont nous avons parlé plus en détails dans le précédent article.

C’est cette même identification qui, selon la philosophie indienne, est à l’origine de la loi du Karma, la Loi de cause à effet:

Revenons à ce quelqu’un qui a médit de nous et nous a ainsi porté préjudice. Il se trouve qu’une année plus tard, cette personne aurait grand besoin de notre aide. Dans le souvenir de notre souffrance passée, nous n’avons pas coeur de l’aider, et peut-être même pire, un certain plaisir à le laisser se dépêtrer seul dans ses problèmes. Ceci est la conséquence de son action passée. Ceci est aussi la conséquence de mon identification à ce monde et à mes propres illusions …

Le sage serait passé outre et aurait eu la bonté de porter secours à une personne dans la détresse. Cette personne aurait peut-être été stupéfaite de cette bonté et serait devenue meilleure…

Ainsi, avec chacune de nos pensées, puis chacune de nos actions, nous semons les graines de notre avenir et influençons celui des autres. Et plus nous avons de désirs à l’intérieur, plus nous semons de graines… Or, selon la loi du Karma, chaque graine doit implacablement porter un fruit! Chaque action, porte en elle une réaction.

C’est pourquoi nous sommes les propriétaires de très gros sacs de graines de karma…

Autre point de vue. C’est un peu comme un mouvement de balancier: si je pousse la balançoire des passions dans un sens, forcément, elle va revenir dans l’autre sens, en accord avec les lois physiques (psychiques) qui régissent cet univers. Si je calme progressivement mes passions, je retrouve l’axe, plus stable, équanime.

Autre image encore: celle du boomerang. Vous l’envoyez dans le sens de votre désir, il vous revient avec les conséquences de la jouissance de l’objet désiré…

Nous sommes les champions du boomerang. Mais attention parfois aux retours!

A ce sujet, la pensée indienne contient une idée originale, que l’on peut admettre ou rejeter selon nos propres convictions. Elle explique que nos accumulations de karmas sont telles qu’il ne nous est souvent pas possible de les consommer tous dans une vie. Ainsi s’explique le concept de Samsara, la transmigration ou Roue des Morts et des Naissances. L’âme individuelle, identifiée à la Manifestation, revient après la mort, dans une autre enveloppe humaine, pour expérimenter les conséquences de ses désirs et de ses actes. Elle devient le jouet des mouvements de causalités et d’effets. Elle se trouve prise dans les tourments de l’existence terrestre.

Le but de l’existence

Patanjali explique aussi que «la raison de cette Manifestation est d’en jouir ou de s’en libérer» (Y.S. II.18, p. 85, Spiritualités Vivantes, Albin Michel, traduction de F. Mazet).

La société actuelle prône la jouissance du monde: elle met l’individualisme sur un piédestal et vante la satisfaction immédiate des désirs, la jouissance matérielle et sensuelle.

La devise que l’on pourrait entendre ressemble à “le désir, c’est du futur plaisir” ou “tant qu’il y a du plaisir, il y a de la vie”.

Le point commun entre Patanjali et tout un chacun, c’est que fondamentalement, nous recherchons tous le bonheur.

Mais hormis ce point commun essentiel, Patanjali prend le contre-pied. Il propose une vision de l’Univers et de la finalité de l’existence opposée à celle prônée aujourd’hui par les médias et la publicité.

Le chemin proposé

Les Yoga Sûtra offrent des solutions pour éviter ou diminuer la souffrance. Patanjali montre qu’en réduisant les désirs, on cesse de générer du Karma. En réduisant le nombre de pensées - en se concentrant -, on apaise le mental, on se tourne vers l’intérieur de soi. Et finalement, on y trouve paix et félicité …

Patanjali propose un chemin de transformation par l’action, le Kriya Yoga.

Il recommande de ne pas identifier le témoin ou spectateur, avec la Manifestation ou spectacle. Il explique que:

La raison d’être de ce qui est vu (le Monde, Prakriti), est seulement d’être vu (II.21).

La Manifestation serait donc là pour que nous prenions conscience de son jeu. Pour que nous nous libérions de son emprise qui nous voile la connaissance de l’Unité, du Soi, du Divin.

Cette conception est très éloignée de ce que nous percevons de l’existence dans notre état de conscience habituel.

Personnellement et à mon niveau, je dois continuellement nourrir ma pratique du yoga et ma réflexion par des lectures et le contact de personnes éveillées pour garder cette conscience, du moins intellectuellement.

Sous un autre angle, même si j’approuve cette perspective yogique, je reconnais qu’elle peut être perçue par autrui comme profondément asociale. Patanjali s’adressait à des ascètes, des renonçants…

Patanjali aujourd’hui

Comme vous le voyez, en exposant les anciens écrits de Patanjali, je cherche surtout à stimuler la réflexion de chacun et à ramener la perceptive de l’auteur à celle qui est la nôtre, pour lui faire prendre toute sa valeur.

Pour aborder les concepts élémentaires des Yoga Sûtra, je pense que la pratique du Yoga, Asana, Pranayama et relaxation, donnent de bien meilleurs résultats que l’étude et des arguments purement intellectuels.

La pratique du Yoga dispose l’esprit à prendre du recul par rapport aux afflictions et à l’identification aux tensions intérieures. Elle nous permet de nous détacher de ses soucis et de ses souffrances, pour contacter le témoin en nous, Drashtar.

La pratique nous fait lâcher le sentiment de l’ego, au bénéfice de l’expérience de l’instant, physique et surtout intérieure, permettant ainsi de nous reconnecter au sentiment d’unité, puis de développer Viveka, le discernement ou la discrimination, pour mettre fin à Avidya, l’ignorance.

Pour y parvenir et purifier le mental, Patanjali propose l’Ashtanga Yoga dont il est souvent question sur ce blog…

Source image: http://www3.ac-clermont.fr/etabliss/montmarault/imagesboomerang/BOOMERANG3.jpg

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jan 05 2008

Le Yoga selon Patanjali et les cinq afflictions (Klesha)

Publié par Michèle sous Philosophie

Dans ses Yoga Sutra, certainement le plus important texte ancien de référence au Yoga, Patanjali préconise le contrôle radical du mental et de la pensée, par les diverses méthodes du Yoga.

Yoga Sutra de Patanjali aujourd'hui

Arrêter la pensée, c’est la «mort» des entraves du mental et du petit «moi»: Patanjali déclare que c’est la condition sine qua non pour naître à la conscience supérieure et à la Connaissance. Pour y parvenir, le Yogi étudie le mental (Manas). Il va patiemment observer son activité et progressivement la calmer. Il va apprendre l’introspection, la concentration, puis la suspension des pensées…

Que signifie le Yoga selon Patanjali pour nous aujourd’hui? Comment le vivre? Un premier article sur le même thème a abordé cette question. Aujourd’hui, je propose simplement d’approfondir la réflexion de Patanjali et de laisser son écho se faire en nous. Patanjali est d’une incroyable actualité.

Naître à la conscience supérieure et à la Connaissance, expérimenter la quintescence de la méditation et l’état suprême de Samadhi: voilà un programme qui n’est pas forcément accessible à tous les simples mortels que nous sommes… Heureusement: Patanjali ne le savait que trop bien! Il concevait que la plupart des humains ne peuvent y parvenir sans un immense effort. C’est un processus progressif qui nécessite un élan intérieur intense, des plus rares …

Les cinq afflictions ou Klesha

La grande majorité des humains est prise dans l’illusion du monde éphémère qui constitue sa réalité. Patanjali offre de précieuses explications sur ce phénomène d’excentrage qui conduit à la souffrance. L’illusion qui nous attache aux jouissances éphémères plus qu’à l’essentiel est alimentée par les Klesha, les afflictions, qui affectent le mental et induisent la souffrance, Dukha.

Au Sûtra II.3, Patanjali présente les cinq Klesha, ou afflictions:

(1) Avidyâ, est l’état d’ignorance, qui nous empêche de connaître la réalité du monde «telle qu’elle est», car nous préférons la voir telle que nous voudrions qu’elle soit. Au lieu de percevoir la nature permanente de l’univers (énergie, harmonie, paix), nous nous identifions aux phénomènes impermanents de l’existence.

Nous voyons le temps qui passe, les êtres et les choses changer. Nous voyons ce que nous avons, ce que nous perdons, ce que nous voudrions. Mais nous trouvons difficilement la paix en nous. Les tensions et l’angoisse sont le lot de la plupart d’entre nous, un peu ou beaucoup.

Cet état, appelé ignorance, dans la philosophie indienne, a pour conséquence des identifications erronées et engendre la douleur. Avidyâ est la source des autres Klesha.

(2) Asmitâ est le sentiment du «je», de l’ego. La vérité ultime de la philosophie indienne est dans l’unité de toute chose. Nous sommes Un, au-delà des apparences. L’énergie universelle, le Divin, Om, … ses noms sont multiples. Cependant, la conscience, le sentiment d’une existence individuelle et autonome nous sépare de l’absolu et nous fait croire que nous agissons de notre propre volonté. Il y a dès lors dualité entre nous et l’univers. Il y a subjectivité dans nos jugements. Il y a erreur.

(3) Râga et (4) Dvesha sont, respectivement, le désir et le rejet. Ces deux Klesha animent en permanence tous nos comportements, car nous nous positionnons systématiquement, en qualifiant nos expériences, selon notre attraction ou notre répulsion. Lorsque nous aimons, nous en voulons toujours plus : ce sentiment est lié à un manque, à une frustration. Lorsque nous n’aimons pas, nous rejetons, pour nous protéger de la souffrance : ceci correspond au refus de s’ouvrir à ce qui est, et à lâcher-prise. Ainsi, l’insatisfaction est permanente.

(5) Abhinivesha est l’attachement à la vie, avec son pendant, la peur de la mort. C’est la conscience de soi, qui rend égoïste. C’est l’instinct de conservation qui fait passer nos intérêts d’abord. Il se cache derrière nombre de nos réactions, ainsi que derrière plusieurs mécanismes du stress.

Le prochain article parlera de notre identification avec la Manifestation, qui nous fait nous sentir tellement concernés par tout ce qui nous arrive et nous fait trop souvent souffrir. A cela s’ajoutera le concept de “Karma”…

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déc 22 2007

De la violence à Ahimsa - La relation à l’autre et au monde (2/2)

Publié par Michèle sous Philosophie

Il y a peu, je vous parlais de la violence qui existe dans notre relation à l’autre et au monde. La violence, ce n’est seulement la violence physique. C’est elle qui sourde déjà dans une pensée anodine, une attitude, une parole.

Ahimsa, l'action consciente et non-violente - Enfants pratiquant l'Aïkido

La violence est un constat quotidien. Alors que faire?

Il n’y a pas de recette miracle, mais heureusement des pistes à suivre.

L’universalité d’Ahimsa …

Ahimsa est la non-violence de moi à moi, de moi à l’autre. Ahimsa parle à tous, Ahmisa concerne tous les êtres doués de conscience.

Ahimsa est un Yama, une voie d’ascèse, une Sadhana (pratique en yoga).

A mon sens, en matière d’Ahimsa, l’importance est l’accord parfait entre le cœur (ou l’âme, la conscience) et la pensée (ou l’action qui en découle).

… et la multiplicité de son expression

Mais cette voie n’est pas forcément la même d’une personne à l’autre, même s’il existe une idée universelle de ce qu’elle la non violence.

L’exemple du végétarisme

Mon parcours de vie fait que j’ai expérimenté le végétarisme dès ma tendre enfance. Et aujourd’hui, il me serait difficile de manger de la viande, alors que j’ai expérimenté le végétarisme pendant tant d’années, que je vis en pleine santé et que je jouis de tous les plaisirs du palais, sans condamner de vie animale. Ceci est le résultat de mon parcours.

L’alimentation est quelque chose de très intime et souvent relié à l’enfance. Je ne génère donc aucune frustration, ni violence envers moi-même, en continuant à être végétarienne.

J’ai vu des bouddhistes tibétains, ayant développé Ahimsa et une immense sagesse, manger occasionnellement de la viande. Mais ils le font en pleine conscience et en remerciant l’animal qui a fait don de sa vie. Cet action, à mon sens, n’enlève pas leurs qualités d’âme.

Autre exemple: la Bhagavad Gita. Pour Arjuna, son véritable devoir de guerrier était de se battre contre les siens - et de tuer -, et non le refus de combattre. Il lui a fallu prendre du recul et recevoir l’éclairage supérieur (de Krishna) pour comprendre qu’il n’était qu’instrument de la volonté divine, en vue de rétablir le dharma (le bien).

Le problème est chez moi

Si je m’énerve facilement, le problème n’est pas chez l’autre envers qui je suis agressif. Il est chez moi.

Imaginons, par exemple, que je tape un bon coup de poing sur la table. La table ne m’a rien fait… Mais en fin de compte, c’est moi qui ai mal!

La violence envers l’autre, c’est souvent de la violence contre soi-même. Alors, au sens propre ou au sens figuré, on se fait du mal.

Et à force de répétition, la violence devient une habitude, une norme de comportement.

Nous entretenons tous ou quasiment quelques insatisfactions, pour des raisons matérielles, affectives, relationnelles ou autres. Cela entraîne une certaine dose de frustration au quotidien qui peut se traduire dans le comportement. Par exemple, pour «défouler» mes frustrations, je ne respecte pas les autres, de n’en ai rien à faire de l’environnement, etc.

«Drashtar», le témoin intérieur

Voici la technique que propose Patanjali. Il explique dans ses Yoga Sutra que réside en nous le «Drashtar». Drashtar est celui qui voit, le témoin, la conscience profonde qui est capable de prendre de la distance par rapport aux événements du quotidien. Drashtar se situe au-delà des vicissitudes de notre existence. Il est immobile et éternel observateur de l’agitation du monde et du mental. Il n’est pas affecté par les aléas de nos humeurs, car il relève de quelque chose de supérieur, d’universel. Drashtar est un sage qui réside en nous.

Lorsque surviennent des pulsions violentes, nous pouvons les observer, les ressentir, les accueillir plutôt que de les refuser et de nous voiler la face.

Ainsi, plutôt que de reléguer le Drashtar aux oubliettes, nous pouvons nous reconnecter à lui.

Et lui peut alors manifester sa sagesse jusqu’à notre niveau conscient. Nous pouvons nous reconnecter à son intuition profonde, à un ressenti extrêmement fin, qui va parfois au-delà du rationnel.

Un tel ressenti des situations, des personnes, du monde et de notre interaction avec eux, nous accorde à la vie, nous positionne. Il nous dicte intuitivement l’attitude à adopter.

Il devient dès lors plus aisé de savoir comment être et quoi faire, même dans une situation violente, comme Arjuna dans la Bhagavad Gita.

Ahimsa, ascèse ou liberté

Comme on le voit, tout est question de choix d’action, le plus en accord avec la conscience profonde.

Ahimsa est un choix délibéré, un acte conscient, une responsabilité personnelle. Ce Yama (restriction) est une ascèse ou une sadhana (pratique du yoga).

D’un côté, il peut être perçu comme restrictif par le Sadhak (yogi), puisqu’il s’agit de refreiner une tendance innée.

Mais de l’autre, vivre pleinement connecté à sa conscience profonde et «vivre en Ahimsa» de façon naturelle et spontanée, ressemble à la plus belle forme de liberté…

Comment connecter sa conscience profonde?

Se connecter à soi-même, c’est parvenir à se voir avec une distance bienveillante qui laisse de l’espace à une certaine forme d’indulgence et de patience, mais qui sait aussi reconnaître la nécessité d’un changement de comportement chaque fois que nécessaire.

Prendre conscience de ses manques, de ses frustrations, et se connecter à sa conscience profonde est possible.

  • par l’introspection,
  • la discrimination de la violence
  • et aussi par la méditation
  • mais encore: la prière, la confiance, l’ouverture aux autres, …

Ces pratiques nous aident à mieux nous connaître. Au fur et à mesure, nous devenons de plus en plus clairs, plus rapides et naturels dans nos choix, plus spontanés, plus justes. Nous nous connectons à nous-mêmes, nous sommes au plus vrai et au plus profond.

Les bouddhistes mentionnent très souvent l’ «interdépendance» des phénomènes. Nous sommes tous connectés les uns aux autres: mon bonheur dépend de celui des autres. Celui qui travaille sur sa conscience, influence forcément le reste de l’humanité…

Suis-je dans Ahimsa?

Certainement que dans vos vies vous avez déjà eu l’impression d’agir en parfaite harmonie avec une sagesse intérieure. Dans de telles occasions, même longtemps après, il ne demeure aucun doute par rapport à vos choix. Il demeure une impression paisible et heureuse d’avoir été au plus juste. Vous êtes en paix avec vous-mêmes.
Et ce, alors même que, vu de l’extérieur, votre attitude pourrait avoir été perçue comme violente.

Une certaine forme de violence – mais dans la conscience d’Ahimsa - a sa place, dans des contextes bien précis, tels que par exemple:

  • correction  (modérée, il va de soi) d’un enfant qui ne met plus de limite;
  • violence physique envers quelqu’un d’injuste, par exemple pour sauver des vies mises en danger. Parfois, ne rien faire est plus violent que d’agir, si on en a les moyens.

Certainement aussi, avez-vous le souvenir d’un malaise intérieur par rapport à la non-violence, pour ne pas avoir été à l’écoute de votre conscience.

Même après coup et si cela est possible, ce malaise peut être apaisé par une communication vraie avec les personnes en cause.

La communication non-violente

Un article précédent a traité de ce sujet. Bien se connaître et être à l’aise dans la communication est utile pour désamorcer des conflits sous-jacents ou déclarés. C’est aussi savoir prendre conscience ces schémas «violents» et destructeurs que l’on peut avoir soi-même (inconsciemment) mis en place.

Voilà, je vais m’arrêter là. J’espère que vous avez tenu bon à cette longue lecture, car ce sujet nous touche tous, de très près.

J’écrirai un peu plus tard le troisième et dernier volet sur Ahimsa. Ce sera Ahimsa: une histoire de soi à soi…

Source image: http://site.voila.fr/acp/aikido.html

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