Archives de la catégorie 'Philosophie'

mar 06 2010

Le corps subtil et ses Nadis

Publié par Michèle sous .Yoga, Philosophie

Après une première et brève introduction sur les Chakras (ici), cette année, j’aimerais approfondir tout ce qui touche au corps subtil:

  • Description
  • Liens directs avec la pratique du yoga

Les Nadis

Les textes expliquent que le corps subtil, ou corps énergétique, est fait de milliers de Nadis, canaux subtils ou énergétiques, équivalents des méridiens chinois. La densité de leur réseau est telle que tous les points du corps physique ont une correspondance dans le corps astral.

La tradition dénombre entre 72’000 et 350′000 canaux énergétiques qui forment une enveloppe maillée dans et autour du corps.  Généralement le niveau d’énergie des Nadis et Chakra principaux est bas . L’éveil de l’énergie subtile est ce que vise le yoga.  Pour cela, le yogi améliore la circulation de l’énergie (voir plus bas).

Swami Sivananda explique que dans les Nadis circule des courants psychiques, c’est une autre façon de parler de l’énergie vitale, Prana.

Rappelons que, selon la tradition indienne, la pensée précède la Création. En raccourci, notre corps, physique et subtil, est le résultat des forces de la pensée, cosmique, puis individuelle et différenciée. Notre corps EST pensée ou conscience…

Les Nadis sont eux-mêmes constitués de matière  qu’il n’est pas possible de voir à l’Å“il nu, pour le commun des mortels.

Le mot sanskrit “Nadi” vient de la racine “nad” qui signifie “mouvement”.

L’énergie, la Vie, Shakti, sont symbolisées par le mouvement. Les Nadis contribuent donc à faire circuler la vie en nous. Sans Prana, sans Nadis, le corps n’est qu’un objet inerte.

Le rôle des Nadis

On sait que les textes classiques du Hatha Yoga proposent un ensemble de techniques dont l’objectif  est l’éveil de la Kundalini, l’énergie dormante, à la base de la colonne vertébrale. Son déploiement, bien conduit, (et ce n’est pas un vain mot), permet d’expérimenter l’expansion de la conscience, le Samadhi, ou état supra-conscient.

La Kundalini monte alors dans le Nadi principal, Shushumna, qui est quasiment inactif, d’habitude.

Or, on dit que cette montée n’est possible – et sécuritaire – que si les nadis ont été purifiés, nettoyés, tout comme les chakras, qui sont des”carrefours” importants de nadis.

Comment purifie-t-on les Nadis?

Le travail de purification des Nadis se fait sur plusieurs plans. Sont concernés: tous les blocages, tant physiques que psychiques, y compris les émotions négatives (telles que la peur), qui sont inhibitrices.

Asanas: Le travail postural, bien que s’exerçant sur un plan différent et plus “grossier”, participe au travail sur les Nadis. La pratique provoque des déblocages subtils:

Par exemple, après une séance intense de posture, on peut ressentir pendant la détente, les soubresauts d’un membre. On m’a expliqué, (c’est sans garantie, mais cette explication me parle), que ça peut être Prana, qui passe à nouveau dans des canaux subtils, qui viennent d’être débloqués…

Cette séance de Hatha Yoga traditionnel vise spécifiquement la stimulation et le déblocage de l’énergie dans les Chakras et les Nadis.

Pranayama: Nadi Shodhana, la respiration alternée agit comme un grand purificateur des Nadis, et notamment d’Ida et Pingala. Le système nerveux est apaisé.

Tous les Pranayama agissent directement sur le corps pranique. Des séances de 20-30 minutes procurent des effets profonds qui peuvent déjà être ressentis pendant toute la journée. Les pratiques intensives sont plus longues encore, mais doivent être de préférence menées sous la guidance d’un enseignant confirmé.

Travail psychique:

Un travail intensif de plusieurs années, auprès d’un maître en yoga authentique, selon l’ancienne tradition du Gurukula, amorce un travail psychique profond. En parallèle des pratiques pures de Hatha Yoga, le yogi développe les qualités positives: Amour, compassion, contentement, … De cet apprentissage naît la relativisation des émotions contraires (peur, haine, colère, …) et leur atténuation progressive. On dit que ce travail, auprès d’un maître authentique, dure douze ans… c’est dire combien il y a de couches profondes à travailler…

C’est une sorte de Tabula Rasa. Le maître met le disciple face à ses limitations et lui fait découvrir une réalité différente. Le disciple prend alors progressivement conscience qu’il n’est pas ses émotions, ni ses conditionnements, auxquels il s’était pourtant identifié jusque là; mais que sa nature véritable est le Soi, empli de conscience, et infini…

Relaxation

La relaxation apaise le système nerveux. Nous verrons que ce dernier est en interelation étroite avec les Nadis. L’apaisement progressive libère le corps énergétique. Au lieu de disperser inutilement prana dans les tensions de tous ordres, pranamaya kosha (le corps subtil) se fortifie et s’épanouit. La conscience s’affine…

Le travail en Yoga Nidra est intéressant et très vaste. C’est une méthode qui, si elle est pratiquée avec un maître  en la matière, peut  soutenir le travail psychique.  L’intégration se fait dans les couches profondes de l’être.  L’exploration en Nidra comprend aussi celle du corps subtil.

A suivre prochainement:

  • Où prennent naissance les Nadis?
  • Quels sont les principaux Nadis?

Namasté

Source d’inspiration: Yoga de la Kundalini, Sri Swami Sivananda, Editions EPI, Intelligence du corps, 1973

2 réponses

fév 21 2010

Le Védanta et l’inconscient – Arnaud Desjardins (extraits)

Voici quelques extraits de la première partie du fameux livre A la recherche du soi. 3, Le vedanta et l’inconscient d’Arnaud Desjardin.

Je viens de retrouver ces extraits que j’avais recopiés sur du papier, il y a des années…

Qui suis-je?

Certains êtres ont établi une dictature en eux… Des êtres deviennent apparemment forts parce que tout le reste d’eux-mêmes, sans pitié, a été asservi au but d’une partie.

Le disciple en vous se conduit avec intelligence et sympathie pour tous les autres aspects de vous-mêmes. Que cela vous serve de critère. Si ce que vous prenez pour le disciple en vous n’a pas de sympathie pour tous les autres aspects de vous-même, ça ne peut pas être le disciple, et, s’il prend peur devant tel ou tel aspect de vous-même, il n’est plus du tout intelligent. La peur voile l’intelligence.

Ou bien vous entrez au Royaume des Cieux entiers ou vous n’y entrez jamais. Tout doit entrer au Royaume de Cieux, transformé… Donc, ce qui caractérise le disciple, c’est un seul But qui est tout le temps là en filigrane dans votre existence, dans le succès comme dans l’adversité, dans le calme comme dans les tempêtes.

Quand vous direz “je”, ce sera vraiment la totalité de vous-même qui sera incluse dans ce “je”… Le disciple doit devenir le roi de son royaume intérieur et, en même temps, le disciple doit avoir l’humilité du vrai roi qui se considère uniquement comme le représentant de Dieu sur terre. [...]

Une sentence du Bouddhisme commence. “Eveillé parmi les endormis”; [...] si l’on peut se tenir éveillé par la “vigilance”, apparaît comme une liberté, parce que les influences que je compare à celles d’un hypnotiseur, ne peuvent plus s’exercer.

Ce que les Hindous appelle Maya, [... l'Illusion], agit comme un hypnotiseur qui, ayant plongé l’homme dans le sommeil, lui donne des instructions que celui-ci se sent ensuite tenu d’exécuter sans comprendre quoi, pourquoi, comment, – sans conscience. [Ensuite Arnaud Desjardins prend l'exemple de l'éveil de la sexualité et de la libido chez le jeune homme. Le début de cette activité hormonale transforme totalement ses perspectives de pensée et d'action, dans l'espace de quelques mois...]. Quel exemple frappant de ce pouvoir que Maya exerce sur nous et qu’ensuite nous prenons à notre compte, comme si c’était librement que nous décidions des choses.

Si un être humain veille, est en état de vigilance, l’hypnotiseur ne peut plus rien sur lui. Les ordres sont là, mais il n’est pas tenu de les exécuter, ils n’ont plus de prise sur lui, parce qu’il est, au moins momentanément, éveillé.

Il n’y a pas de présence à Dieu sans présence à soi-même et il n’y a pas de présence à soi-même sans présence à Dieux. [...]

Le moine est un homme qui lutte contre son sommeil, qui lutte pour être en état de veille, jusqu’à l’Eveil définitif où il n’est plus nécessaire de lutter. Tandis que l’homme qui ne s’est jamais ouvert à ce genre de vérités, ne lutte absolument pas; une force le maintient dans le sommeil, il s’y abandonne de tout son coeur et il “rêve”… Il obéit aux ordres de l’Hypnotiseur.

Je vais vous dire en quoi consiste la Lila [le Jeu Divin de la Création], c’est un jeu très intéressant dans lequel les gens que l’on a plongé dans le sommeil, doivent réussir à se  réveiller.[...]

La première suggestion de cet Hypnotiseur, c’est de vous faire oublier complètement votre Véritable Nature [...]. Le Disciple est partagé entre la peur et une profonde attirance. La Voie est une déshypnotisation. [...] Au lieu d’avoir leur mental pour maître, certains, un jour, choisissent comme maître un être libre [...].

L’Hypnotiseur se présente sous la forme de la multiplicité. [...] Essentiellement, vous êtes un, l’éveil est le retour à cette unité [...].

Source image: http://www.revivre.be/

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jan 07 2010

Swami Satyananda Saraswati s’est éteint

Swami Satyananda Saraswati s’est éteint à ce monde : le Swami a quitté son corps à minuit le 5 décembre 2009.

Développer le spirituel en soi, c’est libérer la force créatrice.

Swami Satyananda Saraswati

Swami Satyananda naquit en 1923 à Almora, au pied des Himalayas. Elevé dans une famille de hauts fonctionnaires au service de l’Empire Britannique, il fit de brillantes études universitaires. Ses proches le voyaient réussir dans une carrière politique et littéraire.

Mais très jeune il avait connu des expériences intérieures. Il partit en quête d’un maître qui pût les lui expliquer.

La rencontre avec Swami Sivananda à Rishikesh décida de son destin en l’orientant vers la vie spirituelle. Devenu sannyasin à 20 ans, il travailla sans relâche à l’ashram de son maître pendant les 12 années qui suivirent.

Après quoi, il prit la route en moine errant, sur les grands chemins de l’Inde. Il s’installa à Munger et y fonda en 1963 l’International Yoga Fellowship Movement, puis en 1964 la Bihar School of Yoga (Bihar, Inde). Au cours de vingt années qui suivirent, il voyagea à travers le monde et écrivit plus de 80 livres sur le yoga.

En 1974, le titre de Paramahamsa, décerné par ses pairs, le consacra comme l’un des maîtres les plus éminents de l’Inde. Swami Satyananda était considéré comme un éminent spécialiste du Yoga et du Tantra.

En 1987, il créa Sivananda Math, une organisation charitable pour le développement rural, et une organisation de recherche appelée “Yoga Research Foundation”.

Depuis 1988, Paramahamsa Satyananda s’était retiré de toutes les organisations et vivait sa sadhana (pratique yoguique et spirituelle), tel un Paramahamsa Sannyasin éclairé.

Ses responsabilités ont été reprises par Swami Niranjanananda (1960), président de la Bihar School of Yoga depuis 1983. En 1993, il succéda à Swami Satyananda comme Précepteur.

Son enseignement

Swami Satyananda Saraswati expliquait que, si la tête, le coeur et les mains ne fonctionnent pas harmonieusement, la vie est sans répit et pure agitation. Cette agitation peut s’exprimer sur le plan mental, émotionnel, physique ou même spirituel… Bien que ses manifestations soient légions, elle a toujours pour résultat la destruction de la  paix intérieure.

Les pratiques développées par Swami Satyananda Saraswati et la Bihar School of Yoga visent à harmoniser tous les plans de la vie humaine et à expérimenter le yoga et la spiritualité, par la pratique personnelle.

Son enseignement a permis de réactualiser d’anciennes techniques yoguiques, telles que le yoga nidra, le kriya yoga et de nombreuses pratiques de méditation. Son enseignement aborde les postures d’une façon quasi scientifique, en donnant la marche à suivre, les effets et les contre-indications des différentes postures ou asana et des autres exercices du hatha yoga, les respirations ou pranayama, les verrouillages de l’énergie ou bandha et les gestes psycho-physiques ou mudra. Cette approche a donné naissance à des ouvrages-clés du yoga.

Ses livres

Certains des livres de Swami Satyananda Saraswati figurent parmi mes principales références:

Asana, Pranayama, Mudra, Bandha de Swami Satyananda

Explication des 3 séries de pawan muktasanas (mouvements) et de 150 postures, avec précisions sur la concentration, contre-indications, effets curatifs et spirituels. Exposé sur le pranayama, progressions et précautions. Description des mudras, des bandhas et des shat karmas, les nettoyages du yoga. Ce livre est considéré comme un manuel de référence en ce qui concerne les techniques du Yoga Satyananda.

Yoga Nidra, Swami Satyananda de Swami Satyananda

Exposé théorique et pratique sur la technique du yoga nidra (relaxation et méditation en position allongée). Cette pratique installe détente physique, émotionnelle et mentale, permet de travailler sur soi, procure les moyens de purger le subconscient des impressions négatives et d’y insuffler un élan positif. Description précise de 5 niveaux d’exercices.

Hatha Yoga Pradipika de Swami Satyananda

Commentaires de Swami Satyananda sur un texte classique présentant l’ensemble du hatha yoga.

D’autres de ses ouvrages comme Tattwa Shuddhi (la purification des éléments), Propos sur la Liberté (commentaires des Yoga Sutras de Patanjali) et Méditations Tantriques (présentation d’environ 20 techniques) sont eux aussi très intéressants.

Ces livres sont disponibles ici.

Principale source et lien utile : http://www.yogasatyananda-france.net/

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sept 14 2009

Les “enveloppes” de la conscience individuelle du yogi

Pendant 2 ou 3 articles, j’aimerais aborder le yoga d’un autre point de vue: celui des différentes “enveloppes”, coquilles ou corps qui nous composent. Cette approche passionnante peut contribuer à approfondir la pratique yogique…

Concepts védantiques

Selon la philosophie du Vedânta, à l’origine était la Pure Conscience, l’Absolu, Brahman, l’Âtman (qui ressemble beaucoup au Purusha du Sâmkhya). Puis Mâyâ (équivalent de Prakriti) a émané de Brahman, sans lequel elle n’a pas d’existence propre. Elle est la cause initiale, l’énergie créatrice et de transformation, l’origine de l’Univers. Elle est le mouvement perpétuel et éphémère auquel est lié le cycle de la vie et de la matière. Les Védantins ne mâchent pas leurs mots: elle est pour eux tout simplement la “Grande Illusion”… Selon la cosmogonie védantique, l’univers matériel est le résultat d’une projection tout d’abord extrêmement subtile d’énergie, puis progressivement densifiée, jusqu’à la matière. Ses limitations sensorielles et mentales ne permettent pas à l’Homme de percevoir l’Âtman, véritable nature de l’Univers; il ne peut en avoir que la connaissance intuitive, car Sa compréhension dépasse son entendement.

Les Kosha, les “enveloppes” de l’âme

Les Kosha sont exposés dans la Taittirîya Upanishad. Kosha signifie en sanskrit enveloppe, revêtement, gaine ou voile. La densification de la création a nécessité plusieurs adaptations de l’énergie et de la conscience, en fonction de la nature des différents plans traversés:

  • Ainsi, l’énergie originelle est pure, impalpable sur le plan terrestre. Puis sur un plan intermédiaire, elle devient son, lumière, vibration. Lorsqu’elle atteint les plans les plus grossiers, elle se matérialise: elle devient matière, composée des 5 éléments (éther, air, feu, eau, terre).
  • Cela s’applique aussi à l’”âme” (Jîvâtman ou conscience individuelle) qui descend des plans subtils, jusqu’aux plans grossiers. C’est un peu comme si cette descente vers l’existence terrestre, rendait nécessaire la création d’”habits”, de fonctions, de véhicules, pour permettre à la conscience individuelle d’interagir sur les plans énergétiques traversés.

C’est ce phénomène qui explique l’existence des Kosha (enveloppes). Voici une autre explication imagée des Kosha:

Une pièce est dans le noir le plus total. L’observateur ne peut y voir que l’obscurité. Dans cette pièce, il y a pourtant une lanterne; mais elle est recouverte par de nombreux voiles, qui ne laissent pas passer la lumière. L’Homme est ainsi pareil à la lanterne. Il est recouvert de cinq voiles – ou Kosha – superposés. En son centre le plus secret, brille la lumière de l’Âtman, l’âme individuelle, pure et identique à l’Atman universel. Mais ses sens physiques ne lui permettent pas de voir sa véritable nature. Au contraire: ses sens le poussent à se projeter dans le monde extérieur matériel. A l’image de la lanterne ci-dessus, pourtant allumée, l’Homme ne peut voir, ni être conscient, de sa propre lumière…

Les Kosha cachent à l’humain sa véritable nature. Le Yogi entame un retour à la source, en perçant un à un les voiles, par sa conscience:

  • Il sait que plus il se concentre sur la matière, plus la source, l’Atman, est masquée;
  • plus il retourne à l’intérieur et se connecte à sa nature véritable, au-delà des Kosha, plus il s’en rapproche.

En fin de course, le Yogi fait l’expérience de la source lumineuse à l’intérieur… Le Jîvâtman (âme individuelle), qui aspire à la libération, fait le chemin inverse à celui de la projection lors de la création de l’Univers. Il remonte, à contre-courant, dans les Kosha, du plus grossier au plus subtil, et finalement les dépasse. Cette tâche est extrêmement difficile: au lieu de se projeter dans le monde extérieur, dans le «faire» et l’«avoir», le Yogi rentre à l’intérieur de lui-même, apprend à se connaître et à «être», jusqu’à retrouver en lui l’Unité dans l’Atman. Et c’est cela que le yogi vise, lorsqu’il pratique les différentes techniques du Yoga… (à suivre) Image: http://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxie

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juin 04 2009

Introduction au Tantrisme (3)

Publié par Michèle sous .Yoga, Philosophie

Voici la suite de cette introduction au tantrisme, que je propose à travers des extraits du livre Tattwa Shuddhi de Swami Satyasangananda.

Pour stimuler l’évolution du mental et orienter sa transformation, l’auteur propose de se tourner maintenant vers la pratique du tantra et du yoga. “Leurs exercices visent à accélérer le mouvement qui permet à l’énergie de se libérer de la matière et de manifester la pure conscience originelle, source de toute connaissance.”


Shiva Shakti

Le but du tantra

“Le mental dont nous faisons usage dans la vie quotidienne pour la perception et la connaissance agit ordinairement à travers les sens. Mais si nous opérons un retrait sensoriel, si nous ramenons le mental vers l’intérieur, nous vivrons l’expérience d’un mental élargi. La matière séparée de l’énergie va pouvoir libérer celle-ci, le principe de shakti, qui va s’unir à shiva. C’est la conjonction de shakti (l’énergie) et de shiva (la conscience), qui va amener une perception homogène. Tout comme un fleuve qui, se jetant dans l’océan, perd ses rives et ses contraintes, de même, le mental fini s’élargit en un mental cosmique ou infini, pour devenir récepteur et transmetteur de la vérité. De ce phénomène, résulte l’explosion d’énergie où la conscience inhérente s’affranchit de la matière. On peut le comparer à l’expérience de la kundalini, un thème qui a toujours été au cÅ“ur du tantra. [...] Dans le tantra, Shiva est la conscience inconditionnée, le témoins silencieux qui réside en chacun de nous. Il existe une différence entre le tantra et la plupart des autres philosophies: ces dernières imposent de nombreux réfrènements dans la vie de l’aspirant, elles exigent une adhésion stricte aux règles; le tantra au contraire laisse s’exprimer la personnalité de tout un chacun, indépendamment de son niveau d’évolution. Selon le tantra, que vous soyez sensuel ou spirituel, athée ou croyant, que vous soyez fort ou faible, riche ou pauvre, il existe pour vous un chemin: à vous de le découvrir. Tel est le but du tantra: il ne s’agit pas de sexualité occulte, de magie noire, ni de l’acquisition de siddhis (pouvoirs psychiques), ni de mode de vie licencieux. [...]”

Le Tantra: un chemin libéral pour affranchir le mental

Les tantriques ont expérimenté diverses voies et méthodes. “Selon eux, tous les hommes ne peuvent pas suivre le même chemin, parce que chaque personne se situe à un niveau différent d’évolution. Comme le dit le proverbe: “Ce qui est bon pour l’un est un poison pour l’autre.” Les tantriques prennent en compte la nécessité d’offrir un chemin spirituel particulier à chacun, qu’il s’agisse d’un jouisseur effréné, d’un profond philosophe ou d’un yogi en plein essor.

Ils ont expérimenté des méthodes qui, aux yeux des profanes, peuvent paraître extrêment grossières. Il fut un temps où l’on présentait comme des exercices la méditation à côté d’une femme nue, ou près d’un cadavre, pour ne citer que ceux-là!” Ces exercices ont suscité des incompréhensions et du jugement. Certains invoquaient des méthodes qui ne seraient que des prétextes à des permissivités éloignées de l’expérience spirituelle. “Cependant, la sincérité et la constance qui caractérisent le tantrique révèlent une toute autre perspective. S’il se livre à des expériences sexuelles licencieuses, etc. [...], ce n’est pas l’acte qu’il faut juger, mais l’intention du sujet, son attitude et le sens qu’il confère à ses pratiques. [...] On ne doit pas le juger sur la base de ses actions, mais sur la base de ses motivations. C’est la différence essentielle entre un tantrique et un individu tout à fait ordinaire qui pratique la même chose peut-être, mais uniquement en vue de la jouissance sensuelle et des profits matériels.

Par ces méthode, un tantrique fait exploser systématiquement la puissance force potentielle de l’énergie qui est en lui. Passion, peur, haine, amour, colère, et ainsi de suite, sont des forces énergétiques et il les rencontre face à face. Correctement domptées, ces forces peuvent frayer la voie à de nombreuses expériences d’ordre supérieur. [...] La vaillance d’un tantrique se révèle dans sa capacité à n’être pas renversé. Il ne se laisse pas envahir par l’expérience, il n’est pas non plus taraudé par la peur. [...]

Que sont les peurs et les passions, sinon des manifestations d’énergie? Les émotions que nous éprouvons dans la vie quotidienne ont de quoi perturber le mental. [...] Qu’arrivera-t-il si votre mental est confronté à la force totale de la peur et d ela passion qui existe à l’intérieur de vous? Serez-vous en mesure de maîtriser la situation? Le tantrique, quant à lui, est capable de faire exploser l’expérience depuis l’intérieur de son inconscient; il est capable de maîtriser cette puissante force du dedans et de la convertir en une force plus grande et plus subtile qu’il peut lui-même diriger à volonté.

Cependant, on a constaté que ces pratiques avaient pour effet de susciter des expériences “renversantes” – des réactions qui trouvent leur origine dans les dimensions inexplorées du mental et que l’individu ordinaire est incapable de soutenir. Aussi les tantriques ont-il développé d’autres exercices susceptibles de guider l’aspirant petit à petit et en douceur grâce à des pratiques graduées, ajustées à ses capacités. On réserve les pratiques extrêmes à ceux qui font preuve de force et de détermination face aux énormes raz-de-marées de l’inconscient. Ces techniques douces, destinées à préparer le terrain pour des pratiques avances, ont pour nom hatha yoga, kriya yoga, japa, et tattwa shuddhi.”

Source: Tattwa Shuddhi : La pratique tantrique de la purification intérieure, Swami Satyasangananda, Editions Satyanandashram France.

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