Archives de la catégorie 'Sagesses du monde'

déc 10 2009

Histoire de la reine Tchoudala: La Pierre Philosophale (10)

Publié par Michèle sous Sagesses du monde

Voici la suite de l’histoire de la pierre philosophale (voir ici le début). Le Brahmachari explique au roi en quoi il est semblable à l’homme riche qui n’a pas su reconnaître la pierre philosophale, pourtant à portée de main…

Tchoudala (le Brahmachari) dit:

Je vais t’expliquer ce qui est encore obscur dans cette histoire, afin que tu puisses le contempler à loisir comme une fresque peinte à l’intérieur de ton esprit. Cet homme versé dans toutes les sciences, c’est toi-même, ô roi! Les sciences n’ont pas plus de secret pour toi [...], mais tu es aussi peu capable de te reposer dans la connaissance de la véritable réalité qu’un rocher capable de demeurer suspendu en l’air.

La pierre philosophale, mon cher, n’est pas autre que le sincère renoncement à toute chose (sarva-tyaga). Par lui, on accède à la toute puissance. Si tu le réalises à la perfection tu connaîtra le Soi, et le monde perdra alors toute emprise sur toi.

Tu as abandonné ton royaume, tes richesses, ton épouse, comme Brahma, à l’approche de la nuit cosmique, cesse d’oeuvrer à la création du monde. Tu t’es enfui loin de ton pays, pour te retirer dans cet ermitage, comme l’oiseau Garuda s’est réfugié aux confins de l’univers avec la tortue, sa proie (pour l’y dépecer) tranquillement.

Il n’y a qu’une chose que tu aies oublié d’abandonner: la pensée du “moi” (aham-mati): ainsi le vent chasse-t-il du ciel toute impureté à l’exception de lui-même. Aussi longtemps que le renoncement, chez toi, ne sera pas complet, tu seras assailli de doutes à ton sujet, comme le ciel est obscurci par les nuages.

Tu t’es mis à penser que le renoncement ne pouvait constituer à lui seul la grande félicité mais qu’il préparait seulement à quelque chose d’autre et de plus élevé, qu’on ne pouvait obtenir qu’au terme de longs efforts. Celui qui abrite en son coeur de telles pensées ne peut prétendre avoir atteint le détachement absolu: l’arbre que le vent agite, comment pourrait-il être immobile?

L’esprit (tchitta) – encore appelé “intention” ou “volonté” (samkalpa) – est fait des pensées ou préoccupations (tchintâ). Aussi longtemps que les pensées continuent à se déployer, comment prétendre que cet esprit a été lui-même abandonné?

A l’instant même où intention et volonté se sont manifestées en toi, le renoncement t’a quitté, comme une troupe d’oiseaux qui s’envolent à tire-d’aile au moindre bruit. Avec le trésor de l’absence de pensées, c’est le renoncement lui-même que tu as laissé échapper. L’invité qu’on a laissé repartir sans l’avoir dûment honoré, quels malheurs n’attirera-t-il pas sur la tête de son hôte! (1) Après qu’eut disparu la pierre précieuse du renoncement total, ta volonté a jeté les yeux sur le morceau de verre coloré par l’ascèse (tapas). Ta pensée a été fascinée par cette malheureuse ascèse, née d’un malentendu, comme un enfant prend pour une réalité le reflet de la lune dans l’eau.

Parce qu’il ne s’attache pas à ce qui est au-delà de toute représentation, l’exercice de l’ascèse devient une tâche sans fin et chargée elle-même de représentations. Viciée de part en part, l’ascèse n’apporte que du malheur. Celui qui rejette une félicité sans limite et (de surcroît) facile à obtenir, pour se tourner vers quelque chose de limité et de difficile à obtenir, est un véritable suicidé spirituel.

Tu t’es tourné vers le renoncement, mais sans l’accomplir jusqu’au bout. Tu ne connais que la misère de l’ascèse et la solitude au milieu de cette forêt. Le froid, le vent, la chaleur et les autres intempéries ne font qu’ajouter à tes soucis. Pour ceux qui ne sont pas de véritables “connaissants”, le séjour dans la forêt est la pire des captivités.

Tu croyais avoir trouvé la pierre philosophale. Tu n’as même pas trouvé un morceau de verre coloré!

A suivre…

******

(1) L’hospitalité est un devoir fondamental dans la culture indienne.

Source:
Sept récits initiatiques tirés du Yoga-Vasishtha, traduit du sanskrit par Michel Hulin, Editions Berg International, Collection L’autre rive, 1987

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déc 06 2009

Histoire de la reine Tchoudala: La Pierre Philosophale (9)

Publié par Michèle sous Sagesses du monde

Voici un nouvel épisode de l’histoire de la reine Tchoudala (voir ici partie 8). Les quelques prochains articles à ce sujet se présenteront sous forme de paraboles d’enseignement au roi.

Ce récit est celui de la réalisation spirituelle d’un couple royal. La Reine Chudala a déjà atteint la Connaissance suprême et suit avec bienveillance l’évolution de son époux… qui ne souhaite pas recevoir d’enseignements de sa femme, n’ayant pas perçu le degré de réalisation spirituelle de cette dernière… Le roi s’est retiré en ermite dans la forêt depuis des années. La reine Chudala désirant conduire le roi à la Connaissance de la Vérité, entre en contact avec lui sous la forme d’un jeune et sage Brahmachari (1). Cette première histoire est un de ses enseignements au roi.

Tchoudala (le Brahmachari) dit:

Il était une fois un homme qui réunissait en sa personne les qualités pourtant si contradictoires, de la richesse et de la vertu. Il était versé dans les arts et les sciences et savait se conduire dans le monde mais il ne connaissait pas le but ultime de l’existence.

Semblable au (volcan sous-marin) Vâdava qui s’efforce d’assécher l’océan, il avait entrepris la quête bien difficile de la pierre philosophale. (2) Or le hasard voulut qu’après maintes tentatives, il y parvint un jour.

Il aperçut une pierre gisant sur le sol à ses pieds. Il n’avait qu’à tendre la main pour le saisir. C’est alors qu’il fut gagné par le doute. Incrédule comme un pauvre hère soudain investi de la fonction royale, il se mit à réfléchir: “Est-ce ou n’est-ce pas la pierre philosophale? Peut-être va-t-elle disparaître à l’instant même où je la toucherai? Il n’est sûrement pas possible de mettre la main sur cette pierre aussi facilement. La tradition affirme qu’on ne l’obtient qu’à la fin de toute une vie d’efforts! Pourquoi le destin me ferait-il spécialement à moi une aussi grande faveur? Mon ascèse est de modeste envergure. Comparé à un véritable renonçant, je ne suis qu’un pauvre homme. Comment tous ces pouvoirs magiques (siddhis) pourraient-ils échoir à un individu comme moi qui ne mérite que des malheurs?”

Il hésita ainsi longtemps, examina la pierre sous toutes ses faces sans jamais se décider à la prendre dans sa main. Et soudain, la pierre mystérieuse disparut: les pouvoirs magiques abandonnent celui qui les dédaigne, aussi vite que les flèches quittent la corde de l’arc.

L’homme se remit en quête de la pierre car les gens obstinés ne renoncent jamais à ce qu’ils désirent obtenir. Un jour il aperçut, brillant au soleil, un morceau de verre coloré que des Siddhas avaient malicieusement déposé à son intention sur le bord d’un chemin. Il le prit pour la pierre philosophale, comme un ignorant prend pour de l’or un simple morceau de terre (jaunâtre). L’aveuglement change un huit en six, un ennemi en un ami, une corde en un serpent; il transforme la terre en eau (dans les mirages), dédouble la lune et fait prendre du poison pour du nectar. L’homme s’empara du morceau de verre. Croyant être en possession de la pierre philosophale, il abandonna tout son avoir.

“Mon pays – pensa-t-il – est sans charme, sauvage, inhospitalier. Que m’importe cette maison, ces parents et ces amis! Je m’en vais loin d’ici. Partout où j’irai, ma vie sera facile et agréable grâce à ce trésor!”

Et c’est ainsi qu’il partit à l’aventure avec le morceau de verre coloré pour seul viatique. A l’étranger il connut une misère proportionnelle à sa bêtise, aussi noire et immense qu’une montagne de plomb.

Le roi Shikhidhvadja demande alors au Brahmachari de lui expliquer en quoi il est semblable à cet homme.

Je vais t’expliquer ce qui est encore obscur dans cette histoire, afin que tu puisses le contempler à loisir comme une fresque peinte à l’intérieur de ton esprit. Cet homme versé dans toutes les sciences, c’est toi-même, ô roi! Les sciences n’ont pas plus de secret pour toi [...], mais tu es aussi peu capable de te reposer dans la connaissance de la véritable réalité qu’un rocher capable de demeurer suspendu en l’air. La pierre philosophale, mon cher, n’est pas autre que le sincère renoncement à toute chose (sarva-tyaga)…

A suivre…

******

(1) Brahmachari: Traditionnellement, le premier des quatre stades de la vie d’un homme hindou, celui de la jeunesse vouée au célibat et à l’étude. Par extension, celui qui respecte les voeux de Brahmacharya: célibat et abstinence en vue de l’élévation spirituelle.

(2) Équivalent approximatif pour tchintâ-mani, “joyau (procurant la satisfaction) des désirs”.

Source:
Sept récits initiatiques tirés du Yoga-Vasishtha, traduit du sanskrit par Michel Hulin, Editions Berg International, Collection L’autre rive, 1987

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nov 22 2009

Chevaux de l’Étang

En début de semaine, je vous partageais les photos de l’Étang du Moulin Neuf. En voici quelques unes des chevaux qui y paissent tranquillement. Ces Camarguais entretiennent l’herbe. De beaux jardiniers, n’est-ce pas?

Quelques citations accompagnent ces photos:

La Vérité n’a pas de sentier,
et c’est cela sa beauté:
elle est vivante!
Krishnamurti

Je le déclare tout haut à qui voudra Me croire:
N’aie de mot à la bouche qui ne soit dans ton cÅ“ur!
Kabir

Si vous êtes dans le maintenant, vous êtes dans l’Infini.
Swami Prajnanpad

Namasté

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nov 16 2009

L’Étang du Moulin Neuf

Dimanche matin, journée d’automne au soleil timide, Marc et moi sommes allés faire le tour de l’Étang du Moulin Neuf, promenade sur la commune de Plounérin (Côtes d’Armor), à proximité de chez nous.

Etang du Moulin Neuf: ponton au soleil d'automne

Voilà bientôt 2 ans que nous habitons la région… mais c’était la première fois que nous faisions cette promenade, qui nous a réjouis par sa beauté… L’envie me vient de vous partager des extraits du livre “Automne Hiver: L’année zen” d’Henri Brunel…

Le présent coîncide avec l’éternel.
Proverbe zen*

Marc dans les Bois de l'Etang du Moulin Neuf

Quel chemin surprenant, parfois rehaussé, parfois en plancher, parfois en granit. La proximité de l’étang, des bois, de la faune y est apaisante et émerveille le regard.

Etang du Moulin Neuf: Chemin de plancher sur la zone marécageuse

Etang du Moulin Neuf: Chemin sur la zone marécageuse

Seigneur, donne-moi le visage innocent
Du villageois, et la sérénité du brin d’herbe.
Emporte mon nom illusoire,
Cette idée de moi-même
Qui me garde séparé de toi.
Et noie-le dans l’océan de l’Amour
Kabir*

Etang du Moulin Neuf: feuilles couleur automne: hêtre jaune

La vie, la mort, tout est un, tout est bien.
Ce qui doit arriver arrive.
La sagesse trouve toujours un chemin.
Parole zen*

Etang du Moulin Neuf: feuilles couleur automne

Dogen écrit dans le Shobogenzo Uji:

Ainsi, nous devons comprendre qu’il y a dans le monde entier des myriades d’êtres vivants et des centaines d’herbes, et que chacun des êtres vivants, et chaque brin d’herbe est le monde entier. Avec ce savoir commence notre pratique”.*

Etang du Moulin Neuf: lande

Si nous ne savons pas “regarder”, nous ne voyons que l’apparence des choses…*

Etang du Moulin Neuf: pilotis

Nous ne connaissons de l’univers que ses insignifiances.*

Etang du Moulin Neuf: pilotis et soleil

Etang du Moulin Neuf: ponton inondé

Je confie mes traces aux nuages, à la fumée.
Tantôt je me mêle aux pêcheurs et aux bûcherons,
Tantôt je me réjouis avec des enfants
[...]
Le cœur est pur, les choses du monde entier sont toutes pures.
Je passerai le reste de ma vie avec la lune et les fleurs.
Ryokan*

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nov 01 2009

Le Jardin de la Vie

Publié par Michèle sous Sagesses du monde

La vie s’apparente à un jardin.
Les feuilles flétrissent et les fleurs se fanent naturellement.

C’est seulement si nous éliminons les déchets que nous profiterons pleinement de la beauté des nouvelles feuilles et fleurs.

De même, nous devons éliminer de notre esprit les expériences mauvaises, sombres du passé.

Vivre, c’est se souvenir d’oublier.

Pardonne ce qui doit être pardonné.

Oublie ce qui doit être oublié.

Embrasse la vie avec une vigueur renouvelée…

Nous devrions pouvoir accueillir chaque instant de la vie avec un regard neuf,
telle une fleur fraîchement éclose.

Ma Amritanandamayi

2 réponses

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