« Dans la pratique d’asana et de pranayama, nous devrions avoir l’impression que nous travaillons sur l’extérieur pour nous rapprocher de la réalité intérieure de notre existence. Cela est vrai. Nous travaillons de la périphérie vers le centre. Le corps matériel a une réalité pratique, qui est accessible. Il est ici et maintenant, et nous pouvons faire quelque chose avec lui. Cependant, nous ne devons pas oublier que la partie la plus intérieure de notre être tente aussi de nous y aider. Elle veut venir à la surface et s’exprimer.
Dans l’exemple de la posture du triangle (trikonasana), nous remarquons que, du fait de la relation de la posture avec notre anatomie, nous tombons tous dans les mêmes pièges. Notre corps semble essayer de s’effondrer en avant, en direction du sol. Notre corps ne veut pas s’ouvrir comme nous le voyons dans un asana parfaitement exprimé. Aussi, nous nous appliquons et apprenons les ajustements qui vont amener le corps entier à s’ouvrir. Nous étendons et nous redressons nos bras, allongeons la poitrine et ouvrons le pelvis. De plus, dans ce processus d’apprentissage appliqué, nous ouvrons également notre esprit et notre intelligence. Une ouverture est comme une embrasure de porte, et il n’existe pas de porte qui ne puisse être franchie que dans un sens. Oui, nous essayons d’entrer mais qu’est-ce donc qui essaie de sortir pour nous rencontrer? C’est la lumière de l’enveloppe la plus profonde, celle de la félicité (ananda), qui veut rayonner à l’extérieur. Normalement, nous sommes comme une lanterne dont les faces sont closes par des volets; notre lumière intérieure est invisible. Quand nous créons une ouverture, les volets sont écartés et la lumière de la lampe rayonne. »

B.K.S. Iyengar

La Voie de la Paix Intérieure, B.K.S. Iyengar, avec John J. Evans et Douglas Abrams, InterEditions-Dunod, J’ai Lu, 2005