« — Ne crois-tu pas, dit-il, à l’Unité du monde?
— J’y crois.
— Mais quoi! ne crois-tu pas à l’harmonie du ciel et de la terre?
— J’y crois. Comment, en effet, les plantes fleurissent-elles si singulièrement, comme sur un ordre de Dieu, quand il leur a dit de fleurir? Comment germent-elles, quand il leur dit de germer? Comment produisent-elles des fruits, quand il leur a dit d’en produire? Comment mûrissent-elles, quand il leur a dit de mûrir? Comment laissent-elles tomber leurs fruits, quand il leur a dit de les laisser tomber? Comment perdent-elles leurs feuilles, quand il leur a dit de les perdre? Et, quand il leur a dit de se replier sur elles-mêmes pour rester tranquillement à se reposer, comment restent-elles à se reposer? Puis, lorsque la lune croît ou décroît, lorsque le soleil arrive ou se retire, pourquoi voit-on sur la terre tant de changements, tant d’échanges des contraires? Et les plantes et nos corps se relieraient ainsi avec le grand tout et seraient en harmonie avec lui sans que cela fût plus vrai encore de nos âmes! Et nos âmes se relieraient et se rattacheraient ainsi à Dieu, comme des parties qui en ont été détachées, sans que Dieu s’aperçût de leur mouvement, qui est de même nature que le sien, et qui est le sien même! »

Epictète

Les Entretiens d’Épictète, chapitre I-14