Namaste!

Vous le savez peut-être, Isabelle et moi avons passé deux semaines en Inde en février, avec un groupe d’amis, essentiellement des enseignants de yoga (mais pas que). Nous nous étions donné rendez-vous à Allahabad, afin d’assister à la Kumbh Mela.

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Kumbha Mela 2019 – Allahabad

La ferveur de l’Inde, les rencontres avec les babas, dans un brouhaha permanent… et paradoxalement la sensation de moments de silence plein, au milieu de ce bruit, assis avec ces mêmes babas, dans leurs tentes plantées le long des longues allées de la Kumbh Mela. Ce sont des moments qui n’ont pas leur équivalent dans notre quotidien. Nous avons été propulsés dans une dimension différente… Les heures se sont égrainées sans que nous ne les voyons passer…

Il y a eu les bains, à la jonction du Gange, de la Yamuna et de l’invisible Sarasvati, et enfin la vie partagée avec notre beau groupe d’amis.

Nous sommes essentiellement restés en présence des Naga, de la « famille » des Giri, des babas qui, pour bon nombre vivent nus. Nous avons aussi rencontré des Udasin, et bien d’autres…

Tout cela me nourrit encore…

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Sources: Les quatre premières photo sont de moi. Les suivantes sont de William Pettineo (Shankar Giri) et celle du Muni (baba silencieux) est de Naomi Rossignol. Merci à eux!

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Ambiances de Varanasi 2019

Puis notre séjour s’est terminé à Varanasi (Bénarès).

Je retiens de Varanasi ses incroyables lumières aux nuances infinies, les Gaths que le Gange vient mouiller, la vie quotidienne dans les Gali, les ruelles étroites, l’effervescence des commerçants, l’intériorité de ceux qui se baignent dans le Gange… Il y a aussi la vie et la mort qui se côtoient: les familles qui répètent les rites funéraires au bord des Gath, les odeurs âcres des bûchers… Sans oublier la ferveur des pèlerins, les queues interminables qui mènent au temple de Vishvanath… Le pèlerinage commence et se vit déjà dans ces files d’attentes, dans lesquelles les indiens passent leur journée, au calme et dans le recueillement, ou parfois en chantant…

J’ai conscience des innombrables contradictions de l’Inde et des problématiques de ce pays. Jamais je n’y étais partie aussi brièvement, et pourtant, jamais je n’y ai été aussi intimement touchée.

Quels moments exceptionnels nous avons partagés là-bas… Il nous reste des souvenirs gravés à tout jamais en nous, des souvenirs qui vibrent encore sur le tapis de yoga… ainsi que le jour, et parfois même la nuit.

Michèle

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Puisque le mot « ferveur » est revenu dans ce bref compte-rendu, j’ai envie de terminer avec une citation de Jean Biès. La voici:

« L’enfant que l’Inde nous aide à devenir est un enfant qui tend à être plus adulte que les millions de gamins de trente à soixante-dix ans qui partout imposent leur loi, déversent sur le monde leurs contradictions et leurs incohérences, sont ensuite furieux que tout aille mal, édifient des sociétés et un destin de mort par lesquels il nous faut passer.

L’enfant que l’Inde fait naître en nous est celui de l’Evangile, qui est mort à son moi, à ses apparences, à ses illusions, à ses passions, à ses instincts, qui a fait le tour des choses et en a vu le fond, qui, ayant épuisé toutes les expériences, peut dire qu’il a mille ans sans rien avoir perdu des candeurs de l’enfant, dont il a gardé en outre le don d’émerveillement, la disponibilité, la présence au présent.

L’Inde nous apprend à devenir ce jeune vieillard qu’est le sage, en quittant nos puérilités et nos mesquineries, en rejetant nos modèles d’identification et nos projections, en remettant à leurs rangs de phantasmes nos désirs et nos peurs, nos bonheurs et nos peines, en prévoyant les conséquences de nos actes et de nos paroles, en nous voyant tels que nous sommes. Or, j’appelle adulte celui qui se connaît soi-même. »

Jean BièsLe livre de Jean Biès: Les chemins de la ferveur : Voyage en Inde>>
Quelques nouvelles de la Kumbh Mela et de Varanasi