Il y a quelques temps déjà est paru l’article sur Kapalabhati. Voici maintenant celui sur Bhastrika. Je préfère l’intituler « approche » car la pratique intensive de Bhastrika est extrêmement puissante. C’est un des exercices avec lequel les yogi cherchent à éveiller la Kundalini … à ne pas pratiquer à tord et à travers!

Bhastrika - Ardha Padmasana (demi-lotus)

Kapalabhati et Bhastrika ont des similitudes. Suivant les écoles, Bhastrika est un exercice qui peut être de « relativement doux » à… « très dynamique ». Ici, je vais décrire celui que j’ai appris bien sûr, sans occulter les autres approches. Ce Bhastrika est très dynamique et ne doit pas être pratiqué seul par des débutants. Le mieux est toujours d’apprendre un nouveau Pranayama sous la guidance d’un professeur compétent physiquement présent…

Bastrika, qu’est-ce que c’est, au juste?

Swami Sivananda, dans « Science du Pranayama » décrit Bhastrika de façon imagée:

« En sanskrit, « Bhastrika » signifie « soufflet de forge ». C’est une succession rapide d’expirations forcées. Tout comme un forgeron utilise son soufflet avec des gestes rapides, vous devez remuer l’air dans les poumons très rapidement. »

Plus loin, il ajoute:

« Bhastrika est un exercice très puissant: il combine Kapalabhati et Ujjayi. Commencez par pratiquer Kapalabhati et Ujjayi. Bhastrika vous paraîtra plus facile ensuite. Certaines personnes vont jusqu’au bout de leurs forces. Évitez cela. Vous transpirerez énormément. Si vous ressentez des vertiges, arrêtez et respirez normalement quelques fois. »

Concernant Ujjayi, André van Lysebeth précise qu’il ne s’agit que de l’ébauche d’un Ujjayi, avec très légère fermeture de la glotte. Il dit encore:

« Dans la pratique de Bhastrika, c’est l’ensemble de l’appareil respiratoire qui entre en action. La base de Bhastrika est donc la respiration yogique complète en trois temps, mais pratiquée avec la sangle abdominale contrôlée ».

Je rappelle ici Kapalabhati: Kapalabhati se pratique avec de petites expirations rapides et énergétiques, qui se succèdent « en rafale ». Entre deux expirations, l’inspiration se fait passivement:

  • Inspiration passive
  • Expiration active.

Bhastrika est un Pranayama plus dynamique encore, car cette fois-ci les deux phases de la respiration sont actives:

  • Inspiration active
  • Expiration active.

Description de Bhastrika

« Asseyez-vous en lotus (Padmasana »), le corps droit, la nuque et la tête dans le prolongement. Fermez la bouche. Puis inspirez et expirez rapidement 10 fois de suite comme le soufflet du forgeron. Dilatez et contractez sans arrêt. Quand vous pratiquez ce Pranayama, vous émettez un sifflement. L’adepte doit commencer par des expulsions rapides de l’air, se suivant l’une après l’autre dans un rythme intense. Lorsque vous avez accompli le nombre d’expirations requis, disons dix pour un cycle, prenez – après la dernière expiration – la plus profonde inspiration possible.

Retenez le souffle aussi longtemps que vous le pouvez. Puis expirez le plus possible et très lentement. Bhastrika s’achève avec la fin de cette profonde expiration. Reposez-vous un moment, après ce cycle, en respirant normalement quelques fois.Cela vous détendra et vous remettra d’aplomb pour commencer un second tour. […]

Le nombre d’expirations dépend de votre force et de votre capacité. N’allez pas au bout de vos forces. Certains étudiants font 6 cycles. D’autres 12.  »

Swami Sivananda, Science du Pranayama

Le Swami conseille de faire au moins 3 cycles d’affilée en tout. Pratiquer sans brutalité, c’est essentiel!

Apprentissage de Bhastrika

La posture assise préconisée pour pratiquée Bhastrika doit être des plus stables, afin de contenir toute montée d’énergie. Les textes classiques préconisent Padmasana, le Lotus. Ardha Padmasana, le Demi-Lotus (photo en début d’article) ou Siddhasana, voire Vajrasana (ci-dessous) peuvent aussi être employés.

Important: La colonne vertébrale doit rester droite et immobile pendant tout l’exercice. Les narines doivent être propres et dégagées.

Bhastrika Pranayama - Ardha Padmasana - demi lotus Bhastrika Pranayama - Vajrasana - posture de la Foudre ou du Diamant

Puis, effectuer des respirations avec la sangle abdominale contrôlée, aussi complètes que possible, puis accentuer l’expiration en contractant la sangle et accélérer le rythme sans réduire l’ampleur. L’accélération n’est pas une fin en soi. Elle doit être très progressive pour ne pas sacrifier l’ampleur de la respiration à la vitesse. Pendant Bhastrika, le léger blocage de la glotte (Ujjayi) produit un bruit caractéristique.

Après les respirations (au maximum après une minute), inspirer, retenir le souffle avec les trois Bandhas (les 3 verrous sont: Mula Bandha, Uddiyana Bandha, Jalandhara Bandha; il y a des articles à leur sujet sur le blog). Retenir aussi longtemps que possible et confortable. Puis inspirer un tout petit peu avant d’expirer LENTEMENT, régulièrement et à fond. Il est important de n’avoir pas exagéré le temps de rétention pour que l’expir ait ces qualités.

Pendant la rétention, André van Lysebeth juge essentiel de se concentrer sur le Muladhara Chakra (chakra racine en bas de la colonne vertébrale). De là, j’ai appris à remonter la conscience progressivement le long de la Sushumna, jusqu’au Sahasrasra Chakra, au sommet de la tête. Personnellement, je préfère cette seconde pratique.

NB: Certaines écoles ne font pas de rétention du souffle poumons pleins après Bhastrika. Ne jamais forcer sur la durée des rétentions.

Variantes

Toujours selon Swami Sivananda:

« Après avoir inspiré et expiré rapidement 20 fois, inspirez par la narine droit, retenez le souffle aussi longtemps que confortable, puis expirez par la narine gauche. Inspirez par la narine gauche, retenez le souffle comme précédemment, puis expirez par la narine droite.

Répétez OM mentalement avec dévotion (Bhava) et le mental concentré sur le sens du Mantra, pendant la durée de toute la pratique. »

Il ajoute encore que ceux qui souhaitent pratiquer intensément doivent se nourrir sur une base végétarienne (riz/lentilles) et pratiquer un lavement intestinal le matin avant de commencer. [Il s’agit de prescriptions yogiques pour des Sadhana (pratiques) intensives].

ll existe d’autres variantes comme le Bhastrika en respiration alternée, qui nécessite avant tout une bonne pratique préalable du Bhastrika de base:

Inspirer par la narine gauche
Expirer par la narine droite
Inspirer par la narine droite
Expirer par la narine gauche, etc.

Pratiquer plus lentement, surtout au début!

NB: C’est cette description de Bhastrika que l’on retrouve dans la Hatha Yoga Pradipika.

Effets de Bhastrika

Bhastrika provoque une hyperventilation. C’est donc un exercice à manipuler « avec des gants », surtout au début.

On rejette d’importantes quantités de CO2 pendant les expirations. La rétention qui suit, permet de rétablir le niveau normal de CO2 dans le corps. Entre temps, la respiration cellulaire a été accélérée, ce qui produit une revitalisation de l’organisme.

Toujours selon « La science du Pranayama »:

Effets sur le corps physique

Bhastrika soulage les inflammations de la gorge; augmente le feu gastrique; détruit le flegme; guérit des maladies du nez et de la poitrine. Il supprime l’asthme, la phtisie, etc. Il donne de l’appétit.

Effets sur le corps énergétique

Bhastrika purifie les Nadis de façon considérable. C’est le plus bénéfique de tous les Kumbhakas [technique de rétention du souffle].Vous devriez le pratiquer spécialement pour faire monter le Prana [l’énergie vitale] dans la Sushumna [le Nadi ou méridien central et principal, le long de la colonne vertébrale] et briser les trois Granthis ou noeuds qui bloquent l’énergie. Bhastrika réveille la Kundalini très rapidement. […]

Effets du point de vue ayurvédique

Il supprime tous les maux provenant d’un excès de gaz [comprendre: tous les excès Vata au sens large], de bile [les excès Pitta au sens large]et de flegme [tous les excès Kapha]. Il réchauffe le corps. Lorsque vous n’avez pas de vêtements assez chauds pour vous protéger dans une région froide, pratiquez ce Pranayama. Vous ferez vite monter la chaleur de votre corps.

[NB: Une pratique excessive de Bhastrika a tout de même tendance à augmenter Vata et Pitta].

Contre-indications

Elles sont les mêmes que pour Kapalabhati:

  • Grossesse
  • Pas de pratique excessive en cas de stress ou de fatigue: Vata s’en retrouve exacerbé. Une pratique justement dosée augmente le niveau d’énergie global.
  • Capacité respiratoire diminuée
  • Problèmes d’oreilles (otites, …) ou d’yeux (décollement de la rétine, glaucome)
  • Tension artérielle excessive ou insuffisante
  • Ne pas pratiquer Bhastrika si le nez se met à saigner ou si le sang commence à battre dans les oreilles ou qu’elles deviennent douloureuses, qu’elles bourdonnent, …
  • Convalescence.

Sources et biographie

La Science du Pranayama, Swami Sivananda. Le livre existe en ligne, en anglais: The Science of Pranayama
Pranayama la dynamique du souffle, André Van Lysebeth, Editions Flammarion