Le Bhakti Yoga, ou « yoga de la dévotion » est souvent présenté comme une voie très indienne et un peu hermétique pour les Occidentaux. Et pourtant, il s’agit universellement de la Voie du cœur, de la confiance en la Vie, de la Voie de l’Amour qui relie tout…

Considération ayurvédique de printemps

Yamuna - Gopalakrishna médite

Cela peut sembler une considération prosaïque… et pourtant… les pratiques yogiques, quelles qu’elles soient, comme toutes nos autres activités d’ailleurs, agissent sur notre équilibre. Voici donc une réflexion sur la Bhakti en regard de la saison printanière…

Au printemps, on connaît des symptômes Kapha, tels que :

  • la tendance à la fatigue ; une baisse du système immunitaire;
  • il y a le changement de température et ses bouleversements qui accompagnent le réveil printanier;
  • l’hiver a développé une tendance à l’intériorité,  au repli sur soi, à la fermeture, voire à la dépression.

Le Yoga de l’ouverture du cœur et de la Joie Intérieure, le Bhakti Yoga, redonne cette énergie douce d’ouverture, tranquille, paisible et heureuse, dans le lâcher-prise de nos tensions intérieures et l’abandon à ce qui nous dépasse.

Le Bhakti Yoga

Bhakti Yoga Marga

« Le mot bhakti vient de la racine bhaja (ou bhaj) qui signifie adorer, servir, aimer, être dévoué. En yoga, bhakti désigne l’état ressenti lorsque les qualités d’anahata chakra, le cœur psychique, s’expriment dans la réalité vécue. Le bhakti yoga est la voie qui permet d’atteindre cet état. » [1]

Le Bhakti Yoga est l’une des cinq voies principales du Yoga ou « Yoga Marga ». Ces 5 voies sont des voies de réalisation de l’essence de l’être, des moyens proposés pour le chercheur sincère souhaitant trouver des réponses aux questions transcendantales. Cette essence de l’être, en Yoga, on l’appelle souvent le « Soi ».

On considère souvent que le Bhakti Yoga est la voie du lâcher-prise, puisque le Bhakta s’en remet complètement au Divin, tel le petit du chat, qui peut s’abandonner pour se laisser transporter par sa mère (lire cet article sur cette image), par opposition au petit du singe, qui doit s’agripper à sa mère pour ne pas tomber.

Dans un des grands textes traditionnels indiens expliquant le Bhakti Yoga, celui intitulé les Bhakti Sutras selon Narada, on lit :

« Maintenant, par conséquent, nous enseignons la Bhakti, ou la Religion de l’Amour divin.

La Bhakti est un amour intense pour Dieu.

En soi, cet amour divin est une félicité immortelle.

En l’obtenant, un homme devient parfait, immortel et à jamais satisfait. En l’obtenant, un homme ne désire rien d’autre ; il ne s’afflige plus, est libre de la haine ou de la jalousie ; il n’éprouve pas de plaisir dans les vanités de la vie et perd tout désir de gagner quelque chose pour lui-même.

Le dévot peut devenir d’abord ivre de félicité.

Ensuite, ayant réalisé Cela, il devient inerte et silencieux et ne trouve plus son plaisir qu’en l’Atman [le Soi, Dieu ou la Conscience Suprême]. » [2]

Dans la Bhagavad-Gītā, Krishna enseigne les différentes voies du Yoga à Arjuna. Il y explique entre autre le Bhakti Yoga :

« Celui qui, voué au yoga, est pur, maître de soi, tient ses sens soumis, pour qui son âme se confond avec l’âme de tous les êtres, même s’il agit, il n’est point souillé.

L’adepte du yoga est fondé, en vérité, à estimer qu’il n’agit pas. Qu’il voie, qu’il entende, qu’il touche, qu’il sente, qu’il mange, qu’il marche, qu’il dorme, qu’il respire, qu’il parle, qu’il lâche ou qu’il appréhende, qu’il ouvre ou ferme les yeux : tout cela, ce sont pour lui les sens réagissant au contact des objets sensibles. Celui qui, fondant en Brahman tous les actes, agit en plein détachement, le péché ne s’attache pas à lui pas plus que l’eau à la feuille du lotus. Le corps, le manas (organe central de perception qui se superpose au cinq sens), l’esprit, les sens mêmes ainsi parfaitement dégagés, les yogins, agissant en dehors de tout attachement, travaillent à la purification intérieure.

Celui qui pratique le yoga s’affranchit du fruit des actes et atteint la paix immuable ; celui qui ne la pratique pas, attaché au fruit sous la poussée du désir, demeure lié. »

Bhagavad Gita, chapitre 53 [3]

Navavidha Bhakti – les neuf modes de dévotion

Temple indien aux alentours de Vrindhavan

La tradition hindoue est de nature très dévotionnelle. C’est une voie qui, si on se limite aux formes, est culturellement très différente de ce qui se vit en Occident. Et pourtant, il vaut la peine de se pencher sur les modalités d’expression de cette Bhakti, car si l’on sait les entendre, on s’aperçoit qu’elles dépassent le contexte culturel et religieux. Il y en a neuf, selon le Bhagavata Purana :

  • Shravana ou satsang – Écoute des discours spirituels et chants dévotionnels
  • Kirtana – Chanter ou parler de Dieu
  • Smarana – Se souvenir de Dieu
  • Padasevana – Service « au pied des Saints »
  • Archana – Onction, rituel
  • Vandana –S’incliner devant Dieu
  • Dasya – Se comporter comme le serviteur de Dieu
  • Sakhya – Se comporter comme l’ami de Dieu
  • Atmanivedana – Sans condition, s’offrir à Dieu.

Dans les prochains articles, chacune sera expliquée tout d’abord « à l’indienne », puis sur un mode plus universel, afin de susciter un écho en soi.

Namaste

Mandala

Annotations:

[1]  Définition trouvée sur le Centre de Yoga de l’Aube>>

[2] Les Bhakti Sutras selon Narada, traduction de Swami Prabhavananda, édition du Centre Védantique Ramakrishna. Disponibles ici>>

[3] tiré de Wikipédia>>