Ahimsa, la nou-violence pendant la pratique du yoga, une histoire de soi à soi

Voici l’ultime article (en 2 épisodes) sur la non-violence, Ahimsa, série que j’avais commencée l’année dernière déjà… Ahimsa, nous l’avons vu, est une pratique qui touche tous les niveaux de l’existence: non-violence vis-à-vis de notre environnement, vis-à-vis des autres êtres vivants, humains et autres, mais aussi non-violence vis-à-vis de soi-même. La violence n’est pas seulement physique, elle peut-être verbale, ou même seulement pensée. Aujourd’hui, passons en revue notre pratique du yoga, à la lumière d’Ahimsa…

Quelques « violences » vis-à-vis de soi-même pendant le yoga

  • L’impatience et le besoin de résultats: Forcer régulièrement pour parvenir à faire une posture, quitte à se rendre compte au bout de quelques semaines que l’on s’est fait du mal en allant trop vite et trop fort. Par exemple, je connais des « yogis » opérés des genoux, pour avoir voulu progresser en Padmasana, la posture du Lotus, à tout prix et trop vite.
  • Le soucis de perfection: Vouloir faire aussi bien que le professeur ou que son voisin, parce qu’on aime bien faire. Alors, on ne s’écoute pas, on regarde le résultat souhaité avant tout.
  • L’absence  d’écoute de soi: Faire ses postures comme d’habitude alors que le dos est un peu grippé ou que l’on est courbaturé par un excès de sport pendant le week-end.
  • Le manque de temps: faire les postures rapidement pour être efficace et avoir fait un peu de yoga à la maison (même si c’était mal fait…). A ce sujet, le manque de temps (que l’on s’impose) est une violence contre nos proches à qui l’on n’accorde pas suffisamment de temps, contre les machines que l’on maltraite ou que l’on n’entretient pas suffisamment, envers les objets que l’on abîme, envers soi-même que l’on ne respecte pas, …
    Prétexter ne pas faire de yoga par manque de temps est une forme de violence: si on n’a pas le temps, c’est qu’on a particulièrement besoin de yoga!

Le Hatha Yoga n’est-il pas le « yoga de l’effort violent »?

Oui, c’est sa définition première, et c’est vrai sous un certain angle.

Les yogi ont développé les techniques tantriques dans le but de purifier toutes les couches de l’être et d’éveiller la kundalini, pour accéder « facilement » à un niveau de conscience supérieur. Ce travail serait destiné aux « mauvais élèves » du Raja Yoga. C’est-à-dire à ceux qui n’arrivent pas, naturellement, à méditer profondément et à entrer en Samadhi (état de supra-conscience). Autant dire, le Hatha Yoga s’adresse à la majorité d’entre nous…

La Hatha Yoga implique une dose d’effort et d’ascèse:

  • Rester immobile, renoncer au mouvement est déjà en soi une forme d’ascèse. Immobiliser le corps, c’est aussi immobiliser le mental. Or, celui-ci a horreur de l’immobilité…
  • Pratiquer des postures qui ne sont pas forcément faciles, les apprendre et les faire dans la mesure de ses possibilités, avec constance et progression, et surtout avec patience, c’est une vraie ascèse…

Mais si le yoga est une ascèse, le plaisir est-il malvenu pour autant?

Bien sûr que non. Tout est question d’équilibre. C’est ce que la suite va expliquer.

Quant à l’effort purement violent, qui serait par exemple pratiquer des heures de Pranayama, des Bhastrika (exercice de respiration intense) et des rétentions jusqu’à transpiration, à tenir des Asana plusieurs minutes, voire des heures, à méditer des journées entières, à tenir des Mudras jour et nuit, cela est valable dans certains contextes seulement.

C’est valable pour l’aspirant yogi préparé par un maître, dans la pure tradition du yoga tantrique. Ce yogi a été rompu à des pratiques préparatoires, à une ascèse alimentaire, à une vie saine. Ce yogi a purifié son mental. Il a renoncé à la vie mondaine et au confort. Il a opté pour une vie de simplicité extrêmement rudimentaire. Il a évacué le stress et vit pleinement le présent.

Son yoga n’est alors qu’une suite de leçons logiques. Il a suivi toute la progression avec son maître. Il est jugé apte à de telles pratiques. Il sait en savourer les bénéfices, même si elle est difficile. Car même à ce niveau, il arrive à installer «fermeté» («Sthira») et «douceur» («Sukha»).

L’effort violent en yoga n’est pas forcément violent dans le sens où nous l’entendons généralement. C’est cet effort qui vous permet d’aller au-delà… de là, où vous étiez avant. C’est ce qui vous permet d’avancer. Cela peut être le relâchement d’un blocage physique ou psychique de longue date, la découverte de sensations nouvelles dans votre détente, l’ouverture d’un espace intérieur jusque-là jamais expérimenté.

«Sthira» et «Sukha», mesure d’Ahimsa

Le Yoga, c’est un équilibre dans la pratique qui comprend douceur et fermeté, avec la même intensité.

C’est 50% de douceur, 50% de fermeté.

La douceur, c’est que la posture doit être «confortable», et la fermeté, c’est qu’elle doit tenir d’elle-même, dans une certaine rigueur qui prévient de tout affalement.

C’est un équilibre à trouver dans chacune de vos postures, dans chacun de vos exercices de respiration, dans votre pratique de la méditation, mais encore dans votre auto-observation/introspection au quotidien (ni dureté/intolérance, ni laxisme).

La douceur dans la pratique, c’est aussi goûter l’instant de la pratique  même si l’exercice n’est pas simple – et la fermeté, c’est aussi maintenir l’exercice, en développant la force mentale tranquille.

La fermeté est dans une certaine rigueur: rigueur de la posture juste, innombrables petits auto-contrôles qui vous aident à déployer votre corps dans la posture parfaite (et inoffensive); parfaite pour vous, aujourd’hui. Rigueur, qui vous conduit à équilibrer les tensions et le relâchement des multiples zones de votre corps, afin de tenir dans l’espace sans rigidité (trop de rigidité est parfois le défaut des yogis) et sans mollesse. La rigueur c’est l’observation constante de la respiration amie, qui accompagne vos mouvements d’un bout à l’autre. La rigueur, c’est le témoin intérieur qui ramène le mental sur l’expérience de yoga, ici et maintenant…

Ce jeu d’équilibre est essentiel.

A suivre…

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