Je vous partage ici une métaphore qu’a employée André Riehl, dans un stage sur le Nidra Yoga que j’ai eu l’occasion de suivre avec lui. Son enseignement du Nidra, inspiré de la tradition shivaïte du Cachemire et du Vedanta m’a profondément parlé.

Iceberg - Wikipedia

 

Rappel des cinq états

Le Nidra présente l’organisation de l’être humain sous la forme de cinq degrés qu’il va s’agir de découvrir, d’étudier et de connaître intimement afin de s’établir dans un état de conscience où ne réside plus aucune trace de séparation, conflits ou souffrances:

Le premier, Jagrat, est l’état de veille…

dans lequel l’individu perd conscience de sa véritable nature en s’identifiant au corps, à la forme et au nom.

Le deuxième, Svapna, est l’état de rêve…

dans lequel l’identification repose sur les impressions et les images mentales qui sont le résultat des mémoires accumulées au cours de l’état de veille.
Ici encore, l’individu demeure inconscient de sa véritable nature.

Le troisième, Sushupti, est l’état de sommeil sans rêves…

dans lequel la personne n’a plus conscience de quoi que ce soit. C’est un état d’absence.

Et en deçà de ces trois états réside un quatrième, Turya,…

dont procèdent les trois premiers, et qui peut être découvert au travers du Nidra Yoga:
Il est l’état dans lequel la véritable nature de l’individu, son identité sans objets, est perçue, généralement de façon fulgurante et imprévisible.
C’est aussi ce que la tradition du yoga nomme Samadhi, ou état naturel de conscience universelle.

Enfin, le cinquième, Turyatita,…

qui est l’établissement stable dans cette conscience sans objets, est le résultat de la répétition d’incursions multiples dans l’état de Turya, totalement autonome et indépendant de toute volonté personnelle.

Métaphore de l’iceberg

Le Nidra Yoga a pour objet l’observation de ces différents états. André Riehl utilise volontiers la métaphore de l’iceberg.

Cette masse de glace peut être considérée selon trois étages :

•    la partie visible, correspondant à l’état de veille, ou conscient,
•    la ligne de flottaison, l’état de sommeil avec rêve, ou subconscient,
•    la partie invisible, sous-marine, l’état de sommeil sans rêve ou inconscient.

Ces trois parties ou ces trois états n’ont pas, malgré les apparences, de frontières ou séparations stables.

Il suffit que l’iceberg se modifie en fonction d’un réchauffement ou d’un refroidissement du climat – ce qui est permanent – pour que ces séparations ne soient plus mesurables.

D’autre part, la ligne de flottaison est elle aussi très instable, voire inexistante, compte tenu du mouvement des vagues alentour.

En réalité, et ultimement, il n’existe pas de séparation véritable car toutes les parties de l’iceberg sont de la même nature.

Seul le regard différencie.

Il va s’agir alors très simplement de voir que l’iceberg est l’ensemble de ces parties. Au-delà de la métaphore, la conscience n’est pas différente de ce qui la constitue (conscient, subconscient et inconscient).

Mais plus intimement encore, cet iceberg est de la même nature que l’océan dans lequel il baigne. Dans leur nature profonde, tous ces éléments sont simultanément différents et non différents.

La perception simultanée de ces trois activités de la pensée donne alors naissance à Turîya (le quatrième état), dans lequel différent et non différent sont indissociables, ce terme sanskrit ayant pour sens « pur esprit impersonnel ».

Bibliographie:
Notes personnelles de stage et «Pranam», Printemps 2001; http://nidrayoga.wordpress.com/
Source photo: http://fr.wikipedia.org/wiki/Iceberg