Il y a 20 ans, vous m’auriez parlé de faire du yoga avec des accessoires, je vous aurais répondu que le yoga ne nécessite aucun accessoire, si ce n’est un tapis, éventuellement…


Trikonasana (le Triangle) avec l’aide d’une chaise

Hé bien, j’ai changé d’avis, avec les années d’enseignement, et grâce à mes propres « bobos ».

En effet, je me suis rendu compte que certaines postures n’étaient pas accessibles à tous mes élèves… et suite à des petits accidents de la vie, à moi non plus.

C’était dommage car certaines de ces postures ont des effets très particuliers, sur le plan énergétique et/ou physique. Alors, je me suis efforcée à trouver des moyens pour que tous puissent expérimenter un certain état de la posture, que j’appelle l’ »esprit » de la posture. Je recherche, par le biais de toutes sortes de pratiques personnelles, grâce à une adaptation, ou avec un accessoire, à trouver des alternatives, jusqu’à ce que je puisse me dire:

« Là, je ressens la même chose ainsi que lorsque je suis dans la posture finale et complète ».

Grâce à cela, la personne peut progressivement « aller vers la posture ».

Avec les accessoires, il y a deux grandes approches possibles:

  1. Expérimenter la posture « en décharge » (sans avoir besoin de déployer la force nécessaire),
  2. Expérimenter la posture dans une moindre intensité.

1. Expérimenter la posture « en décharge », sans effort

Il s’agit de « goûter » la posture dans le laisser faire. Le corps est déposé, « en décharge » sur le sol, et donc sans effort. Il va apprivoiser la posture, grâce aux accessoires qui sont utilisés.

Que ce soit la phase de découverte et d’apprivoisement de la posture, ou celle du ressourcement, cette « technique de la décharge » et ces positions ont l’immense avantage de pouvoir être tenues sur la durée:

Exemple: Approche du Poison (Matsyasana)

Cette position ouvre progressivement la zone respiratoire et participe à l’allongement de la chaîne musculaire antérieur du corps. Cette chaîne de tous les muscles antérieurs est souvent raccourcie, de par la station assise et une attitude un peu fermée (épaules rentrées, dos voûté, tête qui part en avant, bassin légèrement fléchi en avant, …).

Ses effets sur la psyché sont indéniables,
tant l’attitude physique traduit un état intérieur,
et vice-versa: l’attitude physique transforme un état intérieur:

Ouvrir, c’est découvrir les possibles, les intégrer, les apprécier, et finalement c’est se libérer.

De multiples variantes sont possibles.

Exemple: Viparita Karani (Le Geste Inversé)

Maintenir Viparita Karani en soutenant bien le bassin avec les mains et en plaçant le ventre en direction du plafond est très contraignant pour les poignets et les bras. Or cette posture est un véritable bienfait du yoga. Cette variante la rend accessible à tous. En général, les gens souhaiteraient toujours y rester plus longtemps que proposé, tellement l’expérience est agréable…

Exemple: Variante du Yoga Mudra (Geste du Yoga)


Un coussin pour l’assise en tailleur aide à basculer le bassin vers l’avant. Adapter la hauteur des coussins devant pour trouver la meilleure attitude: celle qui offre un certain travail au corps (sans se voûter), tout en permettant de maintenir, en décharge, la posture, sur une durée d’une minute ou plus.

2. Expérimenter la posture dans une moindre intensité mais plus longtemps

Le corps apprivoise plus encore la posture et ressent, dans son intelligence, le travail ciblé – zones musculaires à contracter, à étirer, respiration – qui sera favorable pour améliorer progressivement la posture:

  • Le travail sera au plus juste et sans danger
  • Le corps va pouvoir se renforcer
  • A terme, la posture pourra être prise sans accommodation (mais ceci n’est pas indispensable!).

Exemple: Le Chien Tête en Haut (Urdhva Mukha Svanasana)


Ici, on accompagne un renforcement général actif avec un bolster.

  • Ainsi, on travaille la position en l’ajustant (ouverture thorax, protection lombaires, renforcement bras/épaules, renforcement fessiers/jambes),
  • en permettant un effort modéré qui pourra être maintenu plus longtemps…
  • et préparera peut-être à terme à la posture sans accessoire…

Exemple: Le Chien Tête en Bas (Adho Mukha Svanasana)

Le juste placement du dos, des épaules, du bassin, des jambes, … autant de choses qui peuvent se travailler progressivement avec un chaise, des briques ou des blocs…

Exemple: Le Scorpion (Vrischikasana)

Au début, il n’est souvent pas évident de trouver l’équilibre. Le mur permet de l’apprivoiser progressivement…

Il peut être aussi difficile de maintenir plus de quelques secondes cette posture assez inhabituelle… Le fait de pouvoir se reposer sur le mur contribue à tenir la posture plus longtemps, et donc à renforcer le corps spécifiquement pour cet Asana.

Exemple: La Posture sur les Épaules ou Posture de tous le corps (Sarvangasana )

Une couverture stable, des blocs ou de grands coussins fermes atténuent la pression du menton sur la gorge et l’étirement de la nuque. C’est un véritable bienfait pour de nombreuses personnes qui, sans cela, ne pourraient pas pratiquer souvent cette posture inversée, pourtant essentielle.
Attention: la stabilisation de la posture est différente, monter et descendre avec précaution.

Au printemps 2009, j’ai été contactée par une personne qui souhaitait prendre des cours privés, avec pour thématique de travailler essentiellement les extensions dorsales (postures telles que l’Arc, le Cobra, la Sauterelle, le Poisson, etc.) , et ce, sur 10 leçons. C’était la première fois que l’on me faisait une demande aussi précise, et autant orientée « Asana ». J’ai joué le jeu, et m’y suis prêtée même longtemps après.

Je vous partagerai dans de prochains articles quelques postures et variations, sur ce thème…

Et pour terminer, je précise que je ne préconise pas les accessoires en toutes circonstance, non, loin de là!

J’aime le dépouillement de la pratique dans toute sa simplicité. Ne pas avoir à installer d’accessoires facilite l’intériorisation.

Mais il est vrai aussi, qu’une fois certaines techniques avec accessoires bien maîtrisées, on retrouve plus d’intériorité, et surtout pendant la posture elle-même, puisque l’on devient capable de l’explorer et de la comprendre de l’intérieur, dans le vécu et sur la durée…


Étirement des ischio-jambiers avec une sangle