Tapas est traduit généralement par « austérité ». Tapas est l’un des cinq Niyama (observances). L’austérité, dans un yoga mesuré, n’a pas de connotation extrême.

Rapace en vol - A propos de Tapas et de la Liberté

Je parle de yoga «mesuré», car exceptionnellement, Tapas devient, chez certains yogis, une voie en soi. Ainsi, existe-t-il en Inde quelques yogis qui tiennent un bras en l’air depuis des années, perdant par la même les fonctions de leur membre… Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit ici.

La discipline – l’austérité-, en yoga, je la trouve dans la pratique elle-même, qui tend à me faire agir différemment de ce que le mental m’inciterait à faire. Ainsi, pratiquer le yoga est déjà en soi, une façon de se dépasser : que ce soit dans la conscience du souffle et de la posture, la pratique méditative, une vie régulière et «yogique».

Tapas – Éviter les écueils

Tapas n’a pas pour but de générer des frustrations. Ce serait contreproductif, car on ne peut pas contraindre le mental en le faisant souffrir : ça ne marche jamais, au grand jamais … En réaction, le mental se révolterait et nous éloignerait plus encore du but recherché.

Lorsque l’effort est dosé juste, mesuré, le mental apprécie les changements occasionnés et, petit à petit les intègre. Du coup, il s’y plie même avec plaisir, et finit par accepter la discipline sur le long terme, sans se révolter. Il trouve, par le biais même de cette discipline un peu austère, de nouvelles satisfactions à la vie.
Ce qui peut ressembler à des contraintes, vu de l’extérieur, donne en fait de la liberté.

Il est important de procurer des satisfactions au mental. Le yoga en offre, et pas des moindres : grâce à la pratique, le niveau pranique augmente, les besoins du mental se transforment, les pensées se purifient, les aspirations changent. Le mental s’élève, il est moins victime des émotions et des inclinaisons primaires. Petit à petit, les nouvelles habitudes, qui ressemblaient à du Tapas, deviennent un mode de vie évident et choisi : en fin de compte, se lever tôt pour méditer ne coûte pas plus d’effort que de se brosser les dents ou de prendre sa douche…

La mesure appelle beaucoup de vigilance et d’observation, car Manas (le mental) peut, à notre insu, nous jouer des tours, en justifiant par 1′000 pensées à la logique implacable, que tout cela ne vaut pas la peine, ou que simplement, il est inutile de se lever plus tôt pour faire sa pratique…

Upanishads et Gita

Dans la Katha Upanishad, le Seigneur de la Mort explique à l’Enfant Nachiketa que:

«Le feu qui mène au ciel», en parlant du feu intérieur, celui de l’ascèse, ce «feu est le pont vers le Brahman suprême».

Dans la Kena Upanishad on lit:

«Une pratique ardente (Tapas), le contrôle de soi au plan sensoriel et mental (Pratyahara: le retrait des sens, l’intériorisation), l’accomplissement des actes prescrits (Niyama), sont tels des pieds qui mènent à la Connaissance, dont les Védas représentent les membres, et la Vérité, la demeure.» (IV-8)

Et, dans la Bhagavad Gîta, Krishna explique à Arjuna que:

« Le yoga, ô Arjuna, n’est pas pour qui mange trop ni pour qui ne mange pas du tout, ni pour qui a l’habitude de trop dormir ou qui (au contraire) demeure (toujours éveillé. Qui règle convenablement ses repas et ses délassements, ses efforts dans l’action et la part qu’il fait au sommeil et à la veille, à celui-là appartient le yoga destructeur de la souffrance. Quand l’esprit discipliné demeure uniquement fixé en (lui-même) dans le Soi et que l’on est dépris de tous les désirs, c’est alors qu’on (mérite) d’être dit « discipliné et unifié ». (VI-16-17-18)

Tapas est un effort juste vers «le meilleur de soi». C’est faire le choix délibéré d’accorder à sa vie de l’espace pour un cheminement vers la croissance spirituelle. C’est apprendre à voir au-delà du petit «je» qui cherche à se donner de la consistance, à défendre son intérêt, et à satisfaire ses besoins égotiques dans l’immédiat.

C’est prendre du recul par rapport à sa vie et se poser des questions quant à la finalité qu’on lui accorde. C’est être en état permanent d’apprentissage, au coeur même de l’instant présent… car le travail yogique commence peut-être sur le tapis, mais il se poursuit tout au long des jours de l’existence. Le yogi conçoit sa vie, avant tout, comme une opportunité d’évolution. Ainsi l’effort juste peut libérer.