Shambhavi Mudra

La Shambhavi est un des principaux Chakshu Mudra, ou gestes pour les yeux.

En yoga, les Mudras ont tous pour objectif de canaliser ou sceller l’énergie et, par là-même, l’esprit.

Dans le cas de la Shambhavi Mudra, cela se fait  grâce à la fixation du regard. La Shambhavi Mudra stimule directement l’Ajna Chakra.

Étymologie: En sanskrit, Shambu est l’un des nombreux noms de Shiva. Il signifie «demeure de joie».  Shambhavi est un des noms de Durga, la parèdre de Shiva.

Elle se prend en général assis, en posture de méditation, mais parfois aussi pendant certains Asanas, Pranayamas, lorsque cela est proposé par l’enseignant.

Description

Le Shambhavi Mudra consiste à fixer son regard en un point, à  hauteur et entre les sourcils. Les sourcils sont légèrement haussés. Cela peut se pratique les yeux ouverts, ou fermés.

La durée de tenue du Mudra est très variable et en général fonction de la pratique de chacun. Il est important de ne pas forcer jusqu’à créer des tensions sur les yeux.

Parfois, après la Shambhavi Mudra, il peut être utile d’appliquer les paumes des mains sur les yeux fermés, pour détendre les yeux. Si elles sont un peu froide, bien les frotter l’une contre l’autre, pour créer une bonne chaleur.

Un des points intéressants, concernant la Shambhavi Mudra, c’est la force silencieuse de concentration qu’elle induit. Les textes tantriques le confirment de façon très éloquente. Ils attestent  la puissance de ce geste et le recommandent pour atteindre les états de conscience supérieurs.

Voici ce qu’en dit la Hatha Yoga Pradipika:

«Pour ceux qui sont vigilants, et dont le mental est concentré sur un seul point (discipline) en samadhi, rudrani ou shambhavi mudra est la plus grande mudra qui puisse conférer la perfection.» III.125 [1]

La Gheranda Samhita explique:

«Shâmbhavi Mudra. Le geste de la déesse Shâmbhavi, qui est consacrée à Shiva.
L’oeil fixe, s’absorber dans le Soi-même (atman). Telle est la  Shâmbhavi, tenue secrète dans tous les Tantra.»  III.64 [2]

Expérience personnelle

La première fois que l’on m’a proposé d’utiliser la Shambhavi Mudra, c’était il y a une quinzaine d’années. J’avais alors entamé un travail personnel en auto-hypnose avec un médecin chercheur dans ce domaine. Dans son protocole, il proposait à ses patients, alors qu’ils étaient allongés, de prendre la Shambhavi Mudra jusqu’à sentir un changement de niveau de conscience, ou un profond retour vers l’intériorité, ou encore une envie de fermer les yeux ou de dormir.

Même si je n’avais pas encore été initiée à ce geste par un enseignant de yoga, je l’utilisais déjà depuis un certain temps, pour induire rapidement un état profond de méditation ou pendant les rétentions en Pranayama, afin d’en augmenter l’intériorité et le ressenti.

Le retrouver chez un médecin m’avait d’autant plus intriguée.

Quel était donc ce geste aux effets remarquables et immédiats?

Un enseignant de yoga indien m’a donné l’explication intéressante que voici. Un effort permanent des yeux (physique) conduit le regard vers l’intérieur de la tête, induisant par là-même la concentration psychique. Or la force qui s’en dégage n’est pas la force mentale (de  pensée) habituelle. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que le regard se croise au point entre les sourcils et continue au-delà: l’œil droit est dirigé vers le cerveau gauche et l’œil gauche vers le cerveau droit. Ce croisement est le même que celui qui s’opère au niveau de l’influx nerveux. Cette action durable et simultanée sur les deux hémisphères semble fusionner l’activité cérébrale, ou harmoniser les deux hémisphères, sur un plan plus subtil que le plan mental.

La Hatha Yoga Pradipika explique cet état:

« Avec une concentration parfaite, les pupilles fixées sur la lumière en haussant un peu les sourcils, comme on l’a décrit précédemment (shambhavi), le mental est lié et instantanément naît unmani.» IV.39.[1]

La lumière est le point qui apparaît intérieurement, lorsque l’on se concentre sur l’Ajna Chakra.
«Unmani», en sanskrit, c’est l’état de «non-mental» ou l’état au-delà du mental. C’est l’état de concentration dans lequel le mental se dissout dans la concentration.

En conclusion, on peut dire que la Shambhavi Mudra est une aide puissante pour la pratique yogique. Elle lui confère une dimension remarquable d’intériorité. Il convient d’être guidé pour l’utiliser à bon escient, quoique des yogis ayant plusieurs années de pratique, puissent ressentir spontanément l’opportunité de son utilisation.

***

Sources des citations:

[1] Hatha Yoga Pradipika, Commentaire de Swami Satyananda Saraswati, Editions Satynandashram, 1991
[2] Le Yoga du corps, la Gheranda Samhitâ, Jean Papin, Editions Devy, Collection Mystiques & religions, 1992

Michèle Lefèvre pratique le yoga depuis longtemps et partage cette expérience dans le blog Yogamrita depuis 2007. Elle enseigne le yoga depuis 1991 et est formatrice d’enseignants.
  1. nat

    si je peux me permettre…
    shâmbhavi mudra se tient en levant légèrement, et donc sans efforts, les sourcils. La peau du crâne est légèrement tirée vers l’arrière et vers le haut ce qui conduit par la nature aux effets recherchés. Parmi ceux-ci, le sourire, un sourire sans objet, aussi long et pénétrant que dure le temps de cette belle pratique
    miam miam

  2. Pingback: Yogamrita, blog du Yoga » Gomukhasana, la posture de la Tête de Vache

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