«Sadhana impromptue»
2 juin, 2009 dans Espace des lecteurs par Michèle
Voici le témoignage de Pascale, lectrice du blog, tout comme vous: le voyage d’une vie avec le yoga en trame de fond. Je vous laisse découvrir…

«Oh elle me chatouille le ventre de ses petits doigts et maintenant elle me tapote avec ses pieds ou ses mains!»
Elle vibre et répond aux perceptions de mon être et à ce cercle de pratiquants, hommes, femmes, jeunes, âgés, et …futures mamans, assis sur le sol, tous se tenant la main, les yeux clos, tous en communication avec les bébés. C’est ce «OM» qui les fera naître en douceur et sensibilité. Un «OM» puissant, délicieux, pur…
J’ai 24 ans, ma mère pratiquante de Hatha Yoga depuis plusieurs années m’entraîne dans ses séances collectives en m’assurant que ce serait la meilleure préparation à l’accouchement, que ce besoin d’être rassurée et détendue serait comblé.
Ma fille est née comme par magie…une baguette invisible la fit apparaître soudaine et souriante dans mes bras.
De ce jour, alors que la médecine avait mis tout en place pour un accouchement douloureux dû à la naissance difficile d’un fils quelques années auparavant, l’éclat inconditionnel et séducteur du Yoga s’empara alors de moi. Comme une raison d’être, comme une source de vie. Il me façonna alors un chemin pour illuminer celui de ma fille… et de ses frères.
D’une pratique irrégulière, car je devais sûrement avoir d’autres choses à faire dans mon existence, Prânâyâma devint mon plus fidèle compagnon de route, s’unissant à merveille à mon activité de musicienne chanteuse. Me donnant l’assurance et le calme pour affronter le travail ardu des répétitions et la rencontre du public.
Certaines âsana venaient adoucir les tensions physiques générées par le stress d’une vie riche en événements forts et par trop souvent négatifs malgré tout.
De cette vie avançant sur un chemin particulièrement semés d’épreuves plus ou moins pénibles et angoissantes, je me suis écroulée. C’est alors que j’ai rencontré un second guide en Hatha Yoga. Une femme radieuse et discrète m’emportait dans son enseignement, soulageant mes blessures morales et mon corps malade. Pendant quelques années, elle fut comme une 3ème jambe, une béquille, une canne, m’assurant un équilibre pour continuer ma route. J’ai gardé de ces moments de magnifiques images et de douces récupérations et je continuais à avancer… reprenant les enseignements à chaque instant de détresse, à chaque blessure des mes bonheurs ; me donnant suffisamment de courage pour affronter mon destin; un destin qui m’imposait quelques années plus tard l’Épreuve: le cancer du col de l’utérus.
Une lutte acharnée commençait. Tant moral que physique. Cette tumeur en moi … La peur de la mort, l’affront de la médecine dite traditionnelle; habituellement soignée par les médecines parallèles, la froideur de la clinique et sa salle d’opération, cette ablation de l’utérus, l’angoisse du protocole de traitement ensuite. Cette tumeur en moi… s’étant quasi résorbée éclipsait alors les mots radiothérapie et chimiothérapie. Pouvait-elle annoncer aussi qu’elle s’inclinait à ma force intérieure, mon énergie, celle que j’ai développée en yoga, pour éviter toute intervention chirurgicale?
Qui sait….
Et puis, ma mère m’offrit son dernier soupir dans une souffrance innommable.
Mon chagrin fut alors intense, amer, parfois insidieux. Pendant une année, je me suis oubliée. Dépourvue totalement de recul, je me noyais dans la tristesse et le manque de son amour et j’oubliais Yoga.
J’oubliais Yoga alors que Yoga me connaissait
J’oubliais Yoga alors que Yoga m’aimait…
«Bonjour, je viens vers vous car je ne vais pas bien, j’ai besoin de vous car vous me rappelez Yoga. Allongez-vous Pascale, inspirez, expirez… inspirez et gonflez votre ventre comme un petit ballon, expirez, recommencez ainsi… inspirez complètement, abdomen, cotes, clavicules…expirez, recommencez ainsi…»
Je tremble de partout, la tête me tourne, je suis prise de nausée …
«asseyez-vous, reprenez votre souffle habituel, attendez que cela passe»
et toutes ces personnes près de moi enchaînent des âsana et je les observe attentivement et je me souviens de Yoga …
«Allongez-vous sur le côté Pascale, couvrez-vous de cette couverture, fermez les yeux et écoutez…»
J’écoute et Yoga me prend dans ses bras, enfin nous nous reconnaissons pour ne plus jamais se quitter et s’aimer contre vents et marées!
C’est un bout de vie Yoga que je vous raconte: rencontre, séparation et retrouvailles, comme des amants avec la certitude de l’éternité, bien au-delà des mots, des pensées, des envies, des passions, comme une révélation qui me fait dire alors que, bien que très débutante en ce domaine, je me sens parfois très yogini, comme si je l’avais toujours été, depuis très longtemps. Parce que ce jour là, j’ai compris véritablement le sens de Yoga et tout ce que j’étudie désormais en son nom est une évidence. Chaque jour alors est coloré de Yoga. Je me nourris de Yoga, je l’affectionne tout particulièrement car je sais que c’est ma force de vie.

Février 2009 …
Je suis invitée au «Banquet de Shiva» ?!
Il est temps pour moi de revêtir mes plus beaux atours, ceux cachés au fond de mon être et qui ne demandent qu’à être révélés à ma conscience.
Je réfléchis, je doute et me jette soudainement à l’eau…à la source et aux enseignements du yoga tantrique des Natha-Yogin
J’ai 47 ans et ma sâdhanâ commence, impromptue vous dites?
Pascale, mardi 2 juin 2009
Prochainement « voyage en Inde, ou le chemin imaginaire d’une nâthnî yogin»
Source photo Yoga prénatal: http://www.reassur3d.com/pages/R3d_yoga.html






Joli texte d’une vie ordinaire.
Mon accouchement était aussi douloureux et menaçait de finir par césarienne ou forceps. Le yoga donne un corps à la résistance puissante et s’appuyer sur un souffle dompté est d’une aide plus que précieuse. Malgré les menaces du pire, à cause du rythme cardiaque de mon bébé qui s’abaissait considérablement pendant les contractions, en quelques poussées optimisées par le contrôle du souffle, notre fille fut là, belle et en bonne santé, sans effet secondaire douloureux pour sa maman.
Et mon corps s’est remis très vite, je peux à nouveau porter les vêtements d’avant grossesse. J’attends le rendez-vous pour la rééducation périnéale, mais pas passivement : le yoga permet de prendre un peu d’avance sur cette nécessité.
J’ai découvert le yoga pendant la grossesse, mais avec ce qu’il m’a fait découvrir sur le dépassement de nos propres limites physiques et mentales, je ne suis pas près de l’abandonner…
Bonjour Maud,
Merci pour ces nouvelles! Pas simple ton accouchement, mais quelle puissante expérience… Je te souhaite une bonne récupération, c’est vrai que le yoga est très utile pour les mères qui ont accouché. La pratique de Mula Bandha est particulièrement recommandée.
Merci aussi à Pascal pour son témoignage, que je trouve fort. J’ai reçu des emails sur mon adresse personnelle à ce sujet. C’est un texte qui touche…
Michèle
Merci pour ces conseils, Michèle.
Et pour Pascale, elle doit se dire que cette sensibilité au yoga, que sa mère lui a transmise avant de partir est un trésor qu’elle lui a confié. Il la dépasse elle-même réunit sa mère au-delà de tout. Combien existe-t-il de gens qui aimeraient pouvoir communier plus fortement et au-delà de la perte, avec ceux qu’ils aimaient et qu’ils ne voient plus ?
Bel héritage.
Pascale a su trouver la vie au-delà de la mort…Qui a la chance de faire cette expérience transcendante très souvent ?
Bonjour,
ce témoignage particulièrement touchant m’a donné des frissons. Ayant beaucoup empathie, j’ai presque versé ma larme! Cela montre à quel point le yoga est important dans nos vie, lorsqu’on a la chance d’y avoir goûté. J’ai moi même subit la perte d’un être cher, mon petit frère est décédé cet été à l’âge de 27 ans, grâce au yoga j’ai pu exprimer très profondément mes emotions et vivre pleinement mon deuil. Ce qui très rapidement m’a permit de “digérer” et doucement d’accepter inacceptable. Le yoga nous donne cette force!!!
Je souhaite à tous les être d’avoir la chance de toucher à cette plénitude qu’apporte le yoga.
Bonjour Michèle,
quels seraient les yoga-sûtras de Pantajali faisant référence à la maternité et à la naissance
Merci
Bonjour Chantal,
Je n’ai pas vraiment fait de recherches, ni n’ai écrit dans ce sens.
J’aime bien cet extrait retrouvé sur Internet:
«A travers le yoga, le corps se pare de grâce, de beauté, de force, d’énergie et de fermeté».
Yoga Sutra III, 47
Devenir mère implique de grands bouleversements physiques et émotionnels. Le yoga permet de se mettre à l’écoute de son corps, de rétablir l’équilibre entre son physique et son mental. La relaxation génère un rapport plus intime avec le corps.
La pratique des postures et la concentration sur la respiration sont une aide pour bien vivre la grossesse et la naissance de l’enfant. L’approfondissement de la relaxation aide de très nombreuses femmes pendant le travail, entre les contractions, pour retrouver calme et énergie.
http://www.sagesfemmes-normandie.asso.fr/activites.php#
Voici encore un de mes textes sur le Sutra II-46, légèrement adapté à la question:
Sthira Sukham Âsanam
Yoga Sutra, II:46
Sukha signifie « l’aisance, le confort, agréable, facile » et Sthira « la fermeté, la vigilance ». Âsanam c’est la « posture ». Même s’il existe d’innombrables traductions à cet aphorisme, l’idée originelle reste la même : l’Âsana est le maintien d’une posture juste, à la fois stable, ferme et agréable, confortable. Dans cet aphorisme, Patanjali fait avant tout référence à la posture de méditation.
La future-mère recherchera la plénitude dans sa posture et dans son souffle, l’harmonie parfaite avec l’enfant qui est en elle. Le maintien de la posture immobile sur la durée n’est possible que si elle est parfaite, tant sur le plan extérieur (position spatiale, non tension), que sur le plan intérieur…
Cette posture est un équilibre entre l’effort nécessaire au maintien et la détente:
- le corps n’est ni par trop érigé, ce qui génère des tensions d’effort, liées au Rajas mental,
- ni affalé, ce qui génère douleurs et tensions, liées à la mauvaise posture et au Tamas mental.
Dans cette posture le corps et l’esprit sont présents et détendus, en l’état de Sattva, serein et concentré. La future-mère ne souffre ni de douleurs physiques, ni d’agitation mentale.
Elle peut alors expérimenter la suspension du temps et de l’espace. Grâce à la posture maîtrisée, elle franchit ses propres limites et peut faire l’expérience de la méditation.
Âsana signifie « posture ». Les postures de Yoga favorisent l’étirement des muscles (alors même que nombre de pratiques sportives les raccourcissent), améliorent la tonicité. Ils procurent un meilleur équilibre, une sensation de bien-être et améliorent le maintien. La pratique conduit au développement de l’écoute. Le relâchement musculaire, la pratique non-violente, provoquent chez le pratiquant une prise de conscience progressive de son schéma corporel, par la proprioception et l’intéroception.
L’Âsana réunit, en même temps, les deux qualités de Sthira et Sukha, l’effort juste, dans une présence détendue totale :
- La pratique correcte de l’Âsana se fait dans la vigilance. La présence totale induit la précision et la justesse de la posture. L’effort mesuré lui assure sa fermeté.
- L’Âsana est pris dans l’optique de la juste économie de l’énergie vitale, induisant ainsi le confort. Il y a aisance et détente, mais pas relâchement mental ni « avachissement » physique.
La respiration, libre de tension, apprivoisée et adaptée par la future mère, au fur et à mesure que son corps se transforme, s’unit en fluidité à la posture.
Elle contribue à harmoniser Sthira et Sukha puisqu’elle induit à la fois vigilance mentale et détente physique.
Sthira Sukham Âsanam est le fil rouge de la pratique. Sukham est en quelque sorte la mise en condition yogique. C’est la préparation, la mobilisation progressive du corps en vue d’un travail plus spécifique. Sukham, c’est aussi le lâcher-prise, l’écoute, le respect du corps, de sa structure et des ses possibilités à un instant « t ». On retrouve en Sukham les dimensions de proprioception et de détente, qui permettent de doser l’effort au plus juste.
Sthira, c’est le travail sur la posture par l’effort, initié dans une extrême conscience. Avec patience, la posture est perfectionnée, dans la mesure des possibilités du corps de la future mère. Elle est prise, tenue et quittée avec justesse, rigueur. La concentration et la présence mentale sont totales. Sthira rime avec effort juste, renforcement, immobilité, concentration. Sthira permet le travail des muscles et des articulations en profondeur, et une préparation spécifique à l’accouchement.
***
En guise de rappel:
Les Yoga Sûtra se rattachent au Yoga Darshana de la pensée indienne. Cette voie est aussi appelée Râja Yoga, le Yoga de la Voie Royale, car il permet le contrôle du mental. Ce dernier est analysé en profondeur dans les Yoga Sûtra ; les processus d’élimination des fluctuations du mental y sont expliqués.
Les Yoga Sûtra, composés de 196 aphorismes organisés en 4 Pâda ou chapitres, exposent le but et la technique :
1. Samâdhi Pâda : le premier chapitre présente la théorie générale du Yoga, l’objectif ; ainsi que les différents niveaux de conscience supérieurs ou Samâdhi.
2. Sâdhanâ Pâda : explique les moyens pour y arriver et atteindre ces niveaux de Samâdhi. Ce chapitre décrit les techniques, et comprend les 5 premières étapes de l’Ashtânga Yoga.
3.Vibhûti Pâda : décrit les dernières étapes de l’Ashtânga Yoga et les pouvoirs surnaturels qui découlent de ces pratiques (Siddhi).
4. Kaïvalya Pâda : ou cheminement dans l’esseulement parfait, traite du processus de libération final.
Patanjali a structuré l’ensemble du processus d’évolution de l’aspirant en un système appelé Ashtânga Yoga, Yoga des huit membres ou étapes, décrit dans les 2e et 3e Pâda des Yoga Sûtra :
1. Yama. Les cinq Yama constituent les observances morales et les règles de vie en société : Ahimsâ, la non-violence ; Satya, la véracité ; Asteya, l’honnêteté ; Brahmachârya , le contrôle des sens ; Aparigraha, la non-possession de biens matériels.
2. Niyama. Les cinq Niyama sont les observances ou règles de vie par rapport à soi-même : Shausha, la pureté ; Santosha, le contentement ; Tapas, les austérités/la pratique ; Svadhyâya, l’étude de Soi et des textes sacrés ; Ishvarapranidhâna, l’abandon au plus Haut.
3. Âsana. La pratique des postures conduit à l’assise stable pour la méditation.
4. Prânâyâma. Le contrôle de l’énergie vitale se fait par les techniques de respiration.
5. Pratyâhâra. Le retrait des sens, le détachement de l’esprit du monde des sens et de la matière.
6. Dhâranâ. La concentration parfaite.
7. Dhyâna. La Méditation profonde.
8. Samâdhi. L’état d’Union, la libération.
Namaste