mai 06 2009

Histoire de la reine Chudala: le roi rencontre le Brahmachari (8)

Publié par Michèle à 20:20 sous Sagesses du monde

Suite du récit de la Reine Chudala (7), récit de la réalisation spirituelle d’un couple royal. La Reine Chudala a déjà atteint la Connaissance suprême et suit avec bienveillance l’évolution de son époux… qui ne souhaite pas recevoir d’enseignements de sa femme, n’ayant pas perçu le degré de réalisation spirituelle de cette dernière… Si vous n’avez pas suivi l’histoire, en voici le début: Histoire de la Reine Chudala (1). Le roi est devenu ermite depuis des années. Il s’astreint à une rude discipline mais n’a pas encore atteint l’Eveil. Chudala vient à lui.


Elle [la reine Chudala] désirait fort le conduire [le roi] à la Connaissance de la Vérité, mais elle sut qu’il ne serait pas opportun de l’enseigner tout en conservant la forme qu’elle avait alors: il la regarderait comme son épouse et risquerait de ne pas l’écouter avec assez d’attention. C’est pourquoi elle prit la forme d’un Brahmachari (1). De même qu’une vague abandonne une forme pour en adopter une autre, ainsi la reine devint un jeune Brahmachari et se mit à marcher au niveau d’un pied au-dessus du sol. Et ce fut comme Brahmachari, tenant une cruche d’eau dans une main et un rosaire de grains de rudraksha dans l’autre, l’expression empreinte de calme, le front badigeonné de cendre et le cordon sacré en sautoir, qu’elle apparut au roi.

Le roi se leva à la vue du Brahmachari, s’inclina devant lui, lui offrit des fleurs et des fruits et le pria de s’asseoir à l’ombre d’un arbre. Il dit:

“Certes c’est un jour de bonheur qui me permet de t’accueillir dans ma modeste case. Dis-moi, ô fils de deva, quel est le motif de ta venue ici?”

Le Brahmachari répondit:

“O roi, j’accomplis un long pèlerinage au cours duquel j’ai déjà vu en abondance de belles rivières, des collines, des fleurs et de beaux arbres, mais je n’ai vu personne qui fût rempli d’un sentiment plus pur que toi. Tu as accompli de grandes pénitences et de grands exercices spirituels, et tu as fait la conquête de ton moi inférieur. Je m’incline devant toi. Mais dis-moi, ô roi, as-tu fait quelque chose pour la réalisation du Soi?”

Le roi prit une guirlande de fleurs, qu’il avait gardée pour le culte de son deva, la passa autour de la tête du Brahmachari et le vénéra.

Il dit:

“Il est rare de rencontrer un saint homme pareil à toi, ô Brahmachari. Je sais qu’une hospitalité sincèrement offerte à un hôte non attendu vaut mieux que l’adoration d’un deva. O Brahmachari, combien est plaisante la forme de ton corps; sa grâce et sa beauté me rappellent beaucoup mon épouse qui te ressemblait fort. Mais tu es un Brahmachari consacré au Yoga et il ne sied pas de dire que tu as une ressemblance avec la reine. Dis-moi, saint Brahmachari, de qui es-tu le fils, pour quelle raison m’as-tu visité et quelle est ta destination?”

Le Brahmachari dit:

“O roi, autrefois un divin sage Narada visita la vallée de Sumeru qui est le pays du printemps permanent. Des fleurs, des plantes aux feuilles délicates, des ruisseaux au doux murmure et aux gracieux oiseaux s’y trouvent. De nombreux brahmanes pratiquant la méditation y vivent dans des cabanes. Narada, le divin sage, était heureux de voir cet endroit qui est arrosé par le Gange sacré et n’est accessible qu’aux saints hommes. Narada s’assit, entra en samadhi et demeura dans cet état bienheureux. Lorsqu’il redescendit des hauteurs du samadhi, il entendit le tintement de bijoux portés par une femme. Il en fut fort étonné et regarda autour de lui pour trouver l’origine de ce bruit. Il parvint au bord du Gange aux eaux riantes, en suivit le cours pareil à de l’argent fondu et aperçut Urvashi, la nymphe céleste, qui se baignait dans le fleuve avec ses saintes compagnes. Son regard tomba sur leur nudité; il perdit sa discrimination et son âme fut obscurcie par l’idée de plaisir.”

Le roi dit:

“O, Brahmachari, Narada est un grand sage; comment a-t-il été possible que, même chez lui, son âme ait été troublée par la vue des nymphes nues?”

Le Brahmachari répondit:

“O roi, aussi longtemps que le corps demeure en vie, il fonctionne selon sa nature aussi bien dans le cas de l’ignorant que dans celui du sage; mais la différence réside dans le fait que l’homme sage ne se réjouit pas lorsque les sensations de plaisir surgissent dans son corps, ni n’est atteint par la peine lorsque la souffrance envahit son âme, alors que l’homme ignorant est un pendule oscillant entre le sourire et les larmes. L’ignorant est pareil à une pièce d’étoffe blanche que l’on peut facilement teindre dans n’importe quelle couleur, mais le sage est comme une feuille de cire qui résiste à la couleur et dans laquelle ne saurait pénétrer une goutte de plaisir ou de souffrance. L’Antakarana (2) du sage n’est atteint ni par le plaisir, ni par la souffrance. L’ignorant voit par ici le plaisir et par là la souffrance; mais le sage voit tout en tant que réflexion du grand Atman sous-jacent et c’est pourquoi il n’en est pas affecté.

O roi, le désir est la mère de tout mouvement. L’agitation originelle dans l’Intelligence absolue est devenue le monde. O roi, lorsque la conscience conditionnée (jiva) reste dans la kundalini (3) et s’identifie avec les sens et les émotions, elle souffre et jouit selon les réflexions qui y sont créées. Mais lorsque, grâce au pouvoir de la connaissance, elle réalise qu’elle en est séparée, elle voit qu’elle est elle-même Félicité absolue. Lorsqu’elle sait ceci: “il n’y a aucune action en moi et je ne suis pas le corps”, alors elle devient impassible et bienheureuse. De même qu’il n’y a plus de feuilles ni de branches sur un arbre brûlé, ainsi lorsque l’âme est libérée de l’ignorance des désirs-passions, elle n’est plus que félicité.”

Le roi dit:

” O bienheureux Brahmachari-ji, tes paroles contiennent tant de sagesse et apportent tant de paix que je ne saurais jamais m’en lasser. Sois maintenant assez bon pour me dire quelle fut ta naissance?”

Le Brahmachari dit:

“O roi, Narada me donna naissance d’une manière miraculeuse. Je ne suis pas né d’une femme, mais le divin sage me créa par le pouvoir d’un saint mantram. Après ma naissance, Narada me confia à son père qui me prodigua son affection et me bénit, prononçant ces paroles: “O enfant, puisses-tu connaître Brahman!” Narada, le divin sage, est mon père, et je m’appelle Kumbha.”

Le roi dit:

“O Deva, tu parais parfaitement sage; tes paroles révèlent ton état élevé.”"

A suivre
***

(1) Brahmachari: Traditionnellement, le premier des quatre stades de la vie d’un homme hindou, celui de la jeunesse vouée au célibat et à l’étude. Par extension, celui qui respecte les vÅ“ux de Brahmacharya: célibat et abstinence en vue de l’élévation spirituelle.

(2) Antakarana: la psyché, ou “organe intérieur de l’homme”

(3) Kundalini: L’énergie cosmique vitale contenue dans le corps humain est symbolisée par un serpent enroulé et dormant à la base de la moelle épinière d’où on peut le faire s’élever grâce à des pratiques yoguiques afin qu’il active les centres psychiques du corps.

***

Source:
Texte: Le monde est dans l’âme (Yoga-Vasishtha) et Histoire de la Reine Chudala traduit par Hari Prasad Shastri, Editions Archè, 1977
Photo: http://www.dlshq.org/download/brahmacharya.htm

2 réponses

2 réponses à “ Histoire de la reine Chudala: le roi rencontre le Brahmachari (8) ”

  1. [...] un nouvel épisode de l’histoire de la reine Tchoudala (voir ici partie 8). Les quelques prochains articles se présenteront sous forme de paraboles d’enseignement au [...]

  2. [...] la suite de l’histoire de la reine Tchoudala (voir ici partie 9). Le Brahmachari explique au roi en quoi il est semblable à l’homme riche qui n’a pas [...]

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