mar 12 2009

Ahimsâ (non-violence) et enseignement

Publié par Michèle à 17:42 sous .Yoga, A propos du Yoga

Cinquième et dernière partie du texte sur l’enseignement que je vous partageais.

Matsyendrasana sur une chaise

5. Ne pas nuire – Ahimsâ

L’enseignement du Yoga aujourd’hui en Occident doit nécessairement s’adapter à la condition physique des contemporains. La sédentarité s’est généralisée. Une grande partie de la population bouge peu et passe la plus grande partie de son temps assise sur des sièges, … et souvent mal assise.

Le maintien des humains les plus sédentaires s’est sensiblement modifié, voire dégradé, au cours des 150 dernières années. Note structure physique, notre squelette lui-même, s’est modifié avec notre mode de vie. Noëlle Perez-Christiaens et le Docteur Louis Creyx expliquent ces modifications aux cours des siècles, dans leurs livres. Je pense notamment à un livre précieux, intitulé «Attention, le Yoga peut être dangereux pour vous».

Malasana, posture de la guirlande

Ainsi, par exemple, la majorité de nos contemporains peine à pratiquer une posture classique, Malâsana: leur bassin n’est pas assez ouvert et, surtout, leurs chevilles ne permettent pas de plier les jambes, sans soulever les talons. Malâsana est la posture des peuples qui vivent accroupis. Mais la chaise a transformé nos bassins et peu de gens peuvent réaliser cette posture, alors qu’en Inde, par exemple, elle est évidente pour presque tout le monde…

Mon apprentissage

Le stress de la vie active contemporaine s’inscrit dans les corps. Les muscles sont contractés, les nuques sont raidies, les épaules remontées et fermées, les dos et les articulations abîmés. Mais souvent nous n’y prenons plus garde et souhaitons pratiquer certaines séries de postures en faisant abstraction de ces réalités…

J’ai moi-même vécu nombre de maux liés au stress. Mon hygiène de vie préventive, yogique, sportive et alimentaire m’ont beaucoup aidée. Néanmoins, j’ai vécu dans mon corps les maux qu’un Yoga inadapté peut générer. Lorsque j’ai commencé ma pratique intensive, j’étais d’une souplesse certaine et surtout remarquée. Les enseignants de mon Centre de Yoga me poussaient toujours plus loin : mettre les pied sur la tête en Salabasana, puis les poser devant la tête, par exemple. Vite, je me suis rendu compte que le Yoga me faisait mal. A l’époque, c’était surtout les contractions musculaires du dos qui me faisaient mal, et prendre des cours quotidien devenait trop astreignant pour mon corps souffrant.

J’ai préféré dès lors pratiquer 1h30 par jour, par moi-même, pour éviter tout dépassement inutile ou toute aide bienveillante dangereuse, … que je n’arrivais pas à refuser à l’époque. Mais j’avais mal appris, et je continuais à vouloir améliorer ce que je considérais comme des «points faibles» dans mes postures.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que c’est ma structure anatomique qui me donnait tant de facilité dans nombre de postures, mais qui me limitait dans d’autres, et qu’il était préférable d’adapter certaines postures. La seule volonté de pratiquer avec zèle pour «faire mieux» peut nuire. A 26 ans, j’étais dans le «faire» et non dans l’ «être», même si la magie du bien-être et de la détente liée au Yoga opérait.

Adaptation du Traingle, Trikonasana

Autre exemple

Bien plus tard, j’ai enseigné le Yoga à des banquiers, sur leurs pauses de midi. Une heure de pratique sur des corps stressés, c’est court, surtout pour des gens qui souvent veulent «faire» et avoir l’impression d’avancer.

Certains de mes élèves visaient les performances et les postures avancées. Mais je notais de nombreuses épaules remontées, des respirations stressées “en quasi suspension”, plusieurs front plissés, … Je recherchais comment conduire ces gens habitués aux challenges à un yoga “non-violent”. Je prenais tout d’abord mes élèves à contre-pied, en leur apprenant à se poser, à ralentir, à ne rien faire et à reconnecter à la respiration. Ensuite je leur donnais ce dont ils avaient besoin: un peu de travail physique, pour décharger leur stress et leur adrénaline: des salutations au soleil et quelques postures debout choisies. Puis, je les conduisais à un travail postural plus subtil, en développant l’observation (proprioception), la souplesse, l’équilibre et le renforcement de la musculature profonde. L’essentiel était de réaliser ce travail, tout en leur permettant de relâcher leurs tensions.

Le défi est de ne pas rajouter des tensions là où il y en a déjà … C’est pour moi un travail permanent, car presque chacun de mes contemporains est impatient en yoga. Les gens savent qu’il faut y aller doucement, … mais ils ne se donnent pas le temps: ils forcent un peu, chaque semaine…et cela est inconfortable, à terme.

Progresser, oui, le corps le peut … mais en douceur. Il a besoin de temps et de patience pour progresser. Développer Ahimsâ en Yoga, c’est aussi développer Titiksha, la patience, ainsi que l’observation de soi.

Petit à petit, le corps “apprivoise” la posture: on ressent alors harmonie entre posture et souffle. Le corps opère avec intelligence. Une tension physique lâche, une force nouvelle apparaît.

Puis, il y a intériorisation: le yogi devient capable de tenir la posture immobile. A ce moment précis, le psychisme enregistre quelque chose de nouveau et d’apaisant.

On se rend compte que Prâna, l’énergie vitale, circule différemment, plus librement … La transformation est subtile. La conscience perçoit le changement, c’est presque indescriptible. Presque rien… et pourtant, tous les plans de l’être sont comme réajustés …

Bon Yoga!
Namasté

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