jan 15 2009
Reine Chudala: le Roi se retire dans la forêt (6)
Suite du récit de la Reine Chudala, récit de le réalisation spirituelle d’un couple royal. La Reine Chudala a déjà atteint la Connaissance suprême et suit avec bienveillance l’évolution de son époux… qui ne souhaite pas recevoir d’enseignements de sa femme, n’ayant pas perçu le degré de réalisation spirituelle de cette dernière…

Ayant quitté la reine Chudala, le roi se rendit au temple pour y faire acte d’adoration. Les paroles de sagesse qu’il avait entendues de la reine commençaient à prendre effet et des idées de détachement des passions et de renonciation pénétraient son cÅ“ur. Il pensait:
J’ai passé de si nombreuses années de ma vie à goûter des plaisirs, et pourtant je ne suis pas satisfait ; le plaisir a toujours été suivi de souffrance. Je vois maintenant que le monde et ses joies sont illusoires. »
Le roi distribua en aumônes de l’or, de la terre, des vaches, des maisons et beaucoup d’autres choses. Il fit des présents aux brahmanes et donna de grandes sommes aux pauvres.
La reine demanda aux prêtres de lui enseigner la doctrine relative à l’irréalité du monde, et de lui faire remarquer que la réalisation du Soi est la source unique de bonheur et le seul moyen de mettre un terme au cycle de la naissance et de la mort.
Lorsque le roi entendit cette vérité de la bouche des brahmanes, il se demanda comment il pourrait se libérer des souffrances. Il décida d’aller en pèlerinage dans les lieux saints. Il se baigna dans les rivières sacrées, faisant la charité aux brahmanes et aux nécessiteux, et il rencontra de nombreux rishis et autres êtres parfaits.
Il revint de pèlerinage et, entrant dans la chambre de la reine, lui adressa ces paroles :
« O chère Chudala, j’ai décidé de me rendre dans la forêt et d’y faire pénitence. Tous les plaisirs du monde me paraissent souffrance sous une forme ou sous une autre et le royaume me semble chose futile ne valant pas plus qu’un désert. »
La reine répondit :
« O roi, le moment n’est pas venu pour toi de te faire ermite ; tu es encore jeune et tu devrait profiter des plaisirs de la royauté. De même que les fleurs du printemps perdent leur beauté en hiver, ainsi lorsque nous vieillirons, nous nous retirerons dans la forêt et y serons heureux. Lorsque nos cheveux seront gris comme les fleurs grises des bois, alors ce sera pour nous le temps de vivre dans les forêts en ermites. »
Le roi ne perçut pas la sagesse qu’il y avait dans les paroles de la reine et resta établi dans le détachement des passions. Ses pèlerinages et ses aumônes avaient purifié son cÅ“ur et l’avaient gratifié du sentiment de l’irréalité du monde. Cependant, de même que le nénuphar ne parvient pas à sa pleine beauté avant le clair de lune, ainsi le roi ne pouvait pas trouver contentement et paix,n’ayant pas la connaissance de la Vérité.
Il dit : « O reine, laisse-moi renoncer à la royauté et me retirer dans la forêt. Peut-être te demandes-tu qui me servira quand je serai loin de mes palais et de mes serviteurs ? Je te l’assure, ô reine, la terre me servira, la vue des oiseaux élevés me tiendra compagnie, les faons et les oiseaux seront mes enfants, la calme atmosphère des bois silencieux me tiendra lieu d’abris, les fleurs seront mes ornements. »
Le roi quitta le palais avant l’aube et la reine, accompagnée de ses demoiselles d’honneur, le suivit. Tous passèrent la nuit dans l’épaisse forêt. Le roi s’éveilla à minuit et, trouvant la reine et ses suivantes dans un assoupissement total, il se leva, les quitta et se mit seul en route. En une occasion, il se tourna en direction de sa capitale et dit :
«Adieu, ô richesses et plaisirs royaux! Adieu, amis et compagnons!»
Il marcha en pressant le pas à travers la forêt touffue, entendant des tigres rugir et des serpents siffler. Au lever du soleil, il se baigna dans l’eau fraîche et stimulante d’un torrent de montagne et accomplit sa prière du matin. Il cueillit quelques fruits mûrs et les mangea. Craignant d’être découvert par ses sujets, il se hâta, franchissant des vallées, escaladant des coteaux et passant à gué des cours d’eau rapides. Ayant ainsi voyagé douze jours durant, Shikhidhwaja parvint au pied du mont Mandarachal.
Il choisit un lieu de séjour, et se construisit une hutte à l’aide de branchages. Il récoltait des fruits et des fleurs pour les déposer devant l’autel de son modeste logis.
Chaque jour il se levait avant le soleil et, après ses ablutions, répétait son mantra avec une foi et une concentration parfaite jusqu’à midi. Alors, ayant pris son second bain, il adorait Dieu, Lui offrant des fruits et des fleurs. Il prenait un simple repas de fruits sauvages et de baies dans la troisième partie de la journée et peu après recommençait à dire son mantra. Le soir il adressait des prières à Dieu et, après le coucher du soleil, reprenant son mantra qu’il répétait jusqu’à minuit. »
Sources:
Le monde est dans l’âme (Yoga-Vasishtha) et Histoire de la Reine Chudala traduit par Hari Prasad Shastri, Editions Archè, 1977
Image: http://yoga76.blogspace.fr/




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