oct 21 2008
La trame de la Bhagavad-Gîtâ
Voici la suite de notre voyage dans la Bhagavad-Gîtâ: Tout d’abord quelques mots encore sur la conclusion du premier chapitre. Puis une vue d’ensemble du reste de la Gîtâ, qui représente l’enseignement de Krishna à Arjuna.

A propos du chapitre 1: “Le désespoir d’Arjuna”
Dans le précédent article, il a déjà été question de ce premier chapitre.
Arjuna y est terrassé par la prise de conscience des conséquences de la guerre fratricide qui est sur le point de s’engager. Il dit:
I.31 Je ne vois en cela que mauvaise augure. O Keshava*, et ne prévois aucun bien de ce combat fratricide.
* Keshava est un des nombreux noms de Krishna. Keshava signifie “celui qui a une belle ou abondante chevelure”.
Les apparences semblent lui donner raison au premier abord… Une lutte dans une même famille est cause de désordre dans les coutumes des familles. Ce désordre va contre l’ordre universel, le Dharma. Voilà l’explication logique d’Arjuna, qui le mène à renoncer au combat.
Il renchérit même:
1.39 Pourquoi nous qui comprenons clairement le mal qu’il y a à détruire les familles, n’apprendrions-nous pas à nous détourner de ce péché, O Janardana*?
* Autre nom de Krishna. Janardana signifie “celui que l’humanité adore”, un des noms de Vishnu, aspect de la Préservation de la Trinité hindoue.
Autrement dit: “Les Kaurava sont dans l’ignorance et l’emprise du mal, mais nous qui sommes sages et éclairés, renonçons à nos droits”. Arjuna dira: “Commettre des crimes en réponse à la convoitise d’autrui, c’est encore pire que le crime initial, si l’on est éclairé”.
L’argument semble de force… Arjuna semble même faire acte de grandeur en renonçant à son royaume et à tout acte de violence… Mais ce n’est pas ainsi que le voit Krishna…
Revenons à nos petites personnes. Combien de fois notre propre mental nous donne-t-il toutes les bonnes raisons de ne pas faire ce qui devrait l’être? Il existe en nous un fin stratège qui s’arrange pour toujours tourner la situation à notre avantage… D’ailleurs, n’avons-nous jamais totalement tord, lorsque nous racontons nos déboires à un ami?
C’est ce même genre de stratagème que Krishna va démonter dans le prochain chapitre, en faisant prendre du recul à Arjuna… Dès le chapitre 2, la Bhagavad-Gîtâ retranscrit l’enseignement de Krishna à Arjuna.
L’enseignement de Krishna à Arjuna
Avant d’aller plus loin, voici les grandes lignes de cet enseignement. Ceci permet d’avoir une vue d’ensemble … mais nécessitera bien des explications. Je reviendrai plus en détails sur chacun des chapitres, les prochaines semaines.
- Chapitre 2: Krishna explique à Arjuna le Sâmkhya, la théorie de la transmigration (Karma) ainsi que le Dharma (Loi universelle, Devoir), afin de mettre sa situation en perspective avec une vision beaucoup plus large, qui dépasse sa compréhension limitée.
Il lui expose ensuite le Yoga de la Buddhi, ou de l’intellect, pour développer son discernement en vue de l’action juste. - Chapitre 3: Il lui transmet encore la quintessence du Yoga, le but Suprême: le Yoga de l’Action ou Karma Yoga, dans lequel les actions sont considérées comme un sacrifice au Divin, sans aucun dessin personnel.
- Chapitre 4: Ensuite, Krishna lui révèle sa nature divine; puis la supériorité du sacrifice védique intériorisé (et authentique) sur les rites extérieurs (les rites extérieurs sont organisés pour produire des effets positifs sur une famille, une personne, etc.).
- Chapitre 5: Alors qu’Arjuna pense que l’action et le renoncement sont incompatibles, Krishna lui explique, que l’acte désintéressé du sage n’entraîne pas de Karma, car il est dans la connaissance du Soi.
- Chapitre 6: Krishna lui transmet alors les grands principes du Yoga, pouvant être rapprochés de l’Ashtânga Yoga.
- Chapitre 7:Â Ensuite est décrite la nature de l’Etre Suprême.
Krishna synthétise le Jnâna, Yoga de la Connaissance, et le Bhakti, Yoga de la dévotion. Pour obtenir une connaissance complète du Divin, il est nécessaire de fixer complètement son esprit sur Lui. - Chapitre 8: Krishna donne la première description de Bhraman, l’Impérissable.
- Chapitre 9: Exposé du Raja Yoga, qui consiste à diriger le mental et son être entier vers le Divin.
- Chapitre 10: Exposé de la Puissance de Dieu.
- Chapitre 11: Arjuna demande alors à Krishna de lui montrer la vision de sa forme cosmique. Krishna la lui accorde. La vision est celle du Temps, qui détruit tout; elle suscite le vertige et la peur d’Arjuna qui souhaite revoir Sa douce forme humaine.
- Chapitre 12: Le Yoga de la dévotion (Bhakti) et la difficulté de s’attacher au Non-Manifesté. L’esprit de la Gîtâ.
- Chapitre 13: Le trésor de l’état de libération. L’être libéré devient un avec le Divin, au-delà des distinctions duelles. Il y a l’équanimité dans l’action, félicité, au-delà des changements permanents.
- Chapitre 14: Par la théorie du Sâmkhya (Jnâna), se développe la discrimination des trois Gunas (les qualités auxquelles sont soumises toutes les manifestations de ce monde: la pureté, le changement et l’inertie). L’action est dès lors libérée des Gunas. Agir dans les Gunas (qualités) engendre des conséquences: c’est se soumettre à la loi du karma. Agir au-delà des Gunas ne génère plus de Karma… Cela est possible lorsque le yogi fait un don total de soi au Divin.
- Chapitre 15: La Gîtâ expose alors l’idée d’une conscience triple et pourtant Une.
- Chapitre 16: Distinction des êtres selon leur nature divine ou démoniaque.
- Chapitre 17: Le passage au-delà des 3 Gunas: développer la Pureté au plus haut niveau… puis dépasser cette qualité pour transcender ce plan de la manifestation. Nécessité absolue de la foi. Bien que l’action soit teintée par les Gunas (tout ce qui existe dans l’univers tangible est forcément teinté des qualités de la manifestation), la perfection de la foi conduit l’action au-delà de Sattva, la Pureté.
- Chapitre 18: Le renoncement à tous les fruits de l’action, permet d’accomplir son Svadharma (le Devoir de chacun), tout en étant libéré des Guna et de la loi du Karma. L’être libéré qui prend totalement refuge dans le Divin et, tout en accomplissant ses devoirs dans le monde, il renonce à tous les fruits de ses actions.
Une fois ces enseignements reçus, l’erreur de compréhension d’Arjuna, liée à son ignorance est détruite. Arjuna s’engage dans le combat et remplit le devoir qui est le sien …
Sources: La Bhagavad Gita vol. 1, Swami Sivananda, Polycopié des Centres de Yoga Sivananda
Bhagavad Guita, Swami Ritajananda, Editions Centre Védantique Ramakrishna, 1976
Image: www.audio-books-online.net




Bonjour Michèle,
Dans un commentaire précédent, tu parlais d’une petite version non commentée de la BG que tu emportais partout. As tu une version àconseiller plus particulièrement ?
Amitiés,
Christophe
Bonjour Christophe,
J’en ai deux:
- Mon préféré: La Bhagavad-Gîtâ d’après Sri Aurobindo, traduction de Camille Rao et Jean Herbert, Librairie d’Amérique et d’Orient, 1984. J’aime beaucoup Jean Herbert et ses livres. J’ai apprécié sa traduction de la Gîtâ. Cet ouvrage fait très vieux livre tout jauni: j’ai dû découper les pages une àune avec un ouvre-lettre, àl’ancienne! … J’ai des doutes que tu puisses retrouver le même :-)
- “Le chant du seigneur” Bhagavad Guita, Traduction du sanscrit par Swami Ritajananda, Centre Védantique Ramakrishna, 1976. Je pense qu’il doit exister encore sous une forme ou sous une autre. L’avantage de ce 2e livre est que la traduction française est directe depuis le sanscrit.
Voilà. Sinon, il doit exister d’autres éditions et de nouvelles traductions…
Bien àtoi
Michèle