oct 07 2008
Le désespoir d’Arjuna – Quelques symboles de la Bhagavad-Gîtâ

Premier entretien – Le désespoir d’Arjuna
Il y a deux semaines, j’ai présenté le contexte de la Bhagavad-Gîtâ Gita: le Mâhâ-Bhârata, immense poème épique était très brièvement résumé dans ce premier article. Le premier chapitre raconte le dilemme d’Arjuna, juste avant le combat. Krishna, son conducteur de char est aussi son cousin et ami. Arjuna ne sait pas que Krishna est aussi l’Avatar de Vishnu, et donc l’incarnation du Divin.
La Bhagavad-Gîtâ commence lorsque les deux armées sont face à face, prêtes à s’affronter sur le Kurukshetra, le «Champ des Kuru». Krishna et Arjuna se trouvent tous deux sur le champ de bataille, entre les deux armées, qui n’attendent que le son de la conque d’Arjuna pour se lancer dans la bataille. Arjuna tarde et Krishna commence à lui parler.
Le roi aveugle, Dhritarâshtra demande alors à Sanjaya, son conducteur du char, de lui rapporter le dialogue entre Krishna et Arjuna.
Arjuna est envahi de doutes. Jusqu’à ce moment, la cause de la guerre lui avait semblé noble : ses cousins, les Kaurava, se montraient injustes et usurpaient son royaume. Maintenant, il réalise qu’il va combattre sa propre famille et ses amis. Il prend conscience des conséquences sanglantes de la bataille et ne sait que faire. Il sombre dans le désespoir et finit par renoncer à combattre. Et il demande alors l’aide de Krishna.
I.26 Alors Arjuna (Fils de Pritha) vit devant lui des pères et des grands-pères, des maîtres des oncles maternels, des frères, des fils, des petits-fils et des amis face à face dans les deux armées.
I.27. Il aperçut aussi des beaux-pères et des camarades. Voyant tous ses parents en ligne pour le combat, Arjuna, fils de Kunti, accablé de désespoir et rempli d’une profonde pitié, s’adressa de nouveau à Krishna.
I.28. En voyant là mes parents, O Krishna, alignés et impatients de combattre,
I.29. Mes membres perdent leurs forces, ma bouche se dessèche, mon corps tremble et mes cheveux se dressent sur ma tête. [...]
I.40. En détruisant la famille, on fait périr les traditions immémoriales. En détruisant la spiritualité, c’est l’impiété, en vérité, qui domine toute la famille [...]
I.45 Hélas! Nous sommes engagés dans un grand péché car nous nous préparons à tuer nos parents, par convoitise pour les plaisirs d’un royaume.
I.46. Si les fils de Dhritarashtra, les armes à la main, devaient me tuer au combat, cela vaudrait mieux pour moi d’être désarmé et de ne pas résister.
I.47. Ayant ainsi parlé sur le champs de bataille, Arjuna jeta son arc et ses flèches et s’affaissa sur le siège de son char, l’esprit accablé de douleur.
La Bhagavad-Gîtâ retranscrit ensuite l’enseignement de Krishna à Arjuna. Cet enseignement fera l’objet des prochains articles. Avant cela, et pour une meilleure compréhension du texte, voici quelques explications symboliques de la situation évoquée jusqu’ici.
Quelques symboles
La Bhagavad-Gîtâ est riche en symboles qui ramènent le chercheur spirituel à son quotidien.
Ce premier chapitre de la Bhagavad-Gîtâ, moment de découragement d’Arjuna est un moment clé, à mettre en parallèle avec la quête spirituelle qui commence souvent lors d’un moment pénible de l’existence; le chercheur se pose alors des questions importantes sur le sens et la direction de sa vie.
Krishna et Arjuna entament leur dialogue au milieu de deux armées, prêtes à se battre. Les combattants symbolisent les différents aspects de la nature humaine. Les Kaurava sont la part négative et matérielle: avant le combat, ce sont eux qui détiennent le pouvoir. Les Pândava, tendent au Dharma (Loi de la Nature, Devoir universel) et à la spiritualité: ils sont, pour l’instant, écartés.
Sanjaya est le témoin extérieur qui voit la bataille. Il symbolise la faculté mentale supérieure de compréhension et d’intelligence, la Buddhi, qui permet l’éveil de la Conscience.
Dhritarâshtra, le roi, est aveugle, tout comme l’ego qui a « perdu de vue » le Soi, la véritable nature spirituelle de l’être humain. Cette ignorance fondamentale, Avidyâ, le conduit à des actions en désaccord avec le Dharma.
Arjuna représente l’ego du chercheur, le Jîva, l’âme incarnée. Il s’efforce d’utiliser l’intellect pour trouver des réponses à ses questions, mais sa capacité humaine de compréhension est forcément limitée.
Arjuna est conduit par Krishna qui lui donne des enseignements pour dépasser son intellect. Krishna représente la Buddhi éveillée, la Conscience supérieure, qui va lui offrir une vision complète du mental, qui est comparable à un champ de bataille : il y a du positif et du négatif.
Le champ de bataille est celui de l’expérimentation, de la vie, de la confrontation de la conscience du chercheur : c’est le champ de bataille du Svahdharma, le Devoir supérieur de chacun en cette vie.
L’ego est dans une totale confusion : il refuse de combattre alors même que le rôle naturel de la classe des Kshatriya, les guerriers, est de défendre les siens.
Le corps et le mental du chercheur sont représentés par le char.
Les cinq sens sont les chevaux, qui vont vers l’extérieur, avancent où ils veulent, s’ils ne sont pas domptés et maîtrisés. Les rênes constituent la capacité de discrimination nécessaire pour dompter les sens.
Arjuna, sur son chemin spirituel, va devoir développer sa nature supérieure et combattre ses instincts inférieurs.
Ses amis et parents figurent dans les rangs ennemis, car il va devoir détruire ses propres passions… et ne s’en sent pas la force.
Krishna va lui expliquer le vrai sens de son combat…
A suivre
Sources:
La Bhagavad Gita, Swami Sivananda
La Bhagavad-Gita, Shri Aurobindo, Spiritualités Vivantes, Ed. Albin Michel
http://www.gita-society.com/language/french.htm




Chère Michèle,
Depuis plus de vingt ans que dors parmi d’autre livre ce livre de la Bhagavad-Gîtâ. Je l’avais bien commencé, mais assez rapidement je l’avais reposé le trouvant assez rébarbatif et incompréhensible. Avec ton récent article sur la Bhagavad-Gîtâ, je me sens aujourd’hui prête pour le lire et essayer de percevoir le sens et la richesse de cette œuvre. Merci de m’avoir donné le goût et l’envie de le lire. J’avance lentement mais je suis bien décidée àaller jusqu’au bout malgré ma difficulté àretenir tout ce vocabulaire nouveau et symbolique, mais je m’y accroche.
Merci encore pour tous tes articles.
Chère Monique,
Très contente de savoir que l’article t’a donné envie de lire la Gîtâ… C’est vrai que la première lecture peut paraître très rébarbative.
Puis je trouve que sa relecture se révèle toujours riche et pleine de nouveaux enseignements, car notre compréhension, notre disposition mentale et spirituelle, est différente chaque jour. Ce petit livre n’a pas fini de nous en apprendre…
Amitiés
Michèle
[...] la suite de notre voyage dans la Bhagavad-Gîtâ: Tout d’abord quelques mots encore sur la conclusion du premier chapitre. Puis une vue [...]