oct 30 2008
Bhagavad-Gîta Chapitre 2: Le Yoga selon le Sâmkhya
Dans ce 2e chapitre, Krishna enseigne àArjuna certains aspects qui se rattachent àla philosophie du Sâmkhya. Voici donc quelques brèves explications sur ce qu’est le Sâmkhya.

Sâmkhya
Le Sâmkhya est l’un des six Points de Vue philosophiques de l’Inde (Darshana). Ce Point de Vue explique que le Monde, tel que nous le connaissons, est issu des deux principes fondamentaux qui l’imprègnent entièrement, Prakriti et Purusha:
- Prakriti est la Manifestation, l’énergie divine qui s’est densifiée et exprimée dans son Å“uvre qu’est l’Univers. Prakriti est le mouvement permanent: tout change, tout évolue, tout apparaît un jour, et tout disparaît un autre jour… car Prakriti est le jeu des Guna, les trois qualités du monde phénoménal : Sattva (pureté), Rajas (mouvement) et Tamas (inertie).
- Purusha est le Divin Témoin, le Non-Manifesté. Il représente la réalité sous-jacente, sous la forme de l’Esprit, de la Conscience libre, sereine et immobile. Sans lui, il n’y aurait point eu de Création. Mais Purusha n’y participe pas non plus. Il est au-delàde l’Univers Manifesté …
Selon le Sâmkhya , le processus d’évolution de l’âme passe par la compréhension de ces principes fondamentaux.
Le chercheur spirituel prend conscience du jeu constant des trois Guna et des différents constituants de l’Univers et de l’Homme (ce que le Sâmkhya appelle les Tattva). Il y parvient progressivement, grâce àune observation permanente du monde, mais aussi, par la prise de conscience de ce qui se passe en lui. Ce travail s’accompagne d’une purification progressive.
Car le chercheur apprend très tôt que son mental, ce précieux outil qui le met en contact avec le monde, est lui-même perpétuellement le jeu des 3 Guna : un instant, il est paisible et contenté… mais la plupart du temps, le voici en train de virevolter d’un désir àl’autre, d’une émotion joyeuse àla tristesse l’heure qui suit… et enfin, ce mental peut sombrer dans l’inertie et l’aquoibonisme.
Prendre conscience de ce jeu perpétuel et rechercher ce qui réside au-delà, non affecté par les changements permanents des qualités de la manifestation, voilàle but de la recherche du Sâmkhya. Agir sans être affecté par les Guna… nous verrons que c’est làle cœur de la Gîtâ…
Ainsi, plus que ce qui est vécu effectivement, c’est la manière de le vivre, c’est l’attitude intérieure, qui fait notre malheur ou notre bonheur, notre détresse ou notre sagesse…
Voici ce que dit Krishna àArjuna àce sujet dès le deuxième chapitre :
II.14. Les contacts matériels, ô fils de Kuntî, qui donnent le froid et le chaud, le plaisir et la douleur, choses éphémères qui vont et viennent, apprends àles supporter, ô Bhârata.
II.15. L’homme que ces choses ne troublent ni n’affligent, ô CÅ“ur de lion entre les hommes, l’homme ferme et sage qui demeure égal dans le plaisir et la douleur, celui-làse rend digne de l’immortalité.
La semaine prochaine, j’aimerais continuer àparler de ce deuxième chapitre, en abordant la Loi d’Action et Réaction, le Karma, que Krishna explique dès le début àArjuna. C’est ainsi qu’il va permettre àArjuna de prendre du recul avec les faits, les apparences douloureuses des choses. Il va lui faire comprendre aussi qu’il n’est qu’un instrument parmi d’autres de la réalisation quelque chose qui le dépasse. Alors même que nous pensons tout maîtriser, ou que tout tourne autour de nous, Krishna remet les choses en perspective…
Source de la citation: La Bhagavad-Gîtâ, traduction d’après Sri Aurobindo, Camille Rao et Jean Herbert, Librairies d’Amérique et d’Orient, 1984






















