juil 08 2008
Approche de Bhastrika, un exercice de Pranayama puissant
Il y a quelques temps déjà est paru l’article sur Kapala Bhati. Voici maintenant celui sur Bhastrika. Je préfère l’intituler “approche” car la pratique intensive de Bhastrika est extrêmement puissante. C’est un des exercices avec lequel les yogi cherchent à éveiller la Kundalini … à ne pas pratiquer à tord et à travers!

Kapalabhati et Bhastrika ont des similitudes. Suivant les écoles, Bhastrika est un exercice relativement doux à très dynamique. Ici, je vais décrire celui que j’ai appris bien sûr, sans occulter les autres approches. Ce Bhastrika est très dynamique et ne dois pas être pratiqué seul par des débutants. Le mieux est toujours d’apprendre un nouveau Pranayama sous la guidance d’un professeur physiquement présent…
Bastrika, qu’est-ce que c’est, au juste?
Swami Sivananda, dans “Science du Pranayama” décrit Bhastrika ainsi:
“En sanskrit, “Bhastrika” signifie “soufflet de forge”. C’est une succession rapide d’expirations forcées. Tout comme un forgeron utilise son soufflet avec des gestes rapides, vous devez remuer l’air dans les poumons très rapidement.â€
Plus loin, il ajoute:
“Bhastrika est un exercice très puissant: il combine Kapalabhati et Ujjayi. Commencez par pratiquer Kapalabhati et Ujjayi. Bhastrika vous paraîtra plus facile ensuite. Certaines personnes vont jusqu’au bout de leurs forces. Évitez cela. Vous transpirerez énormément. Si vous ressentez des vertiges, arrêtez et respirez normalement quelques fois.”
Concernant Ujjayi, André van Lysebeth précise qu’il ne s’agit que de l’ébauche d’un Ujjayi, avec très légère fermeture de la glotte. Il dit encore:
“Dans la pratique de Bhastrika, c’est l’ensemble de l’appareil respiratoire qui entre en action. La base de Bhastrika est donc la respiration yogique complète en trois temps, mais pratiquée avec la sangle abdominale contrôlée”
Je rappelle encore une fois ici la différence entre Kapalabhati et Bhastrika, faite par B.K.S. Iyengar (Hatha Yoga Dipika):
“Kapalabhati est une forme atténuée de Bhastrika Pranayama. En Kapalabhati, l’inspiration est lente mais l’expiration est énergique. Il y a une fraction de seconde de rétention après chaque expiration.â€
Description de Bhastrika
“Asseyez-vous en lotus (Padmasana”, le corps droit, la nuque et la tête dans le prolongement. Fermez la bouche. Puis inspirez et expirez rapidement 10 fois de suite comme le soufflet du forgeron. Dilatez et contractez sans arrêt. Quand vous pratiquez ce Pranayama, vous émettez un sifflement. L’adepte doit commencer par des expulsions rapides de l’air, se suivant l’une après l’autre dans un rythme intense. Lorsque vous avez accompli le nombre d’expirations requis, disons dix pour un cycle, prenez – après la dernière expiration – la plus profonde inspiration possible.
Retenez le souffle aussi longtemps que vous le pouvez. Puis expirez le plus possible et très lentement. Bhastrika s’achève avec la fin de cette profonde expiration. Reposez-vous un moment, après ce cycle, en respirant normalement quelques fois.Cela vous détendra et vous remettra d’aplomb pour commencer un second tour. [...]
Le nombre d’expirations dépend de votre force et de votre capacité. N’allez pas au bout de vos forces. Certains étudiants font 6 cycles. D’autres 12. ”
Swami Sivananda, Science du Pranayama
Le Swami conseille de faire au moins 3 cycles d’affilée en tout. Pratiquez sans brutalité, c’est essentiel!
Apprentissage de Bhastrika
La posture assise préconisée pour pratiquée Bhastrika doit être des plus stables, afin de contenir toute montée de l’énergie. D’ailleurs, les textes classiques préconisent Padmasana, le Lotus. Ardha Padmasana, le Demi-Lotus (ci-dessus) ou Siddhasana, voire Vajrasana (ci-dessous) peuvent aussi être employés.
Important: La colonne vertébrale doit rester droite et immobile pendant tout l’exercice. Les narines doivent être propres et dégagées.

Puis, effectuer des respirations avec la sangle abdominale contrôlée, aussi complètes que possible, puis accentuer l’expiration en contractant la sangle et accélérer le rythme sans réduire l’ampleur. L’accélération doit être très progressive pour ne pas sacrifier l’ampleur de la respiration à la vitesse. Pendant Bhastrika, le léger blocage de la glotte (Ujjayi) produit un bruit caractéristique.
Après les respirations (au maximum après une minute), il faut retenir le souffle avec les trois Bandha (les 3 verrous sont: Mula Bandha, Uddiyana Bandha, Jalandhara Bandha; il y a des articles à leur sujet sur le blog). Retenir aussi longtemps que possible et confortable. Puis inspirer un tout petit peu avant d’expirer LENTEMENT et à fond.
Pendant la rétention, André van Lysebeth juge essentiel de se concentrer sur le Muladhara Chakra (chakra racine en bas de la colonne vertébrale). De là , j’ai appris à remonter la conscience progressivement le long de la Sushumna, jusqu’au Sahasrasra Chakra, au sommet de la tête. Personnellement, je préfère cette seconde pratique.
Variantes
Toujours selon Swami Sivananda:
“Après avoir inspiré et expiré rapidement 20 fois, inspirez par la narine droit, retenez le souffle aussi longtemps que confortable, puis expirez par la narine gauche. Inspirez par la narine gauche, retenez le souffle comme précédemment, puis expirez par la narine droite.
Répétez OM mentalement avec dévotion (Bhava) et le mental concentré sur le sens du Mantra, pendant la durée de toute la pratique. “
Il ajoute encore que ceux qui souhaitent pratiquer intensément doivent se nourrir sur une base végétarienne (riz/lentilles) et pratiquer un lavement intestinal le matin avant de commencer.[Il s'agit de vraies techniques yogiques].
ll existe d’autres variantes comme le Bhastrika en respiration alternée, qui nécessite avant tout une bonne pratique préalable du Bhastrika de base:
Inspirer par la narine gauche
Expirer par la narine droite
Inspirer par la narine droite
Expirer par la narine gauche, etc.
Pratiquer plus lentement, surtout au début!
Effets de Bhastrika
Bhastrika provoque une hyperventilation. C’est donc un exercice à manipuler “avec des gants”, surtout au début.
On rejette d’importantes quantités de CO2 pendant les expirations. La rétention qui suit, permet de rétablir le niveau normal de CO2 dans le corps. Entre temps, la respiration cellulaire a été accélérée, ce qui produit une revitalisation de l’organisme.
Toujours selon “La science du Pranayama”:
Effets sur le corps physique
Bhastrika soulage les inflammations de la gorge; augmente le feu gastrique; détruit le flegme; guérit des maladies du nez et de la poitrine. Il supprime l’asthme, la phtisie, etc. Il donne de l’appétit.
Effets sur le corps énergétique
Bhastrika purifie les Nadis de façon considérable. C’est le plus bénéfique de tous les Kumbhakas [technique de rétention du souffle].Vous devriez le pratiquer spécialement pour faire monter le Prana [l'énergie vitale] dans la Sushumna [le Nadi ou méridien central et principal, le long de la colonne vertébrale] et briser les trois Granthis ou nÅ“uds qui bloquent l’énergie. Bhastrika réveille la Kundalini très rapidement. [...]
Effets du point de vue ayurvédique
Il supprime tous les maux provenant d’un excès de gaz [comprendre: tous les excès Vata au sens large], de bile [les excès Pitta au sens large]et de flegme [tous les excès Kapha]. Il réchauffe le corps. Lorsque vous n’avez pas de vêtements assez chauds pour vous protéger dans une région froide, pratiquez ce Pranayama. Vous ferez vite monter la chaleur de votre corps.
Contre-indications
Elles sont les mêmes que pour Kapalabhati:
- Grossesse
- Pas de pratique excessive en cas de stress ou de fatigue: Vata s’en retrouve exacerbé. Une pratique justement dosée augmente le niveau d’énergie global.
- Capacité respiratoire diminuée
- Problèmes d’oreilles (otites, …) ou d’yeux (décollement de la rétine, glaucome)
- Tension artérielle excessive ou insuffisante
- Ne pas pratiquer Bhastrika si le nez se met à saigner ou si le sang commence à battre dans les oreilles ou qu’elles deviennent douloureuses, qu’elles bourdonnent, …
- Convalescence.
Sources et biographie
La Science du Pranayama, Swami Sivananda. Le livre existe en ligne, en anglais: The Science of Pranayama
Pranayama la dynamique du souffle, André Van Lysebeth, Editions Flammarion
Yoga Dipika, Lumière sur le Yoga, B.K.S. Iyengar, Editions Buchet/Chastel, 1988




[...] respiration solaire – par la narine droite – (Surya Bedhana), Ujjayi Anuloma, Bhastrika et Kapalâbhâti augmentent la [...]
[...] variante très énergisante: faire la respiration Bhastrika, en mettant bien en m0uvement l’abdomen, dans l’approche de Ustrasana (le Chameau), [...]
Bonjour Michèle,
depuis plus d’un an maintenant je visite ton site et y trouve de nombreuses idées et réponses à mes questions sur le yoga. Je le pratique depuis 10 ans et n’en finis pas de découvrir.
Je travaille actuellement sur Bhastrika ; en formation on me l’a appris avec les 2 narines en même temps, mais dans la “Hatha yoga pradipika”, ils ne parlent que de la pratique avec la narine gauche d’abord (20 cycles), et la droite ensuite. Dans ton article tu ne mentionnes pas cette méthode, et apparemment les maîtres que tu cites non plus. As-tu des informations à ce sujet ?
Merci pour ton site, qui est un trésor de ressources !
Sophie
Bonjour Sophie,
Oui, il existe de multiples méthodes de Bhastrika. J’ai commencé le blog en avril 2007 et à l’époque, je n’osais pas trop aborder les pratiques avancées de yoga… et Bhastrika en est une. Plus le temps passe, plus je me rends compte que mes lecteurs sont des pratiquants avisés du yoga.
Des articles sur Bhastrika, Nauli, etc. voient donc le jour.
Oui, je pratique et j’ai appris plusieurs variantes de Bhastrika, dont l’alternance des narines.
De manière générale, les techniques telles qu’expliquées dans la HYP sont très soutenues, expliquées en vue de stimuler très fortement la circulation pranique, et in fine, de provoquer l’éveil de la Kundalini.
J’hésite encore à parler de tout.
Chez Sivananda, par exemple, la technique du Bhastrika alterné n’est apprise qu’en stage avancé pour les enseignants – uniquement- , lors d’un stage progressif, où le programme est construit autour du pranayama et même la nourriture est adaptée. La pratique de pranayama s’étale alors sur plusieurs heures par jour…
Mais c’est vrai, je pourrais aussi faire des articles détaillés sur des pratiques avancées, pour tous les lecteurs avisés… et dans la mesure de mes compétences et connaissances ;o)
De même, cela fait longtemps que j’aimerais parler des chakras, du corps subtil, de dharanas, etc. Je ne vais pas le faire aujourd’hui, car je suis trop prise par la préparation de mon stage imminent. Ce sera donc pour 2010!
J’ai appris récemment aussi des approches de pranayama, dont le Bhastrika avec Christian Tikhomirroff. Voici sur son site ici: http://www.natha-yoga.com/mp3/Propos%20sur%20bhastrika%20thoracique.mp3.
Namasté
Michèle
Bonjour Sophie et Michèle
dans la formation natha de Christian Tikhomiroff, nous abordons au bout de quelques mois, le prânâyâmâ bhastrika alterné d’une narine à l’autre.
Il se nomme Nadîshoddana Bhastrika.
Il défait tous les nÅ“uds énergétiques ou mentaux reliés à ida et pingala avec des effets plus rapides et plus profonds sur la purifications des nadî, entraînant la stimulation de l’éveil de Kundalini.
Quant à la pratique, au début, Nadîshoddana Bhastrika ne se pratique que sur 3 / 5 ou 7 cycles pendant 2 / 3 / 4 ou 5 minutes, sans arrêt et sans rétentions de souffle à plein.
On visualise ida (nadî de gauche) et pingala (nadî de droite), comme deux canaux partant de la base, tout droit, et pour les plus expérimentés, en serpentins autour de la sushumna.
Le regard ne bouge pas, il est en haut (shambavimudrâ)
Mulabandha permanent.
Kecharimudrâ (la langue retournée)
Bija mantra : soit yam pour ida, soit ram pour pingala, soit So Ham, soit OM
J’adorais Nadîshoddana simple, mais avec Bhastrika, je le trouve plus puissant.
Voilà quelques lumières sur ce prânâyâmâ
Namaste
Pascale