mai 24 2008
Kapalabhati, un exercice de respiration énergétisant
Kapalabhati vient de “Kapala” qui signifie “crâne” en sanskrit et de “Bhati” qui signifie “faire briller”, “nettoyer”. André van Lysebeth traduit l’ensemble dans son sens littéral “nettoyage du crâne”. Crâne” désigne ici les conduits de l’air dans la tête: les narines, les cornets du nez et les autres passages de l’air. Kapalabhati est une technique de nettoyage. On dit aussi couramment le “crâne qui brille”. “J’aime aussi cette deuxième définition, car Kapalabhati apporte beaucoup d’oxygène et la sensation globale, après l’exercice est justement celle d’une tête bien oxygénée, qui “brille”.

Objectifs du Hatha Yoga
Les Kriyas ou Sat Karman s’inscrivent dans le cadre du Hatha Yoga, discipline indienne antique, imprégnée de philosophie, pour atteindre la santé sur les plans physique, énergétique et psychique. AInsi, le yogi est en possession de tous ses moyens pour atteindre l’état parfait, qui le libérera des contraintes du mental et lui permettra d’acquérir la sagesse, la vision universelle et surtout la libération finale.
Au-delà - ou plutôt en deçà de cet ambitieux objectif de réalisation de la nature divine en soi, le Hatha Yoga se révèle être une pratique de santé et d’équilibre psycho-corporel très efficace. Cet ensemble d’outils contribue à développer une meilleure connaissance de soi-même, une plus grande harmonie avec l’univers. Cet affinement de la conscience peut déboucher sur une recherche intérieure, voire spirituelle, qui n’est pas nécessairement liée à la tradition hindoue. Car rappelons ici que le Hatha Yoga est un ensemble de techniques, pas une religion.
Kapala Bhati est un des Sat Kriya (actions purificatrices du corps)
Lorsque le yogi veut se consacrer au Pranayama, les techniques de respirations, il sait qu’il va au devant de techniques de respirations très puissantes. Si son corps et ses canaux subtils (Nadis ou méridiens) ne sont pas suffisamment purifiés, les techniques de Pranayama peuvent même être dangereuses.
C’est pour cela qu’avant le Pranayama, on recommande à l’adepte de pratiquer les Sat Kriya (ou Sat Karman), pour purifier son corps physique et énergétique. L’énergie circule mieux à travers le corps. La capacité de travail, de pensée, de digestion, de goût, d’odorat, de sentiment, etc. augmente; en même temps s’élargit notre perception.
Ces pratiques très puissantes ne peuvent pas s’apprendre dans les livres. Elles nécessitent un apprentissage avec un professeur expérimenté. Or, de nos jours, les Kriyas sont souvent laissés de côté, même par les enseignants…Les Kriyas aident à débarrasser l’organisme de ses impuretés, et contribuent à soulager nombre de maux physiques et psychiques:
- Dhauti, le nettoyage de l’estomac
- Basti, le nettoyage du côlon
- Neti, le nettoyage du nez
- Tratak, la fixation du regard
- Nauli, le brassage abdominal
- Kapalabhati, le nettoyage de l’appareil respiratoire
Ainsi Kapalabhati est à la fois un exercice de respiration (Pranayama) et une technique de purification (Kriya).
Kapalabhati se pratique grâce à la contraction des muscles abdominaux, pour soulever le diaphragme et expulser l’air. Les expirations sont brèves et se succèdent rapidement. A l’inspiration, l’abdomen se décontracte et laisse pénétrer l’air en douceur.
Kapalabhati purifie les voies respiratoires et les poumons. Cet exercice contribue à éliminer le gaz carbonique et d’autres impuretés.
L’oxygénation du sang régénère les tissus, le mouvement du diaphragme masse l’estomac, le foie et le pancréas. Kapalabhati guérit des maladies qui proviennent d’un excès de Kapha (ayurvéda).
NB: Pour plus de détails sur les autres Kriya, voir cet article dédié aux Sat Kriya.
Description et technique de Kapalabhati (Kapala Bhati)
Il existe plusieurs descriptions de Kapala Bhati. Je me suis rendu compte que c’est la même chose pour Bhastrika. L’un et l’autre ont des similitudes. Suivant les écoles, Kapala Bhati est un exercice doux à puissant. Il en est de même avec Bhastrika. Je vais donc les décrire tels que je les ai appris.
Un autre article sera consacré bientôt à Bhastrika. Afin de bien distinguer Kapalabhati et Bhastrika, voici la différence faite par B.K.S. Iyengar (Hatha Yoga Dipika): “Kapalabhati est une forme atténuée de Bhastrika Pranayama. En Kapalabhati, l’inspiration est lente mais l’expiration est énergique. Il y a une fraction de seconde de rétention après chaque expiration.”

Kapalabhati se pratique avec de petites expirations rapides et énergétiques, qui se succèdent “en rafale”. Entre deux expirations, l’inspiration se fait passivement. Ce qui caractérise Kapalabhati, c’est exactement ci qui le différencie de la respiration habituelle:
Respiration habituelle:
Inspiration active, expiration passiveKapalabhati:
Inspiration passive, expiration active.
En Pranayama, l’expiration est plus lente que l’inspiration. Dans Kapalabhati, c’est le contraire. L’expiration est très rapide (1/10e de seconde environ). L’inspiration varie entre 3/10e et 8/10e de seconde.
Le thorax reste immobile pendant Kapalabhati: avant de commencer, on bombe le thorax qui reste bloqué en position d’inspiration. C’est le diaphragme et la sangle abdominale qui vont créer le mouvement expiratoire.
Technique classique:
Important: Kapalabhati se pratique à jeun ou en dehors des moments de digestion.
Asseyez-vous confortablement (assis jambe croisées, sur un petit coussin, ou sur une chaise), de sorte à conserver le dos droit, les épaules détendues et l’avant du corps bien dégagé. Cherchez à donner de la place au plexus solaire et veillez à ne pas vous appuyer dessus. Pour commencer, ainsi que pendant les phases inspiratoires, le ventre est libre et fait saillie. Il est important de placer le centre de gravité dans le bas-ventre, en-dessous du nombril. Ceci est important, car on ne cherchera pas à rentrer l’estomac pendant les expulsions d’air.
Faire de petites expirations rapides et énergétiques, presque abruptes. Pour faire comprendre ce qui se passe, je demande parfois à mes élèves, d’imaginer qu’ils sont les mains attachées mais qu’ils veulent expulser une petite mouche curieuse qui essaie de rentrer dans une narine: l’expiration est exactement de ce type. Elle peut être vraiment forte ou plus atténuée, ce qui convient mieux à l’apprentissage. La sangle abdominale se contracte, en direction du bas-ventre (et non vers le plexus solaire, attention).
L’inspiration n’est pas contrôlée: l’air vient automatiquement remplir les poumons, pendant le moment de pause, entre deux inspirations. Le ventre fait alors saillie, sans que l’on y pense.
Pratiquez 10 à 50 respirations en Kapalabhati au début. Avec l’expérience, un cycle peut devenir beaucoup plus long (100 expirations ou plus).
Le ventre est relâché à l’inspiration et il rentre à l’expiration.
Certaines écoles préconise une rétention d’air, poumons pleins après une série de Kapala Bhati: 10 secondes, voire jusqu’à aussi longtemps que confortable. Pour ceux qui les connaissent, appliquez les Bandha (ligatures) pendant la rétention. Vous pouvez visualiser l’énergie qui monte, tel un arbre lumineux, depuis la base de la colonne vertébrale, jusqu’au point entre les sourcils.
Prenez quelques instants pour observer le plexus solaire qui est stimulé et l’énergie qui circule dans le corps.
Expirez lentement. Puis faites quelques respirations lentes, profondes et régulières.
Pratiquez 3 cycles de Kapalabhati pour une séance normale de Pranayama.
Visualisez l’air qui circule dynamiquement pendant Kapalabhati: il entre et sort de vos poumons. Il est source d’énergie et de purification.
Autres circonstances de pratiques:
Après l’avoir pratiqué en tant que Kriya et en tant que Pranayama, tel que décrit ci-dessus, on m’a appris à intégrer un kapalabhati doux pendant la pratique de certains asanas, tels que la torsion vertébrale (Ardha Matsyendrasana), par exemple. Je trouve cette pratique bénéfique, pour le massage des organes, la stimulation de l’énergie et l’amélioration de la respiration qu’elle procure.
Suite à cela, j’ai aussi découvert le livre de Dinah Rodrigues, Bien vivre sa ménopause avec le yoga. Elle intègre un Bhastrika très doux (de T.K.V. Desikachar; l’exercice est très proche du Kapalabhati expliqué ici) pendant la pratique de nombreux asanas, assez dynamiques. Cela fait partie de son “yoga des hormones”. Très intéressant, pour avoir testé les effets positifs de ses séances sur l’équilibre du système hormonal féminin.
Quand pratiquer Kapalabhati
- En début de séance de Pranayama (respiration): chasse l’air résiduel et augmente le niveau général de Prana (énergie vitale)
- En début de séance d’Asana: bonne oxygénation du sang.
- En cas de fatigue (coup de bar): il m’arrive de le pratiquer avant de prendre le volant, par exemple.
Effets de Kapalabhati
- Rejet de l’air résiduel des poumons (air vicié)
- Rejet de CO2 et décrassage de l’organisme
- Oxygénation très utile pour les sédentaires
- Activation de la circulation sanguine: le diaphragme procure un massage de toute la région cardiaque et abdominale
- Purification et entretien de la souplesse du tissu pulmonaire; amélioration des échanges gazeux
- Entretien de la souplesse et de la mobilité du diaphragme
- Entretien de la sangle abdominale
- Massage des organes internes, tonification du tube digestif et de ses glandes annexes
- Tonification et apaisement du système nerveux neurovégétatif.
Indications de Kapalabhati
- Fortifie le foie, la rate, le pancréas et les muscles abdominaux.
- Améliore la digestion.
- Dégage les sinus, rafraîchit les yeux.
- On se sent revigoré. (B.K.S. Iyengar, Hatha Yoga Dipika).
- Kapala Bhati est un pranayama qui réchauffe. De ce fait, il augmente Pitta et réduit Kapha.
- Pratiqué doucement, il est favorable pour Vata, car il augmente le niveau global d’énergie.
- Accroît le tons psychique et la lucidité mentale.
- Opère un massage doux du muscle cardiaque.
- Stimule la glande thyroïde. C’est un exercice favorable pour les hypothyroïdiens.
Contre-indications
- Grossesse
- Pas de pratique excessive en cas de stress ou de fatigue: Vata s’en retrouve exacerbé. Une pratique justement dosée augmente le niveau d’énergie global.
- Capacité respiratoire diminuée
- Problèmes d’oreilles (otites, …) ou d’yeux (décollement de la rétine, glaucome)
- Tension artérielle excessive ou insuffisante
- Ne pas pratiquer Kapala Bhati si le nez se met à saigner ou si le sang commence à battre dans les oreilles ou qu’elles deviennent douloureuses, qu’elles bourdonnent, …
- Convalescence.
Sources et biographie
Images: http://www.satyananda-yoga.de/service/praktische-uebungen.html
Le yoga thérapeutique, Pierre Jacquemart et Saïda Elfeki, Editions Maloine
Bien vivre sa ménopause avec le yoga, Dinah Rodrigues, Editions Médicis
Pranayama la dynamique du souffle, André Van Lysebeth, Editions Flammarion


bonjour Michèle,
connais tu les boissons “de longue vie” faites maison telles que le Kéfir ou le thé au kombucha ?
je suis vraiment contente pour vous que le site fonctionne bien et passionne autant de personnes,
tout le monde est à la recherche d’un bien-être, mieux vivre, en harmonie avec soi, les autres et la nature…
un peu d’optimisme dans ce monde de brutes !
belle journée à tous
Bonjour Kloé,
Merci. Oui, je suis contente de voir tant de gens qui lisent et laissent des commentaires. L’échange est bon pour tous. Cela me fait du bien aussi.
J’avais écrit un article sur le kombucha, pas bien long, car il y a de la doc très complète sur Internet; alors, j’avais mis plusieurs liens sur mon article.
J’avais des champignons de kéfir, il y a bien longtemps. Mais, je suis passée au kombucha, qui convient mieux à notre alimentation. Car nous prenons quasi pas de produits laitiers.
Marc est aussi très “kombucha”. Cette délicieuse boisson nous fait du bien au système digestif, à tous deux.
Je te remets le lien (c’est vrai qu’avec le nombre d’articles sur le blog, le moteur de recherche ne donne pas des résultats bien terribles …): Kombucha.
Bon week-end à toi. Ici, il pleut beaucoup et la nature explose joyeusement de verdure et de fleurs …
Michèle
ah oui ! merci, désolée d’être passée à côté de cet article !
j’apprécie beaucoup cette boisson ainsi que le kéfir de fruits, je n’ai jamais goûté celui au lait.
je viens de commander le livre sur le yoga et la ménopause dont tu parles aujourd’hui, j’espère y apprendre des choses.
j’ai hâte de consulter la “boutique en ligne” que tu fignoles encore et qui, j’en suis sûre, va avoir un succès bien mérité.
il pleut aussi ici, dans le sud mais on a tellement besoin d’eau qu’elle est bienvenue pour la terre et puis, le soleil n’est pas bien loin…
toujours un grand plaisir de venir sur ce site….
bonjour
je viens de recevoir le livre “bien vivre la ménopause avc le yoga”
il est effectivement très interressant, j’ai réalisé les postures avec la respiration “bhastrika” et j’ai trouvé celà un peu fatigant comparativement à une séance classique de yoga; pourtant je pratique et enseigne tous les jours; sans doute vais-je alléger la grande série de postures et pratiquer sur deux jours.
Connaissez vous des personnes qui l’ont pratiqué ?
connaissez vous des personnes qui enseigne cette méthode en France car je n’ai trouvé que des stages à l’étranger sur le site de Dinah Rodrigues
Merci encore pour votre site
bon courage et bonne journée malgré la pluie sans doute chez vous aussi, car ici en Auvergne il pleut tous les jours
annie
Bonjour,
Je pratique les exercices de Dinah Rodrigues, mais n’ai jamais suivi de stage selon son enseignement. Je vis dans un lieu assez retiré depuis plusieurs mois, donc je suis moins en contact avec des enseignants… mais heureusement, le blog me permet de tisser des liens et de partager.
Même surprise initiale pour moi… et aussi pour une lectrice régulière de blog qui a aussi acheté le livre et pratiqué les séances.
Le rythme respiratoire, tel que je l’ai compris, est un peu trop intense pour moi. Comme je suis assez «vata», j’ai choisi de pratiquer à mon rythme, un peu plus lentement, dans un mouvement respiratoire légèrement plus doux.
Je trouve l’effet de ce yoga intéressant, car cela a marché, sur les 9 mois que je le pratique. Il y a un massage interne qui se produit jusque dans le bas-ventre. Les énergies sont véritablement stimulées. L’influence sur mes cycles perturbés, a été très positive.
La lectrice dont j’ai parlé plus haut va suivre un stage de yoga des hormones, selon l’enseignement de Dina Rodrigues ce mois-ci, à l’étranger. J’attends ses commentaires avec beaucoup d’intérêt.
Dina Rodrigues est très connue au Brésil, en Allemagne, en Suisse et dans les pays nordiques. Je sais qu’elle donne cette semaine une journée de yoga des hormones à Bâle (Suisse)… mais ceci ne vous avance pas beaucoup…
L’intérêt se développe en France avec la traduction de son livres. Il y a même quelques paragraphes intéressants sur son yoga, dans cet article d’Arte. Mais rien de plus que ce que vous pourrez lire dans son livre.
Ici aussi, nous avons été abreuvés de pluie. L’intensité des averses m’a rappelé les pluies tropicales. Cet après-midi marque une accalmie. Installés en Bretagne depuis décembre, nous apprenons à profiter du beau temps dès qu’il est là… car sinon c’est souvent vite trop tard.
Cordialement
Michèle
j’ai aussi reçu le livre de dinah rodrigues et me penche sur les exercices avec beaucoup d’intérêt. j’aurais bien aimé complétér ma formation avec celle-ci mais apparemment rien ne se fait en France, et à l’étranger, les cours ne sont pas dispensés en Français… donc, pour le moment la solution est de travailler avec le livre ; peut-être que s’il y a la demande, une formation pourrait se faire, en France et en français ! nourrissons l’espoir. ce serait vraiment très intéressant de proposer des cours comme ça…
le sud est sous la pluie, la grisaille, un temps de novembre, le soleil se fait désirer mais la terre a tellement soif qu’on lui pardonne de tarder un peu…
merci encore pour tous ces échanges, ces découvertes,
ces nouveautés, c’est vraiment bien.
[…] y a quelques temps déjà est paru l’article sur Kapala Bhati. Voici maintenant celui sur Bhastrika. Je préfère l’intituler “approche” car la […]
[…] respiration solaire - par la narine droite - (Surya Bedhana), Ujjayi Anuloma, Bhastrika et Kapalâbhâti augmentent la […]