avr 03 2008

Patanjali aujourd’hui, une expérience vécue (3)

Publié par Michèle à 6:20 sous Philosophie

Voici la fin de notre tour d’horizon des huit membres du yoga, à travers le prisme de mon vécu du yoga.

La bougie, support de Tratak, l'exercice de concentration sur la flamme. Purifie les yeux et prépare grandement à la méditation.

Cinquième pilier: Pratyahara (le retrait des sens)

Pratyâhâra, cinquième membre, est le retrait des sens de leurs objets. Ceci constitue la première étape d’intériorisation. L’aspirant s’efforce de ne pas se laisser perturber par les stimuli extérieurs. Lorsque Pratyâhâra est acquis, les sens n’apportent plus de messages provenant du mon extérieur au mental. Dans cet état de parfaite intériorisation, le mental est déconnecté du monde extérieur.

Un aperçu de cette expérience peut être vécu pendant la pratique d’un cours : l’oubli de la notion du temps, l’abstraction des bruits ambiants, … Cet état peut aussi se vivre pendant la détente profonde et encore lorsque l’on médite régulièrement. Ce n’est qu’un début… et pourtant, quelle expérience profonde et bienheureuse!

Sixième pilier: Dharana (la concentration)

Dhâranâ, sixième membre, est la concentration parfaite sur un point ou un sujet. Le Yogi ne se laisse pas distraire par les pensées parasites. Il ramène inlassablement l’attention sur son sujet, jusqu’à ce que son mental s’unisse à l’objet de concentration. La conscience que l’on est en train de se concentrer ne disparaît pas. Dhâranâ relève d’un niveau différent de celui que vit la majorité de l’humanité.

Cependant, celui qui fait régulièrement du yoga, absorbé dans la pratique, peut goûter à cet état. L’exercice de concentration sur la flamme de la bougie (Tratak) permet de ressentir Dhâranâ et de donner goût à la méditation. A essayer pour toute personne intéressée. Ce que nous appelons “méditation” est le plus souvent une tentative de Prathyahara et un début de Dharana…

Septième pilier: Dhyana (la méditation)

Dhyâna, septième membre, est l’état de méditation. Dhyâna est une concentration ininterrompue. L’esprit atteint la limpidité. Cet état n’est possible que lorsque le mental n’est pas perturbé par les vagues ou ondes de la pensée (Vritti). Le méditant a toujours conscience qu’il médite.

Personnellement, seule une pratique quotidienne assidue me permet d’avancer sur cette voie, qui est la voie de toute une vie.

Mais attention: les attentes sont l’ennemi du méditant…. et gare à l’impatience, ennemie jurée du méditant. Les résultats ne devraient pas importer: l’attitude, le fait d’être là, présent à sa méditation, et de le faire régulièrement, est en soi déjà un trésor inestimable…

Huitième pilier: Samadhi (la réalisation du Soi)

Samâdhi, huitième et dernière étape de la voie du Yogi, est l’absorption profonde dans la méditation: l’extase. Il n’y a alors plus de distinction entre celui qui médite, l’objet de la méditation et la méditation. La méditation fait place à une expérience directe et indescriptible. Cette expérience survient lorsque la conscience s’établit dans l’Unité: le Yogi délaisse sa conscience individuelle pour renaître à la pure conscience universelle de l’Un, du grand Tout.

Cet état est difficilement concevable pour nous occidentaux, pour qui l’individualité, c’est exister. Dans la perspective habituelle liée à la peur de la mort, la perte du sentiment d’individualité correspond au gouffre de la disparition… Mais nous recherchons tous le bonheur, l’éternité. Et la plupart de nos contemporains, mes élèves et moi-même, avons conscience de notre état perpétuellement insatisfait. Intuitivement, nous comprenons que ce bonheur se retrouve lorsque l’on s’ouvre à l’univers, aux autres et au monde, au détriment du «je» souvent réducteur. Cet état de conscience apparaît fugacement pendant certaines relaxations profondes, pendant lesquelles on relâche toute tension et toute volonté ou pendant la méditation, lorsque, comme un cadeau, une longue séance méditative se révèle plus fructueuse qu’à l’habitude.

Enfin, les Siddhi sont les pouvoirs surnaturels que la pratique du Yoga peut développer. Le Yogi, pour avancer et ne pas déchoir, doit absolument les dépasser. Sans forcément aller jusqu’au développement de Siddhi, celui qui fait beaucoup de yoga, ou aussi l’enseignant en Yoga, sont parfois porteurs d’une certaine aura, fruit de leur pratique. Celui qui se clame Guru ou qui utilise son charisme à des fins de pouvoir ou d’argent, risque inévitablement de perdre de vue l’objectif initial, la suspension des activités du mental… et de se leurrer, tout comme il leurre ses semblables…

Une réponse à “ Patanjali aujourd’hui, une expérience vécue (3) ”

  1. kloe le 03 avr 2008 à 9:18

    bonsoir michèle,
    hyper important ce dernier paragraphe…
    rester en tous points vigilants et travailler (élèves et profs) la discrimination, viveka, l’humilité, inlassablement. on reste élève à jamais, même lorque l’on enseigne depuis longtemps,
    les pratiquants doivent se fier à leur intuition, ne pas rester dans un cours si, même sans raison apparente, l’enseignant ne leur convient pas. malheureusement, même dans le monde du yoga, tout le monde n’est pas clean , le pouvoir ce n’est pas qu’une affaire de politiques !
    bonne soirée et merci encore pour tout ce travail…..admirable…

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