mar 29 2008
Patanjali aujourd’hui, une expérience vécue (1)
Il a déjà souvent été question des fondements du yoga selon Patanjali, sur ce blog. Les huit piliers du yoga de Patanjali sont autant d’outils et d’étapes sur le chemin du yoga. Je les présente ici d’un point de vue purement pratique.

Je vous partage intimement ce que j’en fais au quotidien, dans ma vie de tous les jours et dans mon enseignement du yoga. Rien de bien spectaculaire, vous verrez. Mettre en pratique Patanjali, selon mon expérience, c’est s’observer et remettre en question régulièrement ses façon de penser et d’agir, pour avancer sur la voie du yoga.
Premier pilier: les Yama (observances)
Les observances relient la pratique du Yoga à la société dans laquelle nous vivons, aux personnes que nous rencontrons, au jour le jour. Patanjali propose 5 Yama, pour garder la paix en soi et autour de soi. Ils sont des garde-fous, pour le chercheur spirituel, le Yogi, l’enseignant en Yoga, ainsi qu’un excellent moyen pour développer sa vigilance et sa concentration.
Ahimsâ, la non-violence se pratique avec son conjoint, sa famille, au volant, au bureau, dans l’alimentation et l’hygiène de vie, dans la pratique des Âsana et dans l’enseignement des postures. Ahimsâ consiste à ne pas nuire, en pensées, en paroles et en actes. C’est le respect de soi-même, comme des autres. C’est le respect du corps, le développement de l’écoute de soi et le renoncement à l’esprit de compétition dans la pratique des Âsana.
Satya et Asteya sont la pratique de la vérité et l’honnêteté, à chaque instant. Ils me permettent de me sentir en harmonie avec ce que j’enseigne, car en tant qu’enseignante de Yoga, je m’engage à respecter une éthique. Le mental et la conscience s’en trouvent allégés. Satya, c’est « se dire la vérité » ou « ne pas se mentir », en travaillant les Âsana dans la mesure des possibilités du jour, et non selon ses souhaits, un concept que je rappelle régulièrement à mes élèves. Je mets en pratique l’honnêteté et me surprends à constater qu’être pleinement honnête nécessite la vigilance. L’enseignement du yoga semble très éloigné du monde matériel, et pourtant. Vivre du yoga n’est pas aisé. Alors aujourd’hui, l’enseignant demande un juste prix pour ses cours. Cela fait aussi partie de la notion d’Asteya.
Brahmachârya, le contrôle des sens et de la sensualité, semble aller à l’encontre de notre société (la publicité en est la démonstration flagrante). Patanjali nous dit que les sens nous égarent. Nous le savons bien : si par exemple, je goûte trop au sucre, je ne le sens plus : j’en mets toujours plus pour jouir du goût sucré… C’est la même chose pour la sensualité et tous les plaisirs. Ils sont source de dispersion, non seulement du mental, mais aussi de l’énergie vitale. Le yoga appelle à une modération bien vécue des plaisirs. Un seul carré de chocolat, savouré de toutes les papilles et avec contentement, c’est meilleur!
Aparigraha, la non-possession des biens matériels est un autre Yama «à contre-courant». La société de consommation nous incite à accumuler pour apaiser nos tensions, nos frustrations et notre aspiration au bonheur. Or cette solution est impermanente et futile. Le Yoga nous apprend que nous ne possédons rien, si ce n’est le trésor qui est en nous, notre vraie nature. Aparigraha a pour pendant Vaïrâgya, le détachement. Le dépouillement est une pratique difficile de nos jours, alors même que tant de bonnes raisons nous poussent à accumuler… des livres sur le Yoga, du matériel d’enseignement par exemple. Autant d’investissements qui trouvent toujours une justification irréprochable intellectuellement. Enseigner le Yoga est un choix de vie. Comment gérer sa vocation d’enseignant et les réalités financières, tout en restant dans l’éthique du Yoga? Pour ma part, il y a là un travail sur Aparigraha.
En espérant que ce vécu fera écho au vôtre.
La suite demain…
Namasté



bonjour Michèle,
Je découvre aujourd’hui ton site merveilleux et si riche pour moi qui débute dans l’enseignement du yoga. toutes ces fiches de travail, ces réflexions sur le yoga, sur la philosophie de la vie, c’est assez fantastique. Justement ce soir, je travaillais sur mon mémoire pour le diplôme de prof. de yoga et je parlais des yamas et des niyamas. Je fais un mémoire sur le yoga pour les adolescents. As-tu déja enseigné à des jeunes ? As-tu pu constater que le yoga leur apporte un mieux être ? Ton expérience m’intéresse, car pour l’instant je travaille surtout sur du théorique. Quelle genre de relaxation peux-t-on pratiquer avec des ados ? enfin merci pour ce site, c’est une véritable caverne d’Ali Baba !
Corinne
[…] Cet article complète le partage du vécu du yoga du premier article. […]
Bonjour Corinne,
Oui j’ai enseigné à des groupes de jeunes: des enfants, des préados et de jeunes universitaires. J’ai eu des ados dans des cours “tous âges”.
Le point le plus important pour moi, c’est qu’ils viennent au yoga avec leur libre arbitre: pas de contrainte ou de maman qui pousse de trop par derrière.
Alors là, je trouve que le yoga peut être pour eux quelque chose de fabuleux. Ils sont très réceptifs. Les enfants n’ont aucun a priori. Les ados, tant soit peu ouverts, se prêtent facilement au jeu.
Les corps sont encore malléables, les tensions disparaissent plus vite… oui! le yoga peut beaucoup! Le jeune va prendre conscience de ses tensions naissantes et va apprendre le yoga de façon très spontanée, quasi naturelle. Il relâche relativement rapidement et est capable d’aller loin, s’il en a envie.
J’ai donné des cours à de jeunes universitaires. Ils venaient par groupes d’amis, car nous faisions des prix très intéressants pour les étudiants. Ce sont d’excellents souvenirs pour moi. L’ouverture d’esprit, la curiosité et un enthousiasme certain ont constitué une belles expérience pour eux aussi. Quand on commence le yoga jeune, même si la route change au fil du tmeps, on est quasi certain d’y revenir un jour, car le souvenir du bien-être est inscrit en soi.
Pour la relaxation: Aux enfants, je commence par une prise de conscience du corps détendu sur le sol. je fais souvent une visualisation: une ballade un peu ludique et colorée. L’enfant s’imagine et ressens un décor naturel, des détails tels qu’une source d’eau, le sable fin, un ballon d’hélium de couleur qui s’envole sur fond de ciel bleu… Cela les aide à tenir en place quelques minutes. Ils ont une grande capacité de visualisation, d’imagination. L’essentiel est que l’image mentale bouge un peu (lentement bien sûr…)
Pour les grands enfants, ados, etc. la relaxation se rapproche de ce que je propose aux adultes. On prend le temps de passer en revue les parties du corps en suggérant la détente. J’aime bien terminer aussi par une image mentale, qui aide à expérimenter le niveau énergétique. Par exemple, ressentir le corps qui est comme un arbre lumineux, ou encore ressentir une sensation d’expansion, etc.
Bon courage pour le mémoire … et bien du plaisir sur la belle voie de l’enseignement!
Michèle
Merci Michèle pour ce témoignage, pour tes conseils et tes encouragements.
Corinne