mar 24 2008
Ahimsa, la non-violence de soi à soi

Le temps passe, les articles sur Yogamrita se succèdent… et je constate que ma série d’articles sur la non-violence, Ahimsa, n’est pas terminée. Certains me disaient «Mais arriveras-tu à écrire sur le yoga dans la durée? N’auras-tu pas un jour fait le tour de la question?» Je me dis aujourd’hui que plus ça va, plus il y aurait à dire… et que je finis pas m’oublier sur les thèmes en cours…
Ahimsa est d’actualité ces jours-ci. Les tristes événements au Tibet m’ont fait me souvenir de ces réflexions autour des Yama (restrictions) et Niyama (règles de vie), qui sont les fondements du yoga. Après avoir parlé de la violence dans le monde, puis de la violence dans notre relation à l’autre, voici quelques réflexions sur la violence de soi à soi.
«La violence manifestée résulte d’un inconfort intérieur profond».
C’est de là que j’ai envie de repartir aujourd’hui, car c’est en quelque sorte la racine du «mal». Cet inconfort intérieur, c’est «Dukha», la souffrance inhérente à l’existence, qui se traduit intérieurement sous une forme ou sous une autre.
La vie est une éternelle recherche du bonheur, du bien-être, du mieux-être. La recherche du mieux provient d’un manque de quelque chose, quelque qu’il soit. Pour être général, disons qu’il y a en nous un manque de bonheur ou de satisfaction, qui nous pousse à l’action, en vue combler ce manque.
La violence intérieure, envers soi existe réellement, mais nous nous la masquons à nous-mêmes.
Développer des pensées intransigeantes et dévalorisantes envers soi-même, manquer d’écoute par rapport à ses propres besoins, avoir tendance à faire le contraire de ce à quoi on aspire, jouer un rôle en contradiction avec ses aspirations profondes, est hautement frustrant.
Vivre empli de violence intérieure et de frustration ne peut qu’engendrer la violence, visible ou cachée.
Une des sources de violence les plus importantes dans la relation à soi-même réside dans le décalage entre ce que l’on est, ce que l’on fait, et ce à quoi l’on aspire. Cet écart est douloureux et génère le mal-être, des tensions et la frustration.
Quelques manifestations de violence vis-à-vis de soi-même
- En yoga par exemple, ce serait forcer régulièrement pour parvenir à faire une posture, quitte à se rendre compte au bout de quelques semaines que l’on s’est fait du mal en allant trop vite et trop fort.
- Dans notre vie relationnelle, ce peut être tenir un rôle qui va à l’encontre de celui que l’on souhaiterait ; ou montrer des traits de caractères que nous n’aimons pas en nous et s’en faire une fatalité, un mode de comportement.
- La volonté de donner une image de soi aux autres , ou vouloir être comme un autre, ou l’ambition exagérée, ou encore le perfectionnisme, la non acceptation de là où l’on en est, peuvent conduire à tous les excès.
En chacun de nous coexistent la volonté d’être et celle d’avoir, dans une totale confusion. L’idéal est dans l’«être»: nous souhaitons avant tout être heureux. Mais notre compréhension des choses semble nous dire que pour être heureux, il nous faut «avoir».
- L’«être» se vit dans l’instant présent, il ne demande rien et donne beaucoup.
- L’ «avoir» est dans la notion dans temps qui passe : « J’ai eu» (je suis peut-être dans le regret et je manque), « j’ai» (et je ne veux pas perdre ce que j’ai) ou «je veux avoir bientôt» (je suis dans le désir).
Ainsi, plutôt que de goûter à l’instant qui nous est donné, nous nous tendons intérieurement pour que les choses soient ce que nous désirons.
On dit aussi “manquer de temps”, tout comme “avoir” le temps. Le mode de vie actuelle, pour beaucoup d’entre nous, s’accompagne d’un manque de temps général:
- Le manque de temps conduit à un manque de respect des choses et de l’environnement.
- Le manque de temps pour l’autre nous éloigne: on ne prend pas suffisamment de temps pour échanger, communiquer, etc. avec nos semblables.
- Le manque de temps pour soi-même nous éloigne de nous-même, de notre nature spirituelle, psychique et même parfois physique.
Le stress c’est aussi ne pas faire ce qui serait bon pour soi, comme dormir suffisamment pour récupérer, être à l’écoute des signaux du corps et de ses besoins, se relaxer, faire régulièrement de la méditation, du yoga, etc.
Prendre conscience
Lorsqu’existe un décalage en soi, cela se sent, tant pour soi que pour les autres. Entretenir une tension intérieure «violente», c’est un peu l’équivalent de tricher avec soi-même et avec les autres.
Prendre conscience de cette violence intérieure permanente, que l’on s’impose vis-à-vis de soi-même, est un travail qui ne peut engager que nous et personne d’autre.
- Ce travail intérieur consistera tout d’abord à reconnaître cette violence en soi … pas toujours facile !
- Puis à observer, à ressentir ce manque, comment il se manifeste, quand, pourquoi, …
- Ensuite, à analyser cette frustration pour la comprendre et élargir sa vue des choses.
- Pour enfin parvenir à la transformation. Cette transformation est en quelque sorte la voie et l’objectif du yoga.
Pour clore la série d’articles sur Ahimsa, un prochain article sera consacré plus précisément à Ahimsa pendant la pratique du yoga.
Bonne semaine
Namaste


Bonjour Michèle,
Effectivement, Ahimsa est au coeur du débat entre les Tibétains avec d’un côté le Dalaï Lama, partisan de la non-violence, et de l’autre la nouvelle génération, partisane d’actions plus radicales. Il est bien difficile de juger ou de prendre position. Si j’étais à leur place, franchement, je ne sais pas ce que je ferais. Tout au plus, peut-on faire le voeux d’un règlement rapide de la situation qui permette aux Tibétains de retrouver leur indépendance et qui permette aux Chinois de sortir la tête haute.
Patanjali, dans le sutra II-1 dit que le yoga dans l’action doit être constitué d’une pratique régulière, de l’abandon (notion de petit chat dont nous avons déjà parlé) et de svadhyaya (étude de soi, introspection). C’est dire l’importance de ce dernier point que tu développes dans ce post.
Swami Sivananda dans “l’essence du yoga” dit q’un bon moyen d’effectuer ce nécessaire travail d’introspection qui aiguise notre conscience de l’instant est de rédiger quotidiennement une sorte de journal spirituel.
Bien à toi en cette après midi enneigée !
Christophe
Bonjour Christophe,
La question tibétaine est délicate… Le charisme du Dalaï Lama, la richesse culturelle de ce peuple et son attitude jusqu’ici non-violente ont permis de développer beaucoup de sympathie à l’égard du Tibet dans le monde entier. Nous sommes nombreux à apporter nos vœux et nos prières pour une solution respectueuse du peuple tibétain.
J’ai pratiqué le journal spirituel de Swami Sivananda pendant des années. C’est un moyen efficace d’avancer, mais certes un peu contraignant. C’est aussi un révélateur intéressant, car les liens de cause à effet quant à notre état d’être, se font à la lecture du journal. Une pratique (Sadhana) régulière influe directement sur ce que nous sommes, sur comment nous agissons et nous nous comportons.
A essayer par tous les yogi motivés!
PS: premier jour saupoudré de blanc en Bretagne hier matin. Jolis grelons en fin de journée. Pluie froide en ce lundi de Pâques. Il fait bon dans les chaumières…
[…] l’autre et au monde (1/2) De la violence à Ahimsa - La relation à l’autre et au monde (2/2) Ahimsa: la non-violence de soi à soi Les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles […]