fév 24 2008
Titiksha, la patience en yoga
Comment vous sentez-vous intérieurement dans la queue, àla caisse d’un hyper maché bondé? Quel est votre état intérieur lorsque votre PC semble tourner au ralenti ou que vos pages web se chargent àune allure déplorable? Vous arrive-t-il d’être énervé parce que pressé? Vous arrive-t-il d’être impatient?

L’impatience… voilàun mot qui m’a interpellée ces derniers jours. Certains s’avouent impatients parce que c’est flagrant, d’autres ne se rendent même pas compte de leur impatience. Mais globalement, en 2008, ne sommes-nous pas tous impatients ànotre manière ?
Le yoga s’accommode mal de l’impatience. Titiksha (ou Titiksa), la patience, est d’ailleurs une des qualités requises du yogi.
En Yoga, Titiksha, la patience, c’est avoir l’humilité de prendre le temps nécessaire…
La perfection en matière d’asana est un travail de longue haleine. La plupart des erreurs, des «bobos» de parcours, sont des signes, soit d’inattention, soit d’impatience. On surestime ses capacités et on se fait mal, ce qui va àl’encontre du yoga.
Les exercices du yoga sont puissants, tant les asana, le pranayama, que les bandha et les mudra ou la méditation. Leur pratique est toujours perfectible. Et leur apprentissage prend le temps de toute une vie, même si on les pratique tous les jours.
Le corps, physique et émotionnel, a son histoire, ses forces et ses noeuds; il a ses droits et ses besoins. Il vous parle et vous apprend qui vous êtes au fur et àmesure que vous le découvrez, par votre pratique attentionnée. Il vous accompagne et se laisse modeler, si vous le respectez.
La méditation n’est rien sans Titiksa. Le méditant impatient ne tient pas en place ou attend des miracles, … et vite! Sans patience, il abandonne sa pratique ou verse dans la recherche d’expériences psychiques spectaculaires, qui ne sont pas la méditation. La méditation profonde requiert le développement de la concentration et de la détente au plus haut degré.
Les anciens maîtres de yoga connaissaient bien le fonctionnement du mental de leurs élèves. Et souvent, leur premier enseignement était de prendre le contre-pied de l’impatience de l’élève. Le maître lui apprenait que s’il voulait avancer, il lui faudrait s’arrêter, se poser, être là, présent, ici et maintenant. Ainsi enfin, l’élève pouvait commencer àécouter, àentendre.
Dès lors présent àlui-même, l’étudiant prenait progressivement conscience de ce qu’il était et d’où il en était. Il devenait apte àreconnaître le chemin qu’il avait alors àparcourir, patiemment.
Mais le plus souvent l’histoire continue. Nous la connaissons tous. Nous apprenons, nous voyons que nous faisons quelques progrès. Puis parfois la machine s’emballe: nous voulons faire ànouveau encore des progrès. Or le vrai progrès, c’est l’expérience patiente, un état d’être.
Le maître de yoga, ou votre propre maître intérieur, cette sentinelle en vous, pétrie de patience, a la sagesse de connaître votre rythme d’apprentissage et vos limites. Elle est làpour vous guider. Il y a en chacun de nous un lieu de sagesse qui, si on sait l’entendre, nous aide àprogresser sûrement et avec patience.




Bonjour Michèle,
Oui, il m’arrive fréquemment de faire preuve d’impatience …. Parfois, je m’en rends compte, et j’essaie de me corriger, de prendre conscience du côté dérisoire de la situation. Je me dis qu’après tout, attendre, ce n’est pas si grave, dans deux heures, cela n’aura plus la moindre importance. Dans ce cas, j’essaie de profiter de l’attente pour respirer, me relaxer …
D’autres fois, je ne me rends compte de rien, ou alors trop tard. Dans ce cas, le risque, je pense, est de culpabiliser. Cela aussi est contraire au yoga. Ahimsa, la non-nuisance c’est aussi ne pas se nuire àsoi même. Il faut se dire : “je me suis énervé, bien, tant pis, je ferai mieux la prochaine fois”, et passer àautre chose.
En conclusion, il y a une phrase d’Arnaud Desjardins que j’aime beaucoup “Il ne faut pas être victime, mais disciple des situations”.
PS : Serait il possible par la suite que tu nous propose des petites séances basées sur une posture. Préparation, posture, variantes, contre posture …. sur des postures de base comme par exemple la pince, le triangle, la charrue, l’arbre etc.
Je te souhaite de passer un excellent dimanche,
Bien amicalement,
Christophe
L’article sur la patience m’est venu en voyant monter au jour le jour l’impatience, alors que nous faisions la vaisselle (nous n’avons pas de lave-vaisselle et nous nous entraidons).
C’est étonnant. En fait, nous avons beaucoup àfaire, en ce moment. Et il y a, malgré nous, une recherche d’efficacité qui fait naître une certaine impatience face aux tâches routinières.
L’impatience, c’est ce décalage entre la réalité et la volonté du mental.
Tu parles d’Ahimsa, et je voulais précisément mentionner la patience dans le 3e volet consacré àAhimsa, la non-violence vis-à-vis de soi-même…
Pour terminer, tu anticipes encore mes souhaits, puisque je me disais qu’il était temps de proposer une séance de yoga! C’est pour très bientôt, avec la thématique d’un asana.
Je me réjouis des beaux jours: ce sera plus facile pour refaire quelques séries de photos de postures!
Oui c’est un bel article et qui intéresse chacun! surtout dans notre monde moderne.
Lorsque je regarde les personnes âgées avec leurs gestes lents, je me rappelle que lorsque j’étais plus jeune, cela m’insupportait.
Depuis que je vis àAmsterdam, j’essaie de rester vigilante. Et je suis contente de constater que j’ai fait des progrès, moi l’amoureuse de la rapidité. Par exemple, en vélo, j’aime lorsque le feu passe au rouge. Avant, je les brûlais tous, maintenant je savoure ce petit instant “entre”, une suspension. Je regarde autour de moi, je prends le temps.
A Amsterdam, il y a aussi quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs : c’est l’ouverture des ponts mobiles pour laisser passer les péniches. Il y a pas mal de ponts, pas mal de canaux et souvent des bateaux, que ce soit des péniches de commerce ou des bateaux de plaisance; j’aime beaucoup cette parenthèse. Soudain, c’est le silence, tout est arrêté. Les voitures coupent le moteur, les trams ne bougent plus, les piétons s’agglutinent et les vélos aussi. Le pont s’ouvre et l’on voit passer le bateau géant, avançant d’un rythme lent et majestueux. Quel contraste avec la frénésie de la circulation automobile !
Et mon regard pour les personnes âgées a changé. L’impatience s’est muée en indulgence et en compassion aussi. Cela ne doit pas être facile de vivre son vieil âge dans ce tourbillon.
Oui l’impatience est une vraie violence que l’on inflige àsoi même et aux autres.
J’aime ce que tu dis Michèle, àpropos de l’apprentissage qui dure toute la vie. Comme je suis d’accord ! et je trouve que c’est une bonne nouvelle. Apprendre toute la vie, cela me paraît bien sage et dans l’ordre des choses.
L’impatience est une forme de domination, si nous ne voulions pas toujours maîtriser et dominer, nous ne connaîtrions pas l’impatience.
Je suis de tout cÅ“ur avec vous Michèle et Marc, j’imagine ce que cela doit être de mettre en place une nouvelle activité, avec ce que cela comporte d’inconnues et d’imprévus.
Je vous souhaite encore beaucoup d’énergie et de sérénité.
Sylvie
Un instant, je voyais Amsterdam en te lisant, Sylvie … J’aime tes exemples. La patience se cultive véritablement àchaque instant.
Quand tu dis que l’impatience est une forme de domination, cela me parle aussi.
Dans notre création d’entreprise, je me vois fixer des objectifs, des échéances. Parfois je me bas contre le temps et je “trime”; d’autres fois je me laisse porter par une certaine énergie ambiante qui me permet d’avancer. Chercher àdominer ou àse battre coûte de l’énergie. Aller avec le flot peut en donner…
Je reçois pleinement tes souhaits.
Merci et belle journée àtoi
Michèle
La patience est la clé du paradis, disait un écrivain dont j’ai oublié le nom….tout ce que vous avez dit, Michèle, Sylvie et Christophe est bien vrai. Il faut, comme le dit Christophe prendre du recul quand on se retrouve soudain face àl’impatience et bien sûr, travailler dessus ; un bon exercice est de vivre « au ralentit », en prenant son temps, on apprend ainsi àne pas se laisser prendre par le jeu du temps qui passe ; on remarque souvent qu’on est cent fois plus efficace et qu’on fait beaucoup plus de chose… »un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son temps » dit un proverbe chinois.
A ce propos, j’aime beaucoup les plages de « temps vide » que savoure Sylvie àun feu rouge etc….on peut aussi l’appliquer àla caisse d’un supermarché (tiens, ça me rappelle une conversation que l’on a déjàeu il y a quelque temps…).
Enfin, un bon moyen de ne pas s’impatienter et de faire des tâches quotidiennes qui nous ennuient comme la vaisselle (n’est-ce pas Michèle ?) et de les faire en essayant d’être ici et maintenant, en sentant l’eau chaude sur nos mains, l’odeur agréable du produit vaisselle, la texture des plats qu’on lave etc….vous verrez, cette activité qui nous embête peut vite se transformer en un véritable instant de bonheur (mettez en même temps un CD que vous aimez, chantez, que du bonheur !).
Bonne soirée àvous trois
Retour dans l’instant présent… et vaisselle-détente. Peut-être le fait d’avoir partagé, ou retour àun rythme plus adapté.
Bonne soirée