jan 27 2008
Les qualités requises sur la voie du Vedanta (2/2)
Le Vedanta est l’un des six grands systèmes philosophiques de l’Inde. Que peut nous apprendre une philosophie orientale issue d’un contexte culturel et religieux complètement différent du nôtre? Un précédent article a permis de définir brièvement le Vedanta et de montrer ce qu’il peut nous apporter.

Voici la suite de l’article d’hier sur le même thème…
Les qualités pour “s’accrocher” sur le chemin escarpé du Yoga de la Connaissance
Le Jnana Yoga est exigeante. Shankaracharya, la plus grande figure de l’Advaita Vedanta (Vedanta non dualiste), mettait en avant les qualités bien particulières que voici:
1. Viveka (la discrimination) et 2. Vairagya (le détachement) ont été expliqués dans l’article précédent.
Voici les autres qualités requises…
3. Shad Sampat sont les 6 vertus requises, et autant de perles de sagesse: la tranquillité, la maîtrise du mental, la simplicité, la patience, la foi et la concentration.
- La tranquillité véritable est celle d’un mental serein, apaisé. Le mental, qui saute habituellement de pensée en pensée, comme un singe tout excité saute de branche en branche, s’est enfin calmé.
Lorsqu’un lac, jusque là couvert de vaguelettes par une brise persistante, devient parfaitement lisse et limpide dès que cesse cette turbulence, il devint possible de sonder sa profondeur.
La tranquillité apaise le mental et le yogi devient capable de sonder le fond le plus secret de lui-même et d’accéder à sa nature spirituelle. - La maîtrise du mental: Son mental, comme l’eau limpide, est clair et transparent: pas de gravillons dans les rouages de la machine, pas de trouble obscur et invisible. Un tel mental se laisse modeler, tel une argile souple, par son potier. Pas de résistance au façonnage, ni à la cuisson. Ce mental n’est plus un obstacle. Il est un ami, il est l’échelle qui aide à gravir la connaissance.
- La simplicité: … la connaissance, un grand mot, souvent synonyme de pouvoir ou d’infatuation. Eh bien non! Notre véritable Jnana yogi demeure simple en son coeur et en son esprit. Si vous le rencontrez, il est accessible, proche de vous et à l’écoute. Il est serviable et amical. Point de hiérarchie ni de cérémonial, une pleine conscience épanouie qui vous touche d’un seul regard et rend évidentes en vous toutes les grandes phrases de sagesse que vous aviez pourtant entendues, lues et relues.
- la patience: Une telle sagesse ne s’acquiert pas en un jour. Le chemin du yoga comporte des moments agréables de progrès et d’autres désagréables, tels des orages, sous forme d’obstacles. Parfois même le yogi doit assumer ce qui peut être assimilé à une véritable tempête en lui. Il risque le découragement devant ce qu’il considère comme un retour en arrière. Ces régressions peuvent être très dures, et même parfois fatales, si la patience et l’humilité ne sont pas au rendez-vous…
- la concentration: Le Jnani développe toutes les facultés mentales que la nature a mises à sa disposition. Ces facultés l’aident à comprendre sa véritable nature jusqu’au seuil de l’intuition. Le seuil de l’intuition est celui de la connaissance vraie, ou supraconsciente.
Le pont entre le mental et la supraconscience est la concentration… La concentration anéantit l’activité du mental, qui se concentre sur l’unique pensée qui constitue son but. Lorsque le mental disparaît, s’ouvrent les portes vers une compréhension beaucoup plus large…
4. Mumukshutva: l’aspiration profonde et sincère à la libération. On peut être détaché du monde, avoir de grandes capacités de discernement, de grandes qualités, mais ne pas aspirer à la libération, ce changement irrévocable de niveau de conscience, ce changement d’état sans retour. Le Jnani qui a fait l’expérience ultime de la libération ne sera plus jamais le même.
Mumukshutva, cette aspiration profonde est une détermination très intime qui demande une foi totale dans le chemin choisi. La libération va à l’envers de la vie confortable et de notre compréhension habituelle. Sans cette qualité, l’aspirant peut voir dans la libération un danger, un précipice insondable, un anéantissement total de soi (l’individualité).
Le Jnani accompli est totalement détaché de l’identité à son “je” et il dit oui au grand “Soi” dans lequel il aspire à se fondre… Ainsi seulement, il aura le privilège d’expérimenter un jour la béatitude et de constater qu’il n’aura rien perdu mais au contraire, qu’il aura tout gagné… puisqu’il sera devenu le “Tout”.
Cette ultime qualité sera aussi son ultime désir. Car pour se réaliser enfin, il lui faudra renoncer à ce dernier attrait (pour la libération) qui le rattache à la nature humaine, qui est mue par le désir. Mais il va sans dire que Mumukshutva est le moteur indispensable à sa quête et qu’il doit être suffisamment fort pour le mener jusqu’à destination; c’est d’ailleurs ce qui en fait la qualité essentielle du Jnana Yogi.
Cet intense désir ne se trouve pas dans les livres, ni dans les belles rencontres avec des sages. Un tel sera insensible, Un autre sera inspiré au plus haut point par les mêmes rencontres. Mumukshutva ne s’apprend pas. On dit qu’un aspirant est mûr lorsque surgit l’urgence de la libération, qui trace clairement sa voie spirituelle.
Et moi dans tout cela?
Et moi, dans tout cela? vous direz-vous peut-être… La voie du Jnani est celle du fil du rasoir, difficilement accessible. Considérer le monde comme irréel est très abstrait ou relève presque de l’impossible.
Mais la philosophie et le yoga sont là pour nous guider. Eux-mêmes sont Maya (illusion)… mais à notre niveau, ils sont les outils de l’antique sagesse, qui nous conduit à la véritable nature de notre être …
Sources: Notes personnelles et diverses lectures passées
Image: http://www.sxc.hu/browse.phtml?f=download&id=753524

