jan 07 2008

Le Yoga selon Patanjali aujourd’hui: la relation au monde et le Karma

Publié par Michèle à 7:33 sous Philosophie

La loi du karma, telle un boomerang, renvoie les réactions de toute action

L’identification avec le monde

Patanjali explique que seule l’identification avec le monde (Prakriti), théâtre de nos boires et déboires, donne prise aux souffrances (Klesha) (Y.S. II.12). Nous prenons ce monde au sérieux, trop au sérieux.

Par exemple, si l’on médit de nous, nous sommes touchés au plus profond de nous-mêmes. Et nous souffrons de manière inutile…

Lors d’un changement de vie désagréable - perte d’un logement, d’un revenu, d’un être cher ,- nous sommes bouleversés, catastrophés, désécurisés, en colère ou gravement déprimés.

Les exemples sont innombrables. Sans compter que bien des fois, nous nous soucions à l’avance, de ce qui pourrait nous arriver.

La loi du Karma et le Samsara

L’identification au monde se fait le plus souvent dans la souffrance et les afflictions dont nous avons parlé plus en détails dans le précédent article.

C’est cette même identification qui, selon la philosophie indienne, est à l’origine de la loi du Karma, la Loi de cause à effet:

Revenons à ce quelqu’un qui a médit de nous et nous a ainsi porté préjudice. Il se trouve qu’une année plus tard, cette personne aurait grand besoin de notre aide. Dans le souvenir de notre souffrance passée, nous n’avons pas coeur de l’aider, et peut-être même pire, un certain plaisir à le laisser se dépêtrer seul dans ses problèmes. Ceci est la conséquence de son action passée. Ceci est aussi la conséquence de mon identification à ce monde et à mes propres illusions …

Le sage serait passé outre et aurait eu la bonté de porter secours à une personne dans la détresse. Cette personne aurait peut-être été stupéfaite de cette bonté et serait devenue meilleure…

Ainsi, avec chacune de nos pensées, puis chacune de nos actions, nous semons les graines de notre avenir et influençons celui des autres. Et plus nous avons de désirs à l’intérieur, plus nous semons de graines… Or, selon la loi du Karma, chaque graine doit implacablement porter un fruit! Chaque action, porte en elle une réaction.

C’est pourquoi nous sommes les propriétaires de très gros sacs de graines de karma…

Autre point de vue. C’est un peu comme un mouvement de balancier: si je pousse la balançoire des passions dans un sens, forcément, elle va revenir dans l’autre sens, en accord avec les lois physiques (psychiques) qui régissent cet univers. Si je calme progressivement mes passions, je retrouve l’axe, plus stable, équanime.

Autre image encore: celle du boomerang. Vous l’envoyez dans le sens de votre désir, il vous revient avec les conséquences de la jouissance de l’objet désiré…

Nous sommes les champions du boomerang. Mais attention parfois aux retours!

A ce sujet, la pensée indienne contient une idée originale, que l’on peut admettre ou rejeter selon nos propres convictions. Elle explique que nos accumulations de karmas sont telles qu’il ne nous est souvent pas possible de les consommer tous dans une vie. Ainsi s’explique le concept de Samsara, la transmigration ou Roue des Morts et des Naissances. L’âme individuelle, identifiée à la Manifestation, revient après la mort, dans une autre enveloppe humaine, pour expérimenter les conséquences de ses désirs et de ses actes. Elle devient le jouet des mouvements de causalités et d’effets. Elle se trouve prise dans les tourments de l’existence terrestre.

Le but de l’existence

Patanjali explique aussi que «la raison de cette Manifestation est d’en jouir ou de s’en libérer» (Y.S. II.18, p. 85, Spiritualités Vivantes, Albin Michel, traduction de F. Mazet).

La société actuelle prône la jouissance du monde: elle met l’individualisme sur un piédestal et vante la satisfaction immédiate des désirs, la jouissance matérielle et sensuelle.

La devise que l’on pourrait entendre ressemble à “le désir, c’est du futur plaisir” ou “tant qu’il y a du plaisir, il y a de la vie”.

Le point commun entre Patanjali et tout un chacun, c’est que fondamentalement, nous recherchons tous le bonheur.

Mais hormis ce point commun essentiel, Patanjali prend le contre-pied. Il propose une vision de l’Univers et de la finalité de l’existence opposée à celle prônée aujourd’hui par les médias et la publicité.

Le chemin proposé

Les Yoga Sûtra offrent des solutions pour éviter ou diminuer la souffrance. Patanjali montre qu’en réduisant les désirs, on cesse de générer du Karma. En réduisant le nombre de pensées - en se concentrant -, on apaise le mental, on se tourne vers l’intérieur de soi. Et finalement, on y trouve paix et félicité …

Patanjali propose un chemin de transformation par l’action, le Kriya Yoga.

Il recommande de ne pas identifier le témoin ou spectateur, avec la Manifestation ou spectacle. Il explique que:

La raison d’être de ce qui est vu (le Monde, Prakriti), est seulement d’être vu (II.21).

La Manifestation serait donc là pour que nous prenions conscience de son jeu. Pour que nous nous libérions de son emprise qui nous voile la connaissance de l’Unité, du Soi, du Divin.

Cette conception est très éloignée de ce que nous percevons de l’existence dans notre état de conscience habituel.

Personnellement et à mon niveau, je dois continuellement nourrir ma pratique du yoga et ma réflexion par des lectures et le contact de personnes éveillées pour garder cette conscience, du moins intellectuellement.

Sous un autre angle, même si j’approuve cette perspective yogique, je reconnais qu’elle peut être perçue par autrui comme profondément asociale. Patanjali s’adressait à des ascètes, des renonçants…

Patanjali aujourd’hui

Comme vous le voyez, en exposant les anciens écrits de Patanjali, je cherche surtout à stimuler la réflexion de chacun et à ramener la perceptive de l’auteur à celle qui est la nôtre, pour lui faire prendre toute sa valeur.

Pour aborder les concepts élémentaires des Yoga Sûtra, je pense que la pratique du Yoga, Asana, Pranayama et relaxation, donnent de bien meilleurs résultats que l’étude et des arguments purement intellectuels.

La pratique du Yoga dispose l’esprit à prendre du recul par rapport aux afflictions et à l’identification aux tensions intérieures. Elle nous permet de nous détacher de ses soucis et de ses souffrances, pour contacter le témoin en nous, Drashtar.

La pratique nous fait lâcher le sentiment de l’ego, au bénéfice de l’expérience de l’instant, physique et surtout intérieure, permettant ainsi de nous reconnecter au sentiment d’unité, puis de développer Viveka, le discernement ou la discrimination, pour mettre fin à Avidya, l’ignorance.

Pour y parvenir et purifier le mental, Patanjali propose l’Ashtanga Yoga dont il est souvent question sur ce blog…

Source image: http://www3.ac-clermont.fr/etabliss/montmarault/imagesboomerang/BOOMERANG3.jpg

4 réponses à “ Le Yoga selon Patanjali aujourd’hui: la relation au monde et le Karma ”

  1. Christophe le 08 jan 2008 à 10:15

    J’aime beaucoup cet article. Comme le disait Rico dans un précédent post, tu as le don de rendre compréhensible des concepts, qui habituellement rebutent lesnon-initiés que nous sommes.
    Amicalement,
    Christophe

  2. Michèle le 08 jan 2008 à 11:02

    Hé bien merci à tous les deux!

    Parfois, je me dis justement que ces articles peuvent rebuter un peu les gens. Mais le yoga ne se limite pas aux exercices physiques, alors ils ont leur place …

    A ce propos, il me semble que vous avez des lectures et des connaissances qui témoignent d’un vrai intérêt pour le yoga, qui ne date certainement pas d’hier… :-)

    L’objectif est donc atteint si des gens comme vous s’intéressent à ces articles. J’espère ne pas rebuter les débutants avec les quelques mots sanskrits. Mais c’est en les voyant régulièrement qu’on les apprend. Cette langue a un vocabulaire tellement riche en matière de yoga (plus de nuances) qu’il est dommage de ne pas s’y intéresser.

    Je ne connais pas le sanskrit, mais pas mal de mots de cette langue. Peut-être écrirai-je quelques articles pour nous aider à nous y retrouver (mots liés aux postures, à la philosophie, racines des mots, par exemple).

    Amicalement,
    Michèle

  3. Rico le 09 jan 2008 à 7:03

    Bonsoir,

    Merci pour ces articles;

    je pratique le yoga depuis peu et avais seulement que quelques vagues notions de la pensée indienne. Grâce à ses articles je me retrouve en terrain connu car je me rend compte que ces concepts philosophiques sont les mêmes que ceux du bouddhisme (j’ai pratiqué le zen et les arts martiaux japonais, empreints de bouddhisme): samsara, karma etc….ce qui est un peu normal vu que le bouddhisme est né en Inde et que le prince Siddharta a cotoyé des saints hommes avant d’élaborer sa théorie……Seule la pratique peut différer un peu, quoique…….
    “il y a de multiples sentiers pour gravir la montagne, mais une fois au sommet, tous contemplent la même lune”
    Merci encore d’éclairer notre chemin et de nous permettre de nous approcher toujours un peu plus du sommet

  4. […] est la loi d’action et de réaction, dont j’ai déjà parlé dans un article dédié (voir ici). Nous comprenons parfaitement cette loi dans notre culture occidentale: nous disons par exemple […]

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