jan 05 2008
Le Yoga selon Patanjali et les cinq afflictions (Klesha)
Dans ses Yoga Sutra, certainement le plus important texte ancien de référence au Yoga, Patanjali préconise le contrôle radical du mental et de la pensée, par les diverses méthodes du Yoga.

Arrêter la pensée, c’est la «mort» des entraves du mental et du petit «moi»: Patanjali déclare que c’est la condition sine qua non pour naître à la conscience supérieure et à la Connaissance. Pour y parvenir, le Yogi étudie le mental (Manas). Il va patiemment observer son activité et progressivement la calmer. Il va apprendre l’introspection, la concentration, puis la suspension des pensées…
Que signifie le Yoga selon Patanjali pour nous aujourd’hui? Comment le vivre? Un premier article sur le même thème a abordé cette question. Aujourd’hui, je propose simplement d’approfondir la réflexion de Patanjali et de laisser son écho se faire en nous. Patanjali est d’une incroyable actualité.
Naître à la conscience supérieure et à la Connaissance, expérimenter la quintescence de la méditation et l’état suprême de Samadhi: voilà un programme qui n’est pas forcément accessible à tous les simples mortels que nous sommes… Heureusement: Patanjali ne le savait que trop bien! Il concevait que la plupart des humains ne peuvent y parvenir sans un immense effort. C’est un processus progressif qui nécessite un élan intérieur intense, des plus rares …
Les cinq afflictions ou Klesha
La grande majorité des humains est prise dans l’illusion du monde éphémère qui constitue sa réalité. Patanjali offre de précieuses explications sur ce phénomène d’excentrage qui conduit à la souffrance. L’illusion qui nous attache aux jouissances éphémères plus qu’à l’essentiel est alimentée par les Klesha, les afflictions, qui affectent le mental et induisent la souffrance, Dukha.
Au Sûtra II.3, Patanjali présente les cinq Klesha, ou afflictions:
(1) Avidyâ, est l’état d’ignorance, qui nous empêche de connaître la réalité du monde «telle qu’elle est», car nous préférons la voir telle que nous voudrions qu’elle soit. Au lieu de percevoir la nature permanente de l’univers (énergie, harmonie, paix), nous nous identifions aux phénomènes impermanents de l’existence.
Nous voyons le temps qui passe, les êtres et les choses changer. Nous voyons ce que nous avons, ce que nous perdons, ce que nous voudrions. Mais nous trouvons difficilement la paix en nous. Les tensions et l’angoisse sont le lot de la plupart d’entre nous, un peu ou beaucoup.
Cet état, appelé ignorance, dans la philosophie indienne, a pour conséquence des identifications erronées et engendre la douleur. Avidyâ est la source des autres Klesha.
(2) Asmitâ est le sentiment du «je», de l’ego. La vérité ultime de la philosophie indienne est dans l’unité de toute chose. Nous sommes Un, au-delà des apparences. L’énergie universelle, le Divin, Om, … ses noms sont multiples. Cependant, la conscience, le sentiment d’une existence individuelle et autonome nous sépare de l’absolu et nous fait croire que nous agissons de notre propre volonté. Il y a dès lors dualité entre nous et l’univers. Il y a subjectivité dans nos jugements. Il y a erreur.
(3) Râga et (4) Dvesha sont, respectivement, le désir et le rejet. Ces deux Klesha animent en permanence tous nos comportements, car nous nous positionnons systématiquement, en qualifiant nos expériences, selon notre attraction ou notre répulsion. Lorsque nous aimons, nous en voulons toujours plus : ce sentiment est lié à un manque, à une frustration. Lorsque nous n’aimons pas, nous rejetons, pour nous protéger de la souffrance : ceci correspond au refus de s’ouvrir à ce qui est, et à lâcher-prise. Ainsi, l’insatisfaction est permanente.
(5) Abhinivesha est l’attachement à la vie, avec son pendant, la peur de la mort. C’est la conscience de soi, qui rend égoïste. C’est l’instinct de conservation qui fait passer nos intérêts d’abord. Il se cache derrière nombre de nos réactions, ainsi que derrière plusieurs mécanismes du stress.
Le prochain article parlera de notre identification avec la Manifestation, qui nous fait nous sentir tellement concernés par tout ce qui nous arrive et nous fait trop souvent souffrir. A cela s’ajoutera le concept de “Karma”…



En un mot, merci….merci pour ces articles sur la philosophie du yoga, c’est clair, précis….cela change de certains ouvrages qui obscurcissent l’esprit au lieu de l’illuminer !