déc 20 2007
De la violence àAhimsa – La relation àl’autre et au monde (1/2)
Toujours dans la continuité des articles sur les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles), voici le deuxième volet sur Ahimsa: la non-violence par rapport àl’autre, aux autres et au monde extérieur.

Comme vous le voyez (et comme l’écriture m’a permis de m’en rendre compte moi-même), ce sujet me tient àcÅ“ur… Pour ne pas dispenser trop d’information d’un coup, je publierai la fin de ce deuxième volet dans le prochain article.
Nous et notre relation au monde, àl’autre
[…] Ahimsa consiste àne pas nuire, en pensées, en paroles et en actes. Ahimsa se pratique avec soi-même, avec les autres – son conjoint, sa famille, au volant, au bureau, … -, dans l’alimentation et l’hygiène de vie, dans sa relation àl’environnement […]
La sensation du «moi», la sensation d’être un individu séparé du reste du monde, s’appuie sur ce que nous percevons de l’extérieur: nos sensations, nos perceptions, nos interprétations. Or nous le savons bien pour en faire régulièrement l’expérience, nos perceptions ne sont pas toujours fiables:
- Nous sommes limités aux informations que nous fournissent nos sens, ànos connaissances passées, ànos déductions logiques.
- Mais encore, toutes ces informations et perceptions reçues du monde extérieur sont tronquées, voilées, ou déformées, transformées malgré nous:
- par nos émotions, voire même nos blocages, résultats de souffrances passées;
- par nos projections: face aux faits extérieurs, nos déductions sont parfois partiellement, voire totalement fausses, ou même irrationnelles; elles sont le résultat des scories émotionnelles.
- notre finitude; par exemple, nous n’avons ni la vue aiguisée de l’aigle qui plane, ni la faculté de lire les pensées, ni le don d’ubiquité, …;
A propos des projections
Face au petit moi, fini et vulnérable, le monde est immense, varié, imprévisible et donc potentiellement dangereux.
Le moi, que j’appelle volontiers Ahamkara (le sentiment d’ego, d’individualité), a besoin de se rendre le monde compréhensible.
Pour cela, Ahamkara se résout às’expliquer àlui-même le monde et les autres.
Et c’est ainsi que nous avons tous la propension innée, naturelle, àprojeter et, étape suivante, àjuger. Cette propension est fille du sentiment d’insécurité et de l’absence de confiance dans ce monde et dans les autres.
Les autres sont eux aussi des citadelles de l’ego, d’autres Ahamkara qui fonctionnent comme le nôtre. Chacun dans sa tour d’ivoire, nous observons l’autre par les fines meurtrières que sont nos sens. Nous sommes àl’affût de toute agression. Nous observons et nous comparons.
Nous développons:
- l’attraction (Raga): la sympathie, l’amitié, l’amour, la compassion; mais aussi: l’envie et la jalousie;
ou - la répulsion et l’aversion (Dvesha): la non-acceptation de la différence; le dégoût, la crainte, la peur; mais encore: l’agressivité, la haine et la violence physique;
NB1: Tout ce que nous voyons dans la citadelle de l’autre existe en nous, sinon, nous ne le verrions même pas. Ce sera là, un des thèmes du troisième volet sur Ahimsa et la relation àsoi-même.
NB2: Notons encore que le Jivanmukta, le «libéré vivant», celui qui a réalisé l’état d’union qu’est le yoga, s’est libéré du carcan de l’ego et n’a donc plus besoin de citadelle. Il voit le monde dans un sourire paisible et équanime.
Un inconfort intérieur
La violence manifestée résulte donc d’un inconfort intérieur profond. La violence c’est méchanceté contre méchanceté.
La théorie de Maslow, illustrée par sa fameuse pyramide, démontre que, pour se défaire de cet inconfort intérieur qui nous habite, de cette insatisfaction, il faut répondre ànos besoins essentiels, des plus basiques aux plus élevés:

Les besoins les plus basiques nous sont commandés par l’intelligence du cerveau reptilien, les suivants par Manas (le mental et les émotions), les plus élevés, dont le besoin d’accomplissement spirituel, par Buddhi, l’intelligence supérieure.
Même une fois tous les autres niveaux de besoins – physiologiques, de sécurité, d’amour et d’appartenance et de reconnaissance – satisfaits, l’être doit encore répondre àson besoin de réalisation personnelle.
Le yoga propose les moyens de parvenir àl’accomplissement personnel au plus haut degré: la réalisation spirituelle.
La violence vis-à-vis du monde
La violence s’exprime àdifférents degrés. De l’intérieur de la «citadelle» du moi, vers l’extérieur, il y a:
- la pensée violente, l’intention;
- la communication violente;
- l’acte violent;
- l’indifférence ou la non-action violente.
Nous sommes des êtres civilisés, éduqués. Pour vivre en société, nous apprenons le plus souvent àdétourner notre violence. Ce n’est pas pour autant que tous nos contemporains font vœu d’Ahimsa. La violence s’exprime alors différemment, de façon pour le moins insidieuse.
En voici quelques exemples:
- la frustration et le comportement qui va avec. Cette frustration est le résultat d’un décalage entre la volonté violente et l’expression sourde que l’on s’en autorise;
- l’agression àtout va: certains s’énervent pour un rien, car tout devient sujet àénervement dans une société qui va vite, où tout se dit et, paradoxalement, où il est difficile de s’exprimer profondément. L’agressivité du conducteur ressemble àce niveau àun défouloir;
- l’impatience, le manque d’écoute, la moindre disponibilité. Nous sommes tous des personnes très occupées, «bookées». La vie actuelle nous offre de multiples opportunités de (trop) nous occuper et de nous absorber. Nous courrons vers des occupations qui comblent souvent un inconfort intérieur. Alors, il reste peu de temps et d’écoute pour les autres, pour l’autre;
- la violence àdistance ou par intermédiaire: actions en justice entre voisins pour un bébé qui pleure, une haie un peu haute, …;
- les piques, les petites mesquineries et autres règlements de comptes «civilisés»;
- distanciation par la non action: le monde comporte des injustices àtous les coins de rue et sur tous les médias. Les exclus et les SDF, les conflits armés, les catastrophes naturelles, la faim dans le monde, … Il devient difficile de se sentir concerné et sensibilisé par tout et tous. Dans un fatalisme ambiant, il se développe alors une accoutumance àla souffrance et àla violence. Cela devient normal.
- l’aquoibonisme: Par exemple: «Le monde est fichu, alors àquoi bon trier mes déchets et réduire ma consommation d’énergie?».
Alors quoi faire? Comment être?
Il n’y a pas de recette miracle, mais des pistes àsuivre. Ce sera la thème de la suite de cet article…
Gandhi écrivait àpropos d’Ahimsa: «ce n’est nullement le refus de tout réel affrontement avec la méchanceté. C’est au contraire, dans sa conception, une forme de lutte plus active, plus réelle en tout cas que la riposte violente, dont l’essence même est d’accroître la méchanceté (…) La non-violence est une force active de l’ordre le plus élevé. C’est la force spirituelle, le pouvoir de Dieu en nous. Nous participons de la divinité dans la mesure où nous réalisons la non-violence». […]




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