déc 08 2007
Ahimsa, la non-violence: introduction
Plus on a de considération pour les autres, plus on stimule des sentiments amicaux chez tous ceux qui sont en notre présence.
T.K.V. Desikachar

Pour continuer la série d’articles sur les Yamas (règles en société) et les Niyamas (règles personnelles), voici le premier des Yamas: Ahimsa, la non-violence. Ce thème est tellement vaste que j’ai choisi de le traiter en trois volets:
- Ahimsa, généralités;
- la non-violence par rapport à l’autre, aux autres;
- la non-violence par rapport à soi-même, dans la vie quotidienne et dans la pratique du Yoga.
En guise d’entrée en matière, voici deux citations sur la non-violence, d’après les Yoga Sutra de Patanjali :
Un désir subit d’agir avec rudesse, d’encourager ou d’approuver des actions dures, peut être réfréné en réfléchissant à ses conséquences nocives. Des actes de ce type résultent souvent d’instincts inférieurs comme la colère, la possessivité, ou un jugement déficient. Que ces actions soient importantes ou non, la réflexion dans une atmosphère favorable peut réfréner nos désirs d’agir avec rudesse.
T.K.V. Desikachar
[…] C’est toute l’importance de l’attitude intérieure. Si quelqu’un vit dans un état de non-violence, c’est-à-dire de non-jugement, de respect de l’autre, il va influencer son entourage et il sera très difficile d’être agressif à son égard ou même simplement en sa présence.
F. Mazet
Yama et Niyama - Bref rappel
Le premier article à ce sujet expliquait que les Yamas sont le premier membre de l’Ashtanga Yoga de Patanjali. Ils ont pour but de préparer le yogi à la discipline en Yoga. Les Yamas relient la pratique du Yoga à la société dans laquelle nous vivons, aux personnes que nous rencontrons, au jour le jour, mais aussi ils nous relient à nous-même, à travers l’introspection, la connaissance de soi et une maîtrise intelligente du mental et des sens.
Patanjali propose cinq Yamas (règles en sociétés ou observances), pour garder la paix en soi et autour de soi. Ils sont des garde-fous, pour l’élève en Yoga, le chercheur spirituel, l’enseignant en Yoga, le Yogi, ainsi qu’un excellent moyen pour développer vigilance et concentration.
Quelques réflexions à propos d’Ahimsa
La violence est le propre de la vie. Le fait même d’être en vie induit une certaine forme de violence. Je le vois par exemple chez les animaux domestiques que j’observe:
Au moment de recevoir la nourriture, ils se bousculent les uns les autres pour avoir les meilleurs morceaux. Un instinct les pousse à passer d’abord pour obtenir la meilleure nourriture, le plus de confort, de bien-être. C’est un instinct de survie qui leur permettra de vivre le plus longtemps…
Ahimsa, la non-violence, est un concept «évolué», «civilisé», que l’on retrouve chez l’homme et parfois chez l’animal, dans des circonstances exceptionnelles. Il est question d’Ahimsa dans les Yoga Sutra de Patanjali, mais aussi dans la religion hindoue, très marquée par la notion de «Karma», la loi de cause à effet. Ahimsa c’est «ne pas causer la souffrance ni de dommage» et respecter la vie humaine, mais aussi la vie animale et végétale. C’est donc aussi le respect de l’environnement que constitue la planète.
Ahimsa peut être interprété de différentes façons. Qu’est-ce que la non-violence? Est-elle la même chose pour un individu et un autre?
Le jaïnisme, secte pacifique indienne, contemporaine au bouddhisme, a élevé Ahimsa au plus haut point, si bien que ses adeptes balaient devant eux pour ne pas écraser les insectes et autres petits organismes. Ils sont végétariens et ne mangent pas de racines (carottes, céleri, …) pour ne pas condamner la plante. Les hindous stricts sont végétariens eux aussi, depuis des millénaires, pour éviter la souffrance animale.
Ahimsa consiste à ne pas nuire, en pensées, en paroles et en actes. Ahimsa se pratique avec soi-même, avec les autres - son conjoint, sa famille, au volant, au bureau, … -, dans l’alimentation et l’hygiène de vie, dans sa relation à l’environnement, et bien sûr pendant les Asanas et le Pranayama.
La violence n’est pas seulement un acte physique, elle peut être verbale, elle peut être aussi psychique. L’indifférence est une forme de violence en soi.
Le Mahatma Gandhi a été très inspiré par la non-violence qu’il a prônée sa vie durant. Mais ses jeûnes sévères, parce que longs et répétés, ont certainement mis son corps à rude épreuve. Sa mort fut un acte violent, que le Mahatma a su recevoir de façon non-violente et paisible, puisque ses derniers mots ont été son mantra “Ram”, le nom de Dieu.

” Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal “. À celui qui suit cette maxime, il n’arrivera que du bien.
Telle fut la devise de Gandhi qui gardait parait-il toujours avec lui une petite sculpture de ces trois singes.
Les prochains articles sur le sujet permettront d’approfondir ce qu’est Ahimsa, concrètement pour nous.
Mais peut-être avez-vous déjà votre point de vue à partager ici? ou souhaiteriez-vous voir abordé un aspect particulier de la non-violence?
Voir aussi:
- De la violence à Ahimsa - La relation à l’autre et au monde (1/2)
- Ahimsa et la communication non violente
Source pour l’image des petits singes et la maxime de Gandhi: sullye1900.spaces.live.com et pour Gandhi et l’enfant: www.nonviolence21.com/non-violence-21.php.



Bonjour Michèle,
vaste sujet que la non-violence, et si dure à pratiquer !
Je ne parle pas de la violence physique, ça c’est pas trop dur: ne pas se battre, ne pas écraser les animaux, éviter de se mettre en colère, trier ses déchets, essayer de respecter l’environnement etc…..
Mais alors là ou ça se complique, c’est pratiquer la non violence des pensées, la compassion pour tous les être: combien de fois par jour on se dit: “quel c… celui là” ou alors “elle est moche cette fille”; si on observait constamment ses pensées, comme en méditation, on serait surpris du nombre de pensées violentes que l’on développe par minute……
j’attends avec impatience la suite de vos articles.
Bon week end
Bonjour Michèle,
Je suis entièrement d’accord avec Rico. Combien de fois par jour peut-on se surprendre avec des pensées ou des paroles violentes. Pas toujours simple de se contrôler.
Je pense également que non-violence, non-nuisance ne doit pas être synonyme de passivité. Comment réagir face à une action violente contre autrui ou soi même tout en respectant ahimsa ? Vaste sujet !
Bonne soirée,
Bonjour Rico et Christophe,
Oui c’est vrai, la violence n’est pas toujours visible ni détectée par l’auteur lui-même!
On prend le pli de ses pensées, on juge, on critique intérieurement. Par la force de l’habitude, les violences “pensées” deviennent normales, si bien que l’on se rend même plus compte de cette forme de violence, tout droit issue de nos frustrations.
Les pistes de l’observation et de la méditation sont essentielles pour ne pas devenir esclave des réflexes inscrits par la répétition de pensées violentes. Sans quoi, on se retrouve un beau jour en malaise, emplis de pensées qui nous déplaisent.
Quant à la non-violence “active”, j’y crois totalement. Je souhaite aborder ce thème dans le prochain article. Souvent, on compare la non-violence indienne à de la résignation et de la passivité. Mais il me semble que la réponse à chaque situation, aussi complexe soit-elle, se trouve dans notre conscience profonde, qui est sage et intelligente. La vie implique une forme de violence à chaque instant. Le simple fait de respirer: nous absorbons et condamnons des micro-organismes…
Le maître de Milarepa était violent, en le condamnant à faire et défaire des tours, en lui témoignant une apparente indifférence. Mais dans le contexte de vie particulièrement violent de Milarepa, cela l’a aidé à évoluer, à payer ses fautes passées, à développer sa détermination, son détachement et sa sagesse…
Bon dimanche
Michèle
Il y a aussi la non-violence vis-à-vis de soi-même. Elle est plus insidieuse, elle demande une réelle prise de conscience. C’est sans doute par là que tout commence…
Merci Erika. C’est bien vu… et c’est pourtant là que j’ai choisi de terminer la réflexion sur Ahimsa (3e article). Parce que la non-violence envers soi… n’est pas le thème le plus facile.
Le 2e article sera consacré à la prise de conscience de la violence que l’on développe vis-à-vis de l’autre, de l’extérieur.
Bonne soirée
Michèle
Bonjour Michèle,
Merci pour cet excellent article. Tu soulèves une très bonne question à laquelle je n’avais pas réfléchi jusqu’à maintenant: “Est-ce que la non-violence est la même chose pour un individu et pour un autre?”
Effectivement, notre éducation, notre système de valeurs et nos perceptions sont tous différents les uns des autres. Ainsi l’est notre perception sur la non-violence.
De même, le concept de non-violence peut évoluer au fil du temps chez un même individu. Ce qu’il considère non-violent maintenant pourrait, avec le développement de la conscience, être considéré violent dans 10 ans.
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