nov 22 2007
Le Yoga et le corps de l’Occidental
Assidue comme je l’étais dans mes jeunes années, j’ai travaillé certaines postures classiques difficiles plus que je n’aurais dû. Je l’ai fait en respiration, pensant ne pas forcer. Mais au bout d’un certain temps, je me suis rendu compte, par de petites douleurs, que telle ou telle posture n’était pas favorable pour moi et qu’il me fallait accepter de ne pas chercher à l’améliorer plus encore.

L’évolution du corps à travers les âges
Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris qu’il existe très souvent des différences entre le corps occidental et le corps indien.
Nos habitudes occidentales ont influencé notre structure physique: notre squelette lui-même, s’est modifié avec notre mode de vie.
Noëlle Perez-Christiaens et le Docteur Louis Creyx expliquent ces modifications aux cours des siècles, dans leurs livres. Je pense notamment à un livre précieux, intitulé «Attention, le Yoga peut être dangereux pour vous».
Pendant la préhistoire, le corps était plus exercé et habitué à bouger, de façon parfois même acrobatique. L’homme a vécu accroupi longtemps encore après cette époque. Il paraît que le squelette s’est notablement modifié dans la première moitié du 2e millénaire, lorsque l’usage des bancs et des chaises s’est généralisé dans toutes les couches de la population. Dès lors, les angles du plateau tibiale et de la cheville se sont modifiés: ne subissant plus les pressions nécessaires à la position accroupie, ils se sont adaptés à l’usage fait de notre corps, et donc à la posture assise sur une chaise.
Le mode de vie et le maintien de nos contemporains s’est encore plus sensiblement modifié au cours des 150 dernières années. Avez-vous regardé les photos de vos arrière, voire arrière, arrière grands-parents? Leur port droit et majestueux?
Aujourd’hui de manière globale, la sédentarité s’est généralisée. Une grande partie de la population bouge peu et passe beaucoup de son temps assise sur des sièges, … et souvent mal assise. Le résultat est que le maintien est devenu le plus souvent mauvais: menton, nuque en avant, épaules remontées, dos voûté, bas du dos abîmé, démarche lourde.
Le corps peu musclé se recroqueville dans des positions parfois carrément «avachies». Parallèlement, des tensions dues au stress sont de plus en plus présentes et se cristallisent dans les zones du corps mal positionnées, sous des formes plus ou moins douloureuses.
Répercussion sur la pratique du yoga
Le Yoga s’est développé en Inde sur plusieurs millénaires, dans un contexte social et culturel différent. Les Asanas visaient la détente musculaire par l’étirement, à partir de positions relativement complexes. D’origine tantrique, le yoga des début était élitiste. La nature même des Asanas permettait de sélectionner les candidats à l’apprentissage du yoga. Tout le monde ne pouvait pas s’improviser yogi. Le travail et la persévérence étaient de mise…
Pour en revenir aux différences physiques, on peut encore dire que le corps de l’indien est resté plus proche de sa structure originelle d’il y a 2000 ans, que celui de son frère occidental. Mais ceci pourrait changer avec la modernisation de la société indienne.
A cause de ces différences, la majorité de nos contemporains occidentaux peinent à pratiquer certaines postures classiques. Je prendrai ici un seul exemple: la posture classique de Malasana qui illustre cet article. Parce que nous vivons assis et ne pratiquons quasiment plus la position accroupie.
Rares sont ceux qui sont à l’aise dans cette posture, mais ils existent. Je pense notamment à tous les ex-enfants qui ont joué accroupis dans le sable ou avec leurs petites voitures par exemple. Ce type de souplesse se travaille avant 6 ans, paraît-il.
Dans la posture de Malasana, la posture de la guirlande, on est accroupi pieds joints et les talons sont au sol. Les genoux sont écartés et le dos descend entre les genoux. Le bassin occidental n’est souvent pas assez ouvert et, surtout, les chevilles ne permettent souvent pas de plier les jambes, sans soulever les talons.
L’enseignement du Yoga aujourd’hui en Occident s’adapte nécessairement à la condition physique des contemporains, grâce à des aménagements de postures et à des variations.
Les proches de B.K.S. Iyengar ont beaucoup travaillé dans ce sens, pour aider à un travail adéquat sur le corps et éviter les mauvaises compensations. Celles-ci consistent à développer une hyperlaxité sur une ou plusieurs parties du corps pour compenser un manque de souplesse dans une autre région. Ce type d’erreur peut causer des dégâts à terme, en surexposant certaines articulations qui risquent l’accident (par manque de protection) ou le vieillissement prématuré.
Si cela vous intéresse, dans quelques semaines, lorsque j’aurai à nouveau accès mon matériel (livres…), j’approfondirai volontiers ces questions.
D’après ma lecture de Attention, le yoga peut être dangereux pour vous!: Pathologie du yoga, Noëlle Perez-Christiaens, Isa, Institut Supérieur, 1980
Source de l’image:
http://yogachola.de/praxis-inspiration/2002-ashtanga-intermediate/01-Yoga-Malasana.html



Oui oui oui ! approfondis ! je suis intéressée !
Et un haïku pour te remercier
Dans la salle obscure
saisissant le silence
un grillon chante
Sôseki
Bonne nuit
Sylvie
Merci Sylvie,
Ce haïku me plaît vraiment beaucoup…
Bonne nuit à toi aussi
Michèle
Oui, très joli haïku, empli de yoga, de zen.
Comme Sylvie, j’aimerais également que tu approfondisse le sujet.
Je fais partie de ses petits garçons dont tu parles, qui jouaient accroupis avec leurs petites voitures, si bien que j’arrive encore à maintenir les talons au sol lorsque que je plie les jambes…
Bonne journée,
Christophe
Enfin quelqu’un qui s’intéresse à ce sujet, je ne trouvais rien, je désespérais, merci ! :-)
On peut se poser le même genre de question sur l’alimentation, la diététique. Manger “comme” les Japonais ou les Indiens, pourquoi pas, mais notre organisme est différent.
On sait qu’un même aliment convient bien à certaines personnes et moins à d’autres (ayurveda etc.); la provenance géographique de nos ancêtres joue sans doute elle aussi un rôle.
Quelqu’un a des infos ?
Bonjour Erika,
Oui, il y a certainement aussi une influence géographique, culturelle et même physiologique pour l’alimentation.
Il est connu que les épices conviennent dans les pays chauds, mais que sous les climats du nord, ils risquent d’accentuer certaines pathologies.
J’ai entendu dire que les japonais ne supportent pas l’alcool pour des raisons physiologiques.
Je n’en sais pas beaucoup à ce sujet, excepté qu’il existe une série de livres du Dr. Peter d’Adamo qui a établi une théorie sur les régimes alimentaires en fonction des groupes sanguins et des originesm auxquels tu sembles te référer. J’ai lu partiellement le premier et son approche est intéressante.
Peut-être quelqu’un en saura plus?
Bonne journée
Michèle
PS: J’ai vu trop tard ton commentaire sur la marche consciente (http://www.yogamrita.com/blog/2007/11/01/une-marche-consciente/#comments). Et je n’ai pas très bien compris comment elle se fait. Mais c’était probablement parce que j’ai exagéré tes indications.
bonjour à tous,
petite info personnelle qui concerne les plantes et nos origines:
selon l’Ayurveda, nous sommes sensés nous procurer et nous soigner avec les plantes des notre pays de naissance . elle seront bien plus efficaces que celles d’un autre continent. en etudiant en Inde, j’ai experimenté des tisannes que mes medecins me faisaient tous les jours avec des plantes et epices indiennes en fonction de mon etat de santé ( je faisais une cure de panchakarma) et au debut c’etait BON, toutes ces nouvelles saveurs, au bout d’un mois je saturais limite rejettais ces saveurs…j’etais en manque de ma verveine, ma lavande etc….et idem pour la nouriture….c’est un principe de base en medecine indienne comme pour l’alimentaire….
et c’est ce qui fait la richesse de l’Ayurveda car elle s’adpate à tous les continents!!!!
bonne journée à vous lecteurs!!
isabelle
Merci Isabelle,
Tu confirmes totalement les dires de notre naturopathe. Il nous arrive de nous faire plaisir avec quelques épices …
Mais instinctivement, on sent que les saveurs régionales semblent mieux nous convenir.
A très bientôt en Bretagne: nous y serons pour de bon dans un mois! :o)
Michèle
Merci Michèle pour les références.
Pour la marche, c’est plus difficile à décrire qu’à montrer, c’est sûr
:-)
A bientôt !