oct 02 2007

Le singe, le chat et leurs petits - Markata Kishora Nyaya

Publié par Michèle à 10:03 sous Philosophie

“Le singe, le chat et leurs petits” … un intitulé un peu surprenant n’est-ce pas? Et pourtant, cette analogie, que l’on appelle Nyaya dans le Vedanta, peut ouvrir à une réflexion des plus profondes.

Petit du singe et petits du chat

Les vérités du Vedanta sont tellement abstraites, que les maîtres et philosophes ont choisi de les imager à travers des analogies. A la base, le Nyaya d’aujourd’hui, “Markata Kishora Nyaya”, sert à distinguer les approches des voies du Yoga:

Le bébé singe s’agrippe à sa mère de sa propre force quand elle saute d’une branche à l’autre. De même, un aspirant au Jnana Yoga (la voie du le Yoga de la connaissance) lutte avec lui-même pour atteindre la sagesse.

Mère et bébé singe

Au contraire, le Bhakti Yogi (celui qui pratique la voie du Yoga de la dévotion) s’abandonne impuissant au Divin, de toute sa foi, comme le chaton (un lionceau sur la photo) qui attend sa mère pour qu’elle le porte.

Lionne et son lionceau

Mais la réflexion peut être élargie:

Qui suis-je dans mon Yoga? petit du singe ou chaton?

La question n’est pas si saugrenue. Que recherchez-vous dans votre pratique des Asanas? La maîtrise du geste ou de la technique vous amène-t-elle à un vécu contrôlé de chaque instant; auquel cas vous voici plutôt petit du singe. Quelle place accordez-vous à la présence consciente, au ressenti? à l’abandon de vous-même et de toutes vos tensions? … au chaton qui est en vous?

Je me suis posée cette question. Quelle est mon attitude intérieure profonde pendant ma pratique du Yoga? Personnellement, je me sens à la fois petit du singe et chaton:

La mise en place de la posture requiert toute ma présence, une certaine dose d’observation et d’autocontrôle en conscience. Là, je suis le petit singe. J’essaie de m’agripper le minimum nécessaire…

Puis, une fois la posture déployée, je lâche prise, je m’intériorise - retour à l’essentiel, au vécu de l’instant, hors du temps et de toute contrainte. Ici, je suis chaton.

De même en Pranayama et en méditation, il m’est tout d’abord nécessaire d’intégrer une certaine rigueur pour mettre en place la posture, observer la respiration, puis amener le mental en son point de concentration. Sans cette phase, mon mental me file entre les doigts, comme un singe (c’est le cas de dire!) qui saute d’une branche à l’autre de l’arbre. Une fois apaisée par la posture et la qualité d’attention tout d’abord volontaire, le pranayama ou la méditation peuvent s’installer beaucoup plus naturellement. Le petit chat prend la relève…

Quelle est mon attitude dans la vie? petit du singe ou chaton?

La réflexion peut être étendue à la vie courante, et même à l’action de chaque instant. Est-ce que je fais confiance à la vie? Ou est-ce que j’ai besoin de tout contrôler et maîtriser? Quel est l’équilibre entre les deux?

Là en ce moment, qui suis-je? Ce matin, j’ai essuyé la vaisselle comme un petit singe qui veut gagner du temps, puis je me suis mise à écrire cet article, … comme un chaton, heureux de se laisser porter par l’inspiration du moment.

Bonne journée!

PS: Si ce sujet vous a intéressé, lisez aussi les commentaires ci-dessous, qui le complètent.

Source des images:
perdues…. sauf http://www.alynappies.com/?m=200605

7 réponses à “ Le singe, le chat et leurs petits - Markata Kishora Nyaya ”

  1. Christophe le 02 oct 2007 à 11:25

    Ce que je vais écrire est sans doute un peu trop simpliste mais pour résumer, peut on dire que mouvement = attention, concentration = petit singe et que immobilité = abandon, méditation = chaton ?

  2. Michèle le 02 oct 2007 à 11:40

    A peu près, du moins selon ma vue des choses. Mais j’ai envie de préciser, car il y a risque de faire des amalgames.

    Je dirais que le petit singe est celui qui a la volonté de faire et de contrôler. Car si il tombe, il sait qu’il peut se faire mal.

    Le chaton laisse les choses se faire, car il sait que son déplacement ne dépend pas de lui mais de sa mère, qui maîtrise la situation.

    Si je prends l’exemple de la méditation, pour être véritablement “en yoga”, la concentration ne doit pas rester de nature “petit singe” (agrippé à son objet).

    Il est un moment - de grâce peut-être -, où la concentration (l’effort) se transforme en attention naturelle. Ce n’est plus le mental qui veut faire, la méditation se fait d’elle même. Car, in fine, la méditation ne se limite pas à un acte de concentration.

    Dans l’idéal, un asana doit pouvoir se prendre dans l’optique “chaton”. Je fais, mais en somme, j’ai conscience que je me laisse faire par quelque chose de supérieur. Je connais la technique, mais je ne m’arrête pas dessus, j’expérimente quelque chose de plus profond, je suis mon yoga plutôt que je ne le fais…

    Et pour terminer, le petit du singe est très courageux. Cette approche en yoga n’est pas négative. Elle peut être difficile. Le yogi qui emprunte la voie du Jnana Yoga, “la voie du petit du singe”, fait preuve d’une immense détermination. Il développe ses facultés mentales supérieures au plus haut degré - discrimination, concentration, désir de croissance intérieure et spirituelle, détachement - , afin de devenir pleinenement conscient de son fonctionnement, afin de ne pas se laisse piéger sur son cheminement spirituel, et in fine, pour obtenir une connaissance supérieure et la réalisation suprême.

    Est-ce que l’explication te convient mieux ?

  3. Christophe le 02 oct 2007 à 1:26

    Oui, tes explications sont très claires. Merci pour cet article très concret et qui invite à réfléchir sur sa pratique et sur sa vie.
    Pour ma part, je dirais que je suis plutôt un petit singe qui a tendance à vouloir exercer un contrôle sur pas mal de chose,trop de choses et qui aurait besoin de devenir un peu plus petit chat, de “confier sa vie aux nuages” comme l’écrivait dans un poème le maître zen Ryokan.
    Une posture, qui je trouve illustre bien ce concept, c’est la posture du corbeau. Au début, on a peur, on veut contrôler la descente et soit on n’y arrive pas soit on tombe. Ce n’est que lorsque l’on est capable de se laisser aller, de s’abandonner que le corps descend et que l’on trouve l’équilibre.
    Amicalement,
    Christophe

  4. Michèle le 02 oct 2007 à 3:23

    L’exemple du corbeau est parfait!
    Merci Christophe

  5. Christophe le 02 oct 2007 à 3:44

    Pour l’anecdote, j’ai un petit chat qui saute partout, partout sans arrêt et que l’on appelle le ouistiti,un vrai petit singe !

  6. Michèle le 02 oct 2007 à 3:49

    Voilà donc qui fait une compagnie pleine de vie à Triskel :o)

  7. Christophe le 02 oct 2007 à 4:12

    Oui, tout à fait. Il a une deuxième jeunesse !

Trackback URI | Commentaires RSS

Laisser une réponse

Yogamrita boutique du yoga et du bien-être
Yogamrita stages de yoga et cours de yoga en Bretagne