août 29 2007
Isha Upanishad

L’Isha Upanishad porte le nom du premier mot qui la compose et qui signifie “Par le Seigneur”. On l’appelle aussi parfois Ishavasya Upanishad. Chaque Upanishad se rattache à l’un des 4 Vedas ; l’Isha Upanishad est rattachée au Yajurveda, le deuxième Vedas, tout particulièrement destiné aux rites, et plus précisément au Yajurveda blanc (il existe aussi le Yajurveda noir).
L’Isha Upanishad est écrite en vers et est la plus courte des Upanishads: elle est formée de 18 vers seulement ; mais on lui reconnaît une grande valeur. C’est souvent par elle que commencent les recueils d’Upanishads, bien qu’elle soit relativement tardive. L’Isha Upanishad offre un résumé bref, mais complet, de la philosophie hindoue, d’une extrême densité. Elle a été commentée à maintes reprises, y compris par de grands sages.
L’Isha Upanishad qualifie l’Etre Suprême de façon paradoxale. Elle le écrit, par exemple, comme Celui qui meut et qui ne se meut pas (qui est immobile), Celui qui est près et celui qui est loin, faisant ainsi prendre conscience de la relativité de tous nos concepts. C’est une manière d’expliquer que Dieu n’est pas descriptible au moyen des caractéristiques et des qualités matérielles que nous connaissons. Il est d’un autre ordre. Cette compréhension permet alors de commencer à percevoir les vérités spirituelles dont traitent les Upanishads.
Le texte
Parce qu’elle est si courte, voici la traduction intégrale de l’Isha Upanishad
Source: http://www.yoga.hm.
Des notes explicatives suivent plus bas.
- Reconnais que tout ce qui existe dans ce monde en constante mutation est recouvert par le Seigneur. Apprécie tout ce qu’Il t’offre, ne convoite les biens de personne d’autre. [1]
- Agit ainsi et tu obtiendras la libération et l’immortalité [2]. Tu n’expérimenteras ni la mort ni l’attachement. Tu n’auras pas d’autre possibilité que d’expérimenter Dieu.
- Il est des mondes sans soleil recouverts d’aveugles ténèbres, s’y rendent après la mort ceux qui ont tué leur âme.
- Unique et sans mouvement, Cela est plus rapide que la pensée. Les sens ne peuvent jamais Le rattraper, Cela est toujours devant. Bien qu’immobile, Cela est plus rapide que ceux qui courent après Lui. Mâtarishvan [3], le Vent, qui sinon dessèche, Le remplit d’eau [4].
- Cela est immobile et cela se meut. Cela est loin et Cela est près.
Cela est à l’intérieur de tout et Cela est à l’extérieur de tout. - A celui qui reconnaît en chacun le Soi et le Soi en chacun, le Soi ne se cache plus.
- Quelle illusion et quels soucis pourraient-ils rester à qui reconnaît son Soi en chacun et qui ne perçoit que l’unité?
- Cela existe par soi, Cela est transcendant, omniscient, pur, impeccable, sans corps, sans muscles [5], Cela ne peut pas être blessé, ne peut pas être atteint par les péchés. Cela a de toute éternité ordonné les choses de votre Nature selon la Perfection.
- Qui fait confiance au Non-Savoir entre dans les ténèbres aveuglantes. Qui fait confiance au Savoir entre dans ténèbres plus épaisses encore.
- C’est que Cela est différent du Non-Savoir et du Savoir, ainsi que l’on dit les Sages dont nous suivons l’enseignement.
- Celui qui reconnaît le Non-Savoir et le Savoir simultanément passera la mort grâce au Savoir, et par le Non-Savoir gagnera l’immortalité. [6]
- Qui fait confiance au Non-Devenir entre dans la ténèbre aveugle, Qui fait confiance au Devenir entre dans ténèbre plus épaisse encore. [7]
- C’est que Cela est différent du Devenir et du Non-Devenir, ainsi que l’on dit les Sages dont nous suivons l’enseignement.
- Celui qui reconnaît le Non-Devenir et le Devenir simultanément passera la mort grâce au Devenir et par le Non-Devenir gagnera l’immortalité.
- D’un masque d’or est recouverte la face de la Vérité. O Soleil, enlève-le afin que je puisse connaître la Loi de la Vérité.
- O Toi, Nourrisseur, Unique Voyant, Régisseur, Soleil, Père de la Création, rayonne ici Ta Lumière pour moi afin que par Ta Grâce je puisse contempler ta Magnificence. [8]
Cette personne que je contemple tout là-haut dans le Soleil, je suis Cela ! - Laisse mon souffle de vie regagner l’immortalité, laisse mon corps redevenir cendre. Om, O Volonté, souviens-Toi de ce qui fut fait ! O Volonté, souviens-Toi de ce qui fut fait ! [9]
- O Feu, Toi qui connais toute chose manifestée, conduis-nous sur le chemin vers la Félicité, débarrasse-nous de nos mauvais attachements aux péchés ! A Toi, nos plus beaux chants d’hommages !
Notes
[1] Ne convoite aucun bien, pas même les biens spirituels.
[2] Il s’agit de l’action désintéressée, sans motif égoïste aucun, ni même le désir d’accumuler du karma positif. Cette action est faite uniquement au nom et par amour du Soi, commun à tous les êtres. Il est question de cette attitude dans la très célèbre Bhagavad Gita.
[3] Matarishva est l’éther primordial. Il est “Celui qui se répand dans la Matrice”, à la fois espace et air.
[4] Ici, il est question du Prana, le principe de vie, la vitalité, l’énergie, la force qui remplit les êtres vivants.
[5] L’Un est sans parties, sans structures organiques.
[6] Cette phrase semble contenir un paradoxe. Notre logique veut que seule l’immortalité vainc la mort. Mais l’Isha Upanishad dit que la Connaissance (le Savoir) et l’Ignorance, (l’Illusion qu’est le monde impermanent) son indispensables. En fait, dans la logique philosophique indienne, elles ne sont pas totalement opposées: elles sont les deux pôles du Savoir. Le sage doit avoir pleinement compris et délimité l’Ignorance fondamentale à la lumière de la Connaissance. Ignorance et Connaissance sont les deux pôles, opposés mais nécessaires et complémentaires, du Savoir. Le sage, est à la fois celui qui est immergé dans la lumière du Soi, et celui qui connaît tous les tours de l’Illusion du monde impermanent qu’il observe autour de lui.
[7] “Non-Devenir” fait appel à la notion philosophique de “Prakriti”, qui représente ici la Nature non manifestée (à l’état indifférencié). La Nature, source primordiale du monde manifesté, est constituée des 3 Gunas (Sattva, Rajas et Tamas).
“Devenir” fait appel à la notion philosophique de “Hiranyagarbha”, “Celui qui est né de l’Œuf d’or”, l’un des noms de Brahma, le créateur. “Hiranyagarbha” représente la manifestation considérée sous son aspect subtil, et soumise, in fine, à la dissolution.
[8] Ici, le Soleil symbolise Vidya, la Connaissance et Vérité, dont l’éclat pur est insoutenable, et qui est habituellement voilée.
[9] Ce vers met en évidence la distinction entre le corps périssable, que l’on quitte pour en reprendre un nouveau dans la prochaine incarnation, et l’âme immortelle qui s’en retourne à la source de Vie, Prana.
Source: http://www.les-108-upanishads.ch.
Concepts véhiculés
L’Isha Upanishad met en exergue la notion de Karma. Elle prône une vie simple, le contentement de ce qui est donné et la non-convoitise des biens d’autrui.
Elle mentionne aussi les réactions karmiques négatives, liées au non respect des autres êtres vivants, en recommandant de reconnaître le Soi en chacun.
La vénération des Deva (demi-dieux: ici le “non-Devenir” et le “Devenir”) est condamnée, en faveur de celle du Dieu Suprême. La récompense de l’adoration de l’Être Suprême, est la Connaissance et la Félicité éternelle.
L’Isha Upanishad décrit la nature de la Personne Suprême, comme le contrôleur (Ish), qui est derrière l’Univers. Certains commentateurs traduisent “Ish” comme étant l’Atman (l’Être Suprême) ou l’atman (avec un petit “a”), l’âme individuelle, qui a fit l’expérience profonde de l’Atman (Réalisation).
Sources: Dictionnaire de la sagesse orientale, Robert Laffont; Wikipedia (anglais) ; http://www.les-108-upanishads.ch, http://www.stephen-knapp.com/sri_isha_upanishad.htm, http://www.yoga.hm.


