Nous allons terminer le voyage dans le yoga avec Gérard Blitz, grand homme en la matière. Cette article achève la série (voir aussi (1), (2), (3) et (4)). Ces textes commentent les Yoga Sutra de Patanjali, à partir de l’expérience de la pratique du yoga et du quotidien.

Dans le précédent article, Gérard Blitz a expliqué les deux premiers membres de l’Ashtanga Yoga selon Patanjali (yoga des 8 membres ou étapes), il s’agissait de: Yama (les prescriptions pour la vie en société en vue d’un cheminement yoguique) et Niyama (les prescriptions yoguiques pour la pratique personnelle).
Patanjali parle de asana et de pranayama.
Asana et Pranayama sont les deux angas ou membres qui transforment. Nous passons par le corps pour trouver la paix de l’esprit. Grâce à la neuropsychologie et à la neuropsychologie, nous avons la preuve aujourd’hui que la pratique du yoga a effectivement pour effet d’intégrer le mental et de créer l’unité de nos fonctions. L’équilibre du corps a pour conséquence l’équilibre psychologique et psychique.
Asana, dit Patanjali, est stable et confortable. Il ne faut pas confondre asana et la posture. C’est à partir de la position du corps que l’on obtient asana, qui est l’état de conscience absolue du corps. Pour pratiquer asana, dit encore Patanjali, « il faut utiliser les moyens appropriés, renoncer à l’emploi de la force au bénéfice de l’équilibre. Dans un état d’infinité ». Patanjali, en quelques mots, brosse tout le contenu de asana. Des milliers de pages de définitions et d’explications ne peuvent pas remplacer ces deux sutras.
Ensuite vient pranayama, le quatrième anga, celui qui accentue les effets obtenus par asana. Asana ayant rempli sa fonction, la suite naturelle de la pratique est pranayama. On est maintenant assis, immobile. On ne change plus de posture. On est en relation exclusive avec la respiration, avec le rythme profond, cosmique du corps. Dans pranayama, la qualité du flot de l’air est subtile et nécessite un long apprentissage. Est importante aussi la relation avec le flot. Cette relation doit être plus qu’une relation. Elle doit être une osmose. Il faut « vivre » cette respiration, ne pas en être séparé.
Les deux notions citées ci-dessus sont essentielles. Les « techniques » du pranayama viennent après, lorsque ces premières notions sont bien assimilées.
Par la pratique de asana et pranayama, nous passons de l’état de dispersion à un état centré. A la fin d’une juste pratique, nous sommes centrés. Etablis en nous-mêmes. Nos sens fonctionnent mais ne nous entraînent plus. Ceci est le cinquième anga: pratyahara.
Ces cinq premiers angas du yoga de Patanjali constituent la voie dite « externe ». Ils sont contenus dans le deuxième chapitre des Yoga Sutra.
Maintenant, nous sommes différents.
A la suite de la pratique, nous sommes maintenant différents. Centrés intérieurement. Nous sommes capables de nous intéresser à une chose à la fois, d’écouter, d’approfondir. Ces états nous habitent non seulement lorsque nous sommes assis, immobiles, les jambes croisées, mais aussi à chaque instant de notre vie.
Quelque chose est né en nous et semble mystérieux lorsque l’on ne l’a pas connu. Qui est en fait d’une extrême simplicité. Tout ce qui est vrai est avant tout extrêmement simple. Nous devons aller dans ce sens. C’est par la simplification que nous pouvons découvrir les éléments essentiels de notre vie et les comprendre. Ceci est valable également pour la pratique du hatha yoga.
Cette situation, cet état résulte de la pratique, l’évolution de cet état fait l’objet du troisième chapitre. Ceci est la voie « interne ». Patanjali analyse cette évolution avec sa rigueur et son objectivité habituelles. Il cite de nombreux exemples. Lorsque nous progressons, notre vision du monde change. Notre niveau de conscience se transforme et s’amplifie. Tout ceci est présenté progressivement jusqu’au moment où Patanjali s’arrête dans cette progression pour nous mettre en garde.
Cette expérience que nous vivons est un obstacle à la réalisation, dit-il. Ahurissante déclaration. Nous nous croyions sur le point d’aboutir et Patanjali nous rappelle à l’ordre. Il faut abandonner cette expérience, dit-il. Ne pas devenir supérieur. Ne pas nous différencier. Ne pas mettre volontairement les autres sous influence.
Le but final du yoga est le don de soi.
Le but du yoga n’est finalement pas d’atteindre pour soi-même un état de pure conscience. L’objectif se situe sur un autre plan. La transformation intérieure nous apporte la qualité nécessaire qui peut nous permettre d’être utile, plus complètement disponible.
L’objectif du yoga est en définitive le don de soi.
* Gérard Blitz (1912-1990), a été le fondateur du Club Méditerranée mais aussi un enseignant passionné du yoga. Il a par ailleurs contribué à son développement en Occident. En 1974, il est devenu secrétaire général de l’Union Européenne de Yoga. Il en est devenu ensuite le président jusqu’à sa mort en 1990.
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