juin 09 2007

Le Yoga d’après Gérard Blitz* (2)

Publié par Michèle à 2:57 sous A propos du Yoga

Cet article fait suite au précédent. Gérard Blitz explique que les progrès en Yoga consistent à approfondir indéfiniment la conscience du corps et non pas seulement cheminer des postures faciles vers les postures difficiles.

Asana, posture stable et confortable - Trikonasana

Il existe en yoga de grands principes pour développer cette conscience du corps et fixer le mental. L’un d’entre eux est la conscience de la position du corps dans l’espace. Il convient de percevoir le centre de gravité de la posture; ce centre diffère pour chaque posture. La prise de conscience est alors grandement facilitée. Avoir la conscience de la pesanteur, c’est avoir conscience de l’usage approprié des muscles. Ceux-ci ne font que lutter contre l’apesanteur. Pour être bien dans les asana, il faut être confortable, il faut que les chaînes musculaires s’établissent autour de cet axe. En se compensant, donc sans effort.

Dans asana, nous recherchons l’équilibre psychologique, psychique. C’est pourquoi nous utilisons le corps. L’unité entre le mouvement du mental et le mouvement lent, naturel du corps, induit l’état d’équilibre, d’unité.

Ce n’est pas seulement le corps qui produit les effets d’apaisement du mental. C’est surtout la conscience du corps, la relation du corps avec le mental.

Dans asana, on suit le corps. On ne suit pas le mental. On ne préétablit rien. On décide d’un objectif et on pratique dans l’expérience du moment. On pratique en fonction des informations que l’on reçoit du corps. L’équilibre se fait entre deux contraires.

On ne peut pas trouver l’équilibre en suivant toujours la même direction. En vélo, si on tourne tout le temps à droite, on tourne en rond. Toute chose a son contraire. Il faut pratiquer les deux extrêmes pour trouver le point d’équilibre. C’est pour ce la que dans le hatha yoga, quand on fait une posture d’ouverture, par exemple, on fait une posture de fermeture tout de suite après. Quand on fait une posture debout, on fait une posture couchée. Après avoir été actif, on est passif. On fait shavasana. Il y a une pulsation entre les contraires, on compense continuellement. Il faut passer par l’équilibre du corps.

D’autres lois de la pratique des asana vont dans le même sens. La première est le respect des espaces. C’est-à-dire qu’il ne faut pas rentrer dans un processus répétitif. Entre deux gestes identiques, il faut créer une interruption, une suspension, un espace. On reprend chaque fois contact avec la respiration. Alors, tous les gestes, même ceux qui se répètent, sont neufs. Une pratique du hatha yoga est une pulsation “actif-passif”. On agit, et aussitôt après, on est passif. C’est à partir de la passivité que l’on peut être actif et vice versa. On est obligé d’interrompre, sinon, le geste suivant sera la répétition banale du geste précédent. Et on pratique autre chose que le yoga.

La personne qui pratique devient conscient de sa propre pratique, entre dans la conscience de son propre corps. Les temps de récupération varient. Mais chaque fois, on met le compteur à zéro. On efface au fut et à mesure toute trace de fatigue musculaire. On ne garde, on n’accumule que les effets de centrage. Le yoga est une voie de conscience, de non dispersion, d’où résulte l’unité psychologique et psychique.

Asana est la suspension de tout mouvement dans une position donnée.

Une autre loi importante dans asana est celle de l’immobilité. Non pas comme nous l’entendons, immobilité par rapport à un mouvement, mais immobilité absolue. Dans asana, on va du mouvement vers l’immobilité, de la périphérie vers le centre. Cette immobilité finale, nous l’obtenons dans une position donnée, après une bonne préparation. Immobilité totale qui est suspension de tout mouvement, mental, respiratoire, musculaire. Si la respiration est interrompue ou si elle existe à peine, il n’y a plus de mouvement de la colonne, plus de mouvement musculaire. Le muscle se trouve dans une position d’immobilité absolue. La respiration est quasiment suspendue, le mental l’est aussi. C’est cette situation qui participe à la régulation, à la coordination de nos fonctions.

* Gérard Blitz (1912-1990), a été le fondateur du Club Méditerranée mais aussi un enseignant passionné du yoga. Il a par ailleurs contribué à son développement en Occident. En 1974, il est devenu secrétaire général de l’Union Européenne de Yoga. Il en est devenu ensuite le président jusqu’à sa mort en 1990.

Le texte d’aujourd’hui, 2ème partie d’un ensemble, cite Gérard Blitz dans son texte « Yoga et Sutra, De la relation des écritures avec notre pratique quotidienne ». A suivre…

3 réponses à “ Le Yoga d’après Gérard Blitz* (2) ”

  1. […] Yogamrita Pratique du Yoga, Bien-être « Le Yoga d’après Gérard Blitz* (2) Fin des cours de Yoga à Genève » […]

  2. […] Gérard Blitz lui-même parle de Sthira Sukha à sa manière, dans ce très bel article, tiré d’une série de cinq, sur les Yoga Sutra de Patanjali. […]

  3. […] je reprends la série d’articles sur le Yoga (voir aussi (1), (2) et (3)), extraite d’un texte inspiré de Gérard Blitz qui commente les Yoga Sutra de […]

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