juil 03 2008

Ahimsa (la non-violence), dans la pratique (2/2)

Publié par Michèle sous A propos du Yoga

Ahimsa, dans la pratique quotidienne du yoga

Voici la suite et la fin de l’article de lundi sur ce thème de la non-violence. Partie pour écrire un seul article, je me suis retrouvée à rédiger une série entière. Ainsi, je me suis rendu compte que ce sujet aux multiples facettes me passionne…  Ici, nous nous intéressons à la pratique. Quelle place tient Ahimsa dans mon yoga? Le yoga comporte une part d’effort, une part de non-effort. Quelle attitude adopter? quellle progression rechercher? 

Ahimsa, l’attitude indispensable sur la durée

Certains yogis occidentaux, soucieux de tradition et de perfection prennent le chemin de l’ascèse, une ascèse extrême (à l’instar de l’aspirant yogi décrit plus haut). Je dis extrême car ils ne tiennent pour la plupart pas sur la durée. Mieux vaut une pratique de moyenne intensité maintenue tout au long de la vie, plutôt que 4-5 ans de pratique intense… puis l’abandon pur et simple. Ahimsa n’a pas été suffisamment mis en pratique.

D’un autre côté, beaucoup de gens font du yoga par confort, et aussi pour progresser sur leur chemin intérieur, mais ils ne prennent pas la peine de s’investir. C’est un peu ce qu’Ysé Tardan-Masquelier appelle dans un de ses ouvrages le yoga “plan-plan”. Une habitude saine parmi d’autres. On pratique un yoga doux, respectueux du corps, … On se croit dans Ahimsa.

Mais le véritable Ahimsa n’a rien de “plan-plan”. C’est un état de vigilance intégral et constant. Ahimsa se développe en regard et en reflet des autres Yama (règles en société) et Niyama (règles personnelles) (voir article à ce sujet). Au départ, les progrès en yoga se font intérieurement.

Par exemple, dans la pratique du yoga, il n’y a pas de progrès intérieur s’il n’y a pas d’honnêteté envers soi-même (Satya), ni de persévérance (Tapas).

L’honnêteté par rapport à soi-même, c’est antre autres  accepter de voir ses limites et de travailler pour les reculer (si la santé le permet). Par exemple, dans la posture de l’Arc (Dhanurasana), si je me rends compte qu’il m’est difficile de monter les pieds dans la posture, je ne cherche pas à compenser en les écartant: c’est plus facile …  mais on cambre et on abîme à la longue le bas du dos. Au contraire, je travaille mes points faibles: la souplesse globale du dos, les épaules et l’étirement de la chaîne musculaire avant (y compris les quadriceps, l’avant des cuisses).

Dhanurasana, la posture de l'arc
Dhanurasana, la posture de l’Arc

La persévérance (Tapas, l’ascèse), c’est être régulier sur la durée, pendant 10, 20, 30, 40 ans… La persévérance, c’est adapter son hygiène de vie et son alimentation, parce que cela influe sur la pratique du yoga. C’est aussi compléter son cours hebdomadaire par un peu de pratique à la maison, par des lectures sur le yoga, c’est chercher à comprendre le yoga au-delà du cours de yoga et des postures. Cela ne vient pas forcément tout de suite. Mais au bout de10 ans ou plus, c’est sûr! on a envie d’aller un peu plus en profondeur!

Prendre conscience de la violence en soi

Et enfin, Ahimsa en yoga, passe bien évidemment par l’apaisement de la violence en soi - une Lapalissade qui mérite tout de même d’être exprimée -. La violence en soi, ce sont les tensions intérieures. L’évacuation de la violence passe par l’évacuation du stress. Le stress nous fait tricher envers nous-même et envers le monde, le stress fausse le jeu et voile notre vraie nature.

  • Le stress est l’oubli de soi (dans le sens de notre nature véritable ou âme) pour faire face au monde.
  • Le yoga participe à la dissolution des tensions que nous nous créons dans notre relation au monde extérieur. Il a pour but notre rencontre avec nous-même, pour finalement pouvoir renouer avec notre vraie nature, et ultimement, nous y fondre.

Première partie de cet article: Ahimsa (la non-violence), dans la pratique du yoga (1/2)

Bonne semaine
Namaste

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juil 01 2008

Ahimsa dans la pratique du yoga (1/2)

Publié par Michèle sous A propos du Yoga

Ahimsa, la nou-violence pendant la pratique du yoga, une histoire de soi à soi

Voici l’ultime article (en 2 épisodes) sur la non-violence, Ahimsa, série que j’avais commencée l’année dernière déjà… Ahimsa, nous l’avons vu, est une pratique qui touche tous les niveaux de l’existence: non-violence vis-à-vis de notre environnement, vis-à-vis des autres êtes vivants, humains et autres, mais aussi non-violence vis-à-vis de soi-même. La violence n’est pas seulement physique, elle peut-être verbale, ou même seulement pensée. Aujourd’hui, passons en revue notre pratique du yoga, à la lumière d’Ahimsa…

Quelques “violences” vis-à-vis de soi-même pendant le yoga

  • L’impatience et le besoin de résultats: Forcer régulièrement pour parvenir à faire une posture, quitte à se rendre compte au bout de quelques semaines que l’on s’est fait du mal en allant trop vite et trop fort. Par exemple, je connais des “yogis” opérés des genoux, pour avoir voulu progresser en Padmasana, la posture du Lotus, à tout prix et trop vite.
  • Le soucis de perfection: Vouloir faire aussi bien que le professeur ou que son voisin, parce qu’on aime bien faire. Alors, on ne s’écoute pas, on regarde le résultat souhaité avant tout.
  • L’absence de d’écoute de soi: Faire ses postures comme d’habitude alors que le dos est un peu grippé ou que l’on est courbaturé par un excès de sport pendant le week-end.
  • Le manque de temps: faire les postures rapidement pour être efficace et avoir fait un peu de yoga à la maison (même si c’était mal fait…). A ce sujet, le manque de temps (que l’on s’impose) est une violence contre nos proches à qui l’on accorde pas suffisamment de temps, contre les machines que l’on maltraite ou que l’on entretient pas suffisamment, envers les objets que l’on abîme, envers soi-même que l’on ne respecte pas, …
    Prétexter ne pas faire de yoga par manque de temps est une forme de violence: si on n’a pas le temps, c’est qu’on a particulièrement besoin de yoga!

Le Hatha Yoga n’est-il pas le “yoga de l’effort violent”?

Oui, c’est sa définition première, et c’est vrai sous un certain angle.

Les yogi ont développé les techniques tantriques dans le but de purifier toutes les couches de l’être et d’éveiller la kundalini, pour accéder “facilement” à un niveau de conscience supérieur. Ce travail serait destiné aux “mauvais élèves” du Raja Yoga. C’est-à-dire à ceux qui n’arrivent pas, naturellement, à méditer profondément et à entrer en Samadhi (état de supra-conscience). Autant dire, le Hatha Yoga s’adresse à la majorité d’entre nous…

La Hatha Yoga implique une dose d’effort et d’ascèse:

  • Rester immobile, renoncer au mouvement est déjà en soi une forme d’ascèse. Immobiliser le corps, c’est aussi immobiliser le mental. Or, celui-ci a horreur de l’immobilité…
  • Pratiquer des postures qui ne sont pas forcément faciles, les apprendre et les faire dans la mesure de ses possibilités, avec constance et progression, et surtout avec patience, c’est une vraie ascèse…

Mais si le yoga est une ascèse, le plaisir est-il malvenu pour autant?

Bien sûr que non. Tout est question d’équilibre. C’est ce que la suite va expliquer.

Quant à l’effort purement violent, qui serait par exemple pratiquer des heures de Pranayama, des Bhastrika (exercice de respiration intense) et des rétentions jusqu’à transpiration, à tenir des Asana plusieurs minutes, voire des heures, à méditer des journées entières, à tenir des Mudras jour et nuit, cela est valable dans certains contextes seulement.

C’est valable pour l’aspirant yogi préparé par un maître, dans la pure tradition du yoga tantrique. Ce yogi a été rompu à des pratiques préparatoires, à une ascèse alimentaire, à une vie saine. Ce yogi a purifié son mental. Il a renoncé à la vie mondaine et au confort. Il a opté pour une vie de simplicité extrêmement rudimentaire. Il a évacué le stress et vit pleinement le présent.

Son yoga n’est alors qu’une suite de leçons logiques. Il a suivi toute la progression avec son maître. Il est jugé apte à de telles pratiques. Il sait en savourer les bénéfices, même si elle est difficile. Car même à ce niveau, il arrive à installer «fermeté» («Sthira») et «douceur» («Sukha»).

L’effort violent en yoga n’est pas forcément violent dans le sens où nous l’entendons généralement. C’est cet effort qui vous permet d’aller au-delà… de là, où vous étiez avant. C’est ce qui vous permet d’avancer. Cela peut être le relâchement d’un blocage physique ou psychique de longue date, la découverte de sensations nouvelles dans votre détente, l’ouverture d’un espace intérieur jusque-là jamais expérimenté.

«Sthira» et «Sukha», mesure d’Ahimsa

Le Yoga, c’est un équilibre dans la pratique qui comprend douceur et fermeté, avec la même intensité.

C’est 50% de douceur, 50% de fermeté.

La douceur, c’est que la posture doit être «confortable», et la fermeté, c’est qu’elle doit tenir d’elle-même, dans une certaine rigueur qui prévient de tout affalement.

C’est un équilibre à trouver dans chacune de vos postures, dans chacun de vos exercices de respiration, dans votre pratique de la méditation, mais encore dans votre auto-observation/introspection au quotidien (ni dureté/intolérance, ni laxisme).

La douceur dans la pratique, c’est aussi goûter l’instant de la pratique – même si l’exercice n’est pas simple - et la fermeté, c’est aussi maintenir l’exercice, en développant la force mentale tranquille.

La fermeté est dans une certaine rigueur: rigueur de la posture juste, innombrables petits auto-contrôles qui vous aident à déployer votre corps dans la posture parfaite (et inoffensive); parfaite pour vous, aujourd’hui. Rigueur, qui vous conduit à équilibrer les tensions et le relâchement des multiples zones de votre corps, afin de tenir dans l’espace sans rigidité (trop de rigidité est parfois le défaut des yogis) et sans mollesse. La rigueur c’est l’observation constante de la respiration amie, qui accompagne vos mouvements d’un bout à l’autre. La rigueur, c’est le témoin intérieur qui ramène le mental sur l’expérience de yoga, ici et maintenant…

Ce jeu d’équilibre est essentiel.

A suivre…

Autres articles sur le sujet:

Bonne semaine
Namaste

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juin 28 2008

Sagesse de Krishnamurti / Trois articles par semaine

Publié par Michèle sous Divers, Sagesses du monde

Yogamrita, orange sur sa branche

Voici deux citations de Krishnamurti, issues de “Sagesses : 365 Pensées de Maîtres de l’Inde“, ce livre d’Olivier et Danièle Föllmi, qui nous accompagne au jour le jour cette année, avec une citation et une photo inspirante:

Regarder, écouter, est un grand art.
En regardant, en écoutant,
nous apprenons infiniment plus de choses que par les livres.
Ceux-ci sont nécessaires,
mais l’observation et l’écoute aiguisent les sens.

-o-

La guérison de l’esprit s’opère peu à peu
au contact de la nature,
de l’orange sur sa branche,
du brin d’herbe qui se fraie un passage dans le ciment,
et des collines couvertes, cachées par les nuages.

Krishnamurti

Yogamrita, coccinelle sur un hortensia

Bonjour à tous,

Je vous sais nombreux maintenant à visiter régulièrement le blog. Je suis heureuse de ce succès et souhaite pouvoir continuer encore longtemps à faire vivre cet espace d’échange sur le yoga, la spiritualité et le bien-être.

Comme plusieurs d’entre vous le savent, notre projet est devenu professionnel et il comporte aussi d’autres facettes.  Pour faire face à la charge de travail, je vais réduire encore une fois le rythme de publication des articles sur le blog: de quatre articles hebdomadaires, je vais passer à trois.  Et ce stade, j’atteindrai le rythme que j’estimais le bon, une fois la boutique Yogamrita, Yoga et Bien-être en ligne.

Mais la boutique est toujours en cours de préparation…  et comme le stock est en train gentiment d’envahir l’espace, il me faut avancer, afin de pouvoir au plus tôt la mettre en ligne et à disposition de tous.

Pour les habitués, je publierai désormais les articles (sauf contretemps) les mardis, jeudis et samedis. Je continuerai bien sûr à répondre à vos commentaires tout au long de la semaine.

Om, Namasté
Michèle

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juin 26 2008

Neutraliser le masque

Publié par Michèle sous Relaxation - Nidra

La relaxation que voici nous vient d’André van Lysebeth. Et c’est Henri Brunel qui a attiré mon attention sur elle en me disant à quel point elle est bénéfique et convient à tous, y compris aux personnes très âgées et aux handicapés : « Lorsqu’il ne reste plus rien, la neutralisation du masque est encore et toujours possible; elle est d’un secours immense. »

Visage du Bouddha - Art Kmer

La neutralisation du masque n’est pas seulement une relaxation du visage. Modifier l’attitude et les mimiques du visage influe sur les émotions et transforme l’attitude psychique. Neutraliser le masque, c’est donner au visage une attitude neutre. C’est aussi et surtout amener la neutralisation émotionnelle, qui se traduit par la quiétude et la sérénité.

Si la description peut paraître complexe au première abord, cette relaxation est très simple et logique, après un ou deux essais. Attardez-vous aussi longtemps que vous le souhaitez sur chacune des étapes successives. Voici résumé l’ensemble du processus:

1. Neutraliser les lèvres

Pour les neutraliser: les placer à l’horizontale, ce qui correspond à la position du sourire naissant. C’est l’esquisse d’un sourire intérieur.

2. Le menton

Diriger la pensée vers la chair du menton et y relaxer tous les muscles. Plus que la détente musculaire, c’est l’intériorisation à cet endroit qui est importante.

3. La mâchoire inférieure

Déserrer les dents. Les dents doivent à peine se toucher. Dès que les dents sont déserrées, remonter par la pensée, symétriquement le long de l’arrête du mandibulaire, à droite, et à gauche…

4. Les oreilles

Prendre conscience de la présence des deux oreilles, sans plus. Cinq secondes suffiront.

5. Les tempes

Au départ des oreilles, amener la pensée symétriquement vers les tempes. S’y arrêter une dizaine de seconde, comme pour toutes les étapes. S’efforcer de ressentir le ôté gauche aussi intensément que le côté droit.

6. Le front

Partant des tempes, toujours symétriquement, amener lentement la pensée vers le milieu du front. En balayant ainsi le front, le détendre, le lisser sur toute sa surface. La pensée, un moment divisée en deux, se rassemble au milieu du front, sur la ligne médiane, là où se produit habituellement le froncement. S’y attarder un instant, puis descendre le long de cette ligne entre les sourcils, vers la racine du nez.

7. Les yeux

Guider l’attention le long de la ligne imaginaire tracée au milieu du front, passer entre les sourcils, pour prendre conscience des paupières. Celles-ci seront closes mais pas serrées, elles ont “la légèreté des ailes du papillon” et se touchent à peine. Détendre les paupières supérieures aussi bien qu’inférieures.

Puis passer à la détente des globes oculaires, qui sont alors pris dans le champs de perception… Faire intérieurement le tour des deux globes oculaires, simultanément sentir leur volume, leur poids. Pendant ce temps, le regard est orienté légèrement vers le bas. S’attarder un peu plus aux yeux qu’aux autres parties du visage déjà balayées au passage. Tenter de ressentir les pulsations du sang autour de l’œil.

8. Le nez

Après une minute environ, reprendre conscience des paupières et ramener la pensée symétriquement dans le coin des yeux. De là, suivre l’arrête et redescendre vers le bout du nez. Prendre conscience des deux ailes du nez e les détendre.

9. Les joues

Partant des ailes du nez, nous remontons vers les pommettes; en respectant scrupuleusement la règle de symétrie, la pensée parcourt les deux joues et les détend, jusqu’à leur rencontre avec l’arrête inférieure du mandibule. Les joues deviennent flasque, le visage sans expression.

10. La bouche

Le périple ramène maintenant à proximité de la bouche. Reprendre conscience des lèvres (2 secondes), puis prendre conscience du volume de la cavité buccale, limitée par les mâchoires et le palais, et y diriger l’attention vers la langue et vers son attache,au fond et en arrière de la bouche. Sentir la langue toute entière, puis la laisser s’aplatir dans la bouche, “comme une limande au fond de la mer”. La sentir souple et chaude, molle sur toute sa surface.

Neutraliser le masque: un périple proposé par André van Lysebeth

Recommencer le périple

Après cette première neutralisation du marque, lors de laquelle on ne s’est pas attardé, refaire le tour une seconde fois, voire une troisième fois, dans son ensemble. Ne rien modifier à l’ordre, et n’intérioriser plus encore , si c’est possible, au point de percevoir les pulsations du sang en certaines parties dont on prend conscience.

La neutralisation émotive

Lorsque la neutralisation musculaire du masque est atteinte, après 2 ou 3 parcours, passer à la phase finale essentielle: prendre conscience de l’ensemble du masque neutralisé, puis s’imprégner du climat intérieur qui se dégage de la non-expression faciale. La neutralisation émotionnelle s’apparente à une vigilance détendue, confiante, presque souriante…

Cette partie de l’exercice se prolonge autant que souhaité. Elle équivaut au moins à la durée d’un tour de masque complet.

Usage de l’exercice

A pratiquer à tout moment creux de la journée, n’importe quand, n’importe où. A pratiquer même si on n’a pas le temps de le faire en entier. A pratiquer avant les asana, le pranayama ou la méditation; puis garder le masque pendant la pratique.

Un des meilleurs moment est le soir avant de s’endormir. Il procure l’apaisement émotionnel et crée un climat de sérénité et d’euphorie…

Aucune position n’est préconisée pour pratiquer cet exercice, qui peut se pratiquer debout, assis ou couché. Le soir, l’assoupissement peut se produire avant la fin de l’exercice… et ce n’est pas un inconvénient.

Source : Libre résumé à partir du chapitre 12 “Neutraliser le masque” dans Ma séance de yoga, André van Lysebeth, Editions Flammarion.
Image: iwen.free.fr

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juin 24 2008

Descente du Gange: la naissance terrestre de Ganga

Publié par Michèle sous Sagesses du monde

La naissance de Ganga sur terre

Chaque année, au mois de janvier, plus de cent mille pèlerins se rendent sur l’île de Sagar, près de Calcutta, pour célébrer en se baignant dans les eaux la rencontre du Gange avec la mer. Le Gange est une rivière céleste, autant dire qu’il a fallu toute la patience et l’habileté des Dieux pour qu’elle daigne descendre sur terre. C’est ce que nous raconte la légende.

Le roi Sagar, dirigeant de la dynastie Ikshvaku, était malheureux car il n’avait pas de fils. Il pria les Dieux pour avoir un fils pendant de nombreuses années et ses vœux furent exaucés. Une de ses femmes donna naissance à un fils et la seconde accoucha d’une calebasse. En voyant la calebasse, le roi donna l’ordre de la jeter. Mais les Dieux s’interposèrent et lui dirent de prendre grand soin des graines du fruit car mille fils forts naîtraient d’elles. Sagar fit comme on lui dit. Bientôt ses fils vinrent au monde et grandirent pour devenir des jeunes hommes. Un jour, alors que le roi célébrait l’Ashwamedh Yagya (la prière rituelle durant laquelle on lâche un cheval en liberté et n’importe quel territoire qu’il couvre devient la propriété du roi éxécutant le rituel. S’il y a une quelconque résistance, alors les armées du roi s’en chargent…), le cheval qui fut lâché disparut quand il eut atteint l’océan.

Les fils, qui avaient accompagné le cheval, le cherchèrent partout. Ils commencèrent à creuser le fond de l’océan et atteignirent la demeure de Vishnu. Vishnu avait endossé le personnage de Rishi Kapil, et à côté de lui, le cheval perdu broutait paisiblement. Les fils de Sagar étaient fâchés et insultèrent le Rishi en le traitant de voleur. Les yeux du Rishi rougeoyèrent de colère. Au moment même où il regarda les fils de Sagar, tous furent transformés en cendres. Une voix céleste déclara alors que leurs cendres devront attendre leurs propres cérémonies jusqu’à ce qu’un de leurs descendants, Bhagirath, réussisse à amener Ganga, la rivière céleste, sur la terre.

Pendant ce temps, le roi attendait le retour de ses fils et envoya alors son petit-fils, Anshuman, à la recherche de ses oncles. Anshuman atteignit l’endroit où vivait le Rishi Kapil. Il présenta ses respects au Rishi avec beaucoup d’humilité et lui demanda de lui donner le cheval. Le rishi, flatté par Anshuman, lui accorda le cheval ainsi qu’une faveur. Anshuman demanda donc que ses oncles soient pardonnés. Le saint lui assura que son petit-fils Bhagirath amènerait la rivière Ganga sur la terre et les cendres de ses oncles seraient ainsi purifiées et leurs âmes libérées.

Anshuman gouverna pendant de nombreuses années et eut un fils, Dileep, et tous deux essayèrent de trouver la manière d’amener Ganga sur la terre. Quand Bhagirath, le fils de Dileep, apprit le sort de ses ancêtres, il quitta son royaume et partit à la recherche de Ganga. Il alla dans l’Himalaya et pria les Dieux pendant des milliers d’années. Ganga lui apparut et consentit à l’accompagner sur terre. Ganga savait que si elle tombait du ciel, sa force détruirait le monde. Elle suggéra que Bhagirath demande à Shiva de la contenir dans ses cheveux pendant sa chute. Bhagirath alla au Mt. Kailash sur l’Himalaya et pria Shiva de retenir Ganga.

Shiva, et Ganga dans ses cheveux

Ainsi Ganga descendit avec toute sa force sur la Terre et Shiva la retint dans ses grandes boucles. Elle passa des années errant dans les boucles de Shiva et descendit ensuite sur la terre. Elle alla avec Bhagirath vers les cendres de ses ancêtres et à l’instant où l’eau toucha les cendres, tous les fils de Sagar furent rachetés. De là elle continua de couler et atteignit l’océan qu’elle remplit de nouveau de son eau.

Voilà pourquoi, sur plusieurs représentations de Shiva, l’on voit une jeune fille dans ses cheveux, c’est Ganga. Elle est aussi souvent représentée par un petit jet d’eau.

Source: http://www.contes.biz/conte-748-La_descente_du_Gange.html
Images: http://www.sanatansociety.com/hinduism_books/hb_birth_ganga_ganges.htm
http://www.bnaiyer.com/jupiter/pg03a-siva.html

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