Suite à des emails reçus de la parts de lecteurs, stagiaires ou amis, j’ai envie de reprendre la «plume» pour parler de la relation professeur/élève, car je pense que des lecteurs ont pu interpréter mon premier texte différemment de ce que je voulais dire. En effet, des personnes très impliquées dans leur yoga ont vu, peu ou prou, un message personnel dans mon article, alors que j’étais à 100′000 lieues de penser à elles.

A propos de la « distance » entre professeur et élève
Tout d’abord, pour en revenir à la certaine distance que je peux mettre mes élèves et moi, elle est toute relative.
Car en effet, comme je l’expliquais, je suis d’un naturel très empathique. Je pense être une enseignante très abordable et sans prétention, par rapport à son yoga et à ses connaissances. Ainsi, dans les faits, mon côté très communiquant me rend proche de mes élèves.
Alors quelle est la distance que je dis mettre entre moi et mes élèves ?
Elle est essentiellement de l’ordre de distinguer la vie personnelle du cheminement yogique. La plupart des gens font parfaitement la part des choses, mais il arrive occasionnellement que certaines personnes mélangent les deux. D’ailleurs cela peut arriver à tout le monde, dans un moment ou l’autre particulièrement difficile ou douloureux de la vie.
Il m’est arriver de partager avec des personnes ayant des problématiques existentielles ou tout simplement de vie, qui dépassaient ce que je pouvais leur apporter :
Souhait de me voir impliquée dans une relation familiale ou conjugale passionnelle, partage de la prise de décision d’une séparation/d’un divorce, conseils en cas d’impasse professionnelle ou de problème avec un supérieur, burnout, prise de décision d’un changement professionnel, dépression très avancée, envies suicidaires, choix de suivre ou non un traitement médical prescrit, nécessité d’un suivi psychiatrique, etc.
Je peux bien sûr prendre du temps pour discuter avec ces personnes. D’ailleurs je le fais avec tout l’amour qu’il m’est possible. Simplement, je pense que ce n’est pas le rôle du professeur de yoga de prendre des décisions à la place de leurs élèves, ni de les influencer.
C’est donc un sujet très délicat que j’aborde. Et cela n’a rien à voir avec de l’indifférence.
Mon rôle est, me semble-t-il, avant tout de rappeler à ces personnes les valeurs de la vie, leur propre valeur, et la nécessité impérieuse d’un équilibre. Le professeur de yoga est là pour accompagner la personne en souffrance, dans sa prise de conscience, et dans son apprentissage du yoga. Je peux lui rappeler l’essentiel, sa vraie nature, la relativité des faits, l’importance de donner le meilleur de soi, d’être authentique, d’accepter l’aide d’autrui en cas de besoin. Je peux aussi lui transmettre la philosophie du yoga, lui faire prendre conscience de la façon de fonctionner du mental, etc. et lui donner des outils simples pour l’accompagner dans une période difficile (postures, respirations, Mudras, Mantras, lectures, etc.).
Le yoga est une recherche permanente d’équilibre pour que l’individu puisse pleinement se trouver et s’épanouir. Les pratiques yogiques vont dans ce sens. Même si par moment, le yoga semble faire passer par des moments d’apprentissage douloureux.
Le Yoga est à ce point de vue, très semblable à l’Ayurveda. L’Ayurveda est une médecine essentiellement préventive : la personne apprend ce qui est bon pour elle, afin de maintenir la santé et de pouvoir pleinement s’épanouir et réaliser ses objectifs de vie, voire même réaliser l’objectif ultime du yoga, l’Harmonie, l’état d’Union.
Le Yoga donne tous les outils pour prévenir des maux de l’âme, et il donne aussi des moyens efficaces pour remonter la pente, lorsque l’âme est en souffrance.
Et c’est ce que peut apporter un professeur de yoga.
Une lectrice de mon article précédent a compris que je parlais d’un phénomène de « transfert » entre prof et élève. [Ce n'est d'ailleurs pas un mot que j'ai employé, je viens de me rendre compte en me relisant]. Il peut se produire et n’est pas grave en soi. Ça arrive à tout le monde.
D’ailleurs, lorsque j’ai commencé sérieusement le yoga, il y a plus de 20 ans, une enseignante m’a ÉNORMÉMENT apporté. Je ne l’oublierai jamais. Ça a aussi été une de mes plus belles histoires d’amitié… Il y a certainement eu transfert. J’ai été inspirée et je suis moi-même devenue professeur de yoga, ce qui n’a pas été pas un mal, me semble-t-il…
C’est normal que l’on attende beaucoup du yoga,… et des professeurs aussi. Mais là, chacun fait ses expériences.
Dans les centres Sivananda: les professeurs qui font partie du staff fixe sont là pendant six mois, un an, deux ans, … puis disparaissent pour enseigner à l’autre bout du monde du jour au lendemain! C’est ce qui nous est arrivé à la professeur et amie dont je parlais: elle est partie travailler à Paris et moi, j’ai été envoyée à Munich, Vienne, etc. dans d’autres centres de yoga Sivananda. Du jour au lendemain, nous ne nous sommes plus revues.
J’aime beaucoup cette personne pour ce qu’elle est, pour ses connaissances immenses et ses cours m’ont fait naître au yoga. Mais cette séparation m’a appris aussi le plus important: le yoga, c’est essentiellement l’attitude intérieure que j’ai, face à la vie, et dans ma pratique. Suis-je le jouet de mes émotions et de mes désirs? Ou ai-je de la lucidité et du détachement par rapport à mes attentes et aux fluctuations de la vie? Dans ce dernier cas, tout devient plus simple, et la voie du yoga s’élargit…
La distance élève/professeur dont je parlais s’arrête là.
Rencontres sur le chemin yogique

Ensuite, sur le chemin du yoga, il y a des découvertes, des opportunités d’apprentissage, des surprises: les accueillir, c’est cueillir les cadeaux de la vie.
Ces cadeaux, ce sont parfois aussi des gens, des rencontres. Le plus simple à vivre, est de recevoir ce qu’ils ont à nous apporter, d’échanger naturellement, sans calquer trop d’attentes sur les personnes. Ou sinon, le risque est d’être déçu… ou de vivre certaines choses par procuration: « mon yoga est bien, si je pratique avec tel professeur, dans telles conditions », etc.
Que l’on soit ou non sur un cheminement yogique, le cœur parle et les émotions surgissent. La seule différence est peut-être que le yogi en aura plus conscience et relativisera ses émotions :
Les émotions vont, elles viennent ; elles ne sont finalement que les vagues du mental et sont donc indéfiniment sujettes au changement. Ainsi, en avançant sur le chemin, une émotion l’affectera aujourd’hui peut être un peu moins que dans ses jeunes années de yoga.
Ceci dit, il est essentiel qu’un yogi, ou un enseignant, soit à l’écoute de lui-même et reconnaisse ses émotions et ses désirs, car sinon, comment pourrait-il savoir où il en est réellement? comment pourrait-il être vrai, authentique ? Comment pourrait-il être dans Satya (le second yama, règle de vie éthique) ?
Le yoga rend plus sensible au subtil et contribue à l’ouverture du cœur. Ainsi, les rencontres en yoga ont quelque chose d’extraordinaire. On fait de belles rencontres dans les cours de yoga, en ashram, ou lors de stage de yoga… et cela arrive à chaque fois, et je dirais même avec chaque personne rencontrée…
L’âge ne compte pas, ni le sexe, ni la culture, ni même la langue…
Il y a des personnes avec qui on a des échanges lumineux. Des échanges sur tout et sur rien. Mais aussi des échanges essentiels. Cela passe par le regard, les dits et les non-dits. Mais il existe tout simplement une fraternité d’âmes, une reconnaissance en l’autre.
On peut revoir ces mêmes personnes, cinq, dix, quinze ans plus tard… et la même complicité d’âme est au rendez-vous, inchangée : le temps ne compte pas, la fréquence des rencontres non plus. L’essentiel est là…

Pour en revenir à la relation professeur/élève, selon ma réflexion, ces échanges particuliers peuvent tout à fait exister… et ce sont selon moi les plus intimes, car ils relèvent de la fraternité d’âme.
A propos de la distance pendant le cours de yoga
Cette distance dont je parlais dans mon premier article tient de l’ordre de l’ego. Pendant un cours de yoga, je ne cherche pas à mettre en avant ma personnalité. Je ne suis qu’instrument de transmission et je dois laisser de la place pour que l’élève puisse développer son propre espace intérieur, à sa couleur et non à la mienne.
L’enseignement du yoga n’est pas quelque chose de personnel. Cela n’empêche que l’on peut bien rire pendant un cours de yoga. Mais ce n’est pas non plus le lieu pour que le professeur « fasse son show » et mette une empreinte personnelle trop forte. Dans ce dernier cas, je pense que je ne serais pas du tout à ma place en tant que professeur de yoga…
C’est à l’enseignant de montrer à l’élève que l’expérience du yoga lui appartient et ne dépend pas de son professeur… C’est aussi à l’enseignant de lui expliquer qu’il peut reproduire cette expérience du yoga par lui-même, dans sa propre pratique… et aussi avec d’autres enseignants: elle lui appartient pleinement…
Namasté et bon yoga à tous
Le premier article sur ce thème est ici >>
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